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L’attaque du marché de Noël de Berlin a fait 12 morts et des dizaines de blessés. Selon Asiem El Difraoui, spécialiste du djihadisme, cet attentat « n’est pas une surprise » pour les autorités allemandes qui prennent au sérieux la menace terroriste depuis des années.

L’Allemagne est endeuillée depuis lundi soir. Un camion a foncé sur la foule d’un marché de Noël, faisant au moins 12 morts et 48 blessés. Cet attentat, revendiqué par l’organisation Etat islamique, rappelle celui de Nice, qui a fait 86 morts et 434 blessés le 14 juillet dernier. 

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Asiem El Difraoui, auteur de Le Djihadisme, paru en novembre dans la collection Que sais-je?, aux PUF, est un spécialiste du spécialiste du monde arabe et du phénomène djihadiste. Il mène ses recherches entre la France et l’Allemagne, où il est né. 

Cette attaque au camion pourrait bien être le 8e attentat djihadiste ou tentative d’attentat djihadiste en 2016 en Allemagne. Qu’est-ce qui a changé par rapport à 2015? 

Asiem El Difraoui: La menace terroriste était déjà considérée en permanence comme très élevée, en 2010, lorsque je travaillais pour la chancellerie au sein de la fondation de recherche du gouvernement allemand. Récemment, j’ai rencontré le chef du renseignement intérieur du pays qui me disait que vu le nombre de terroristes, tous les attentats ne pourraient être évités. Cette attaque n’est donc pas une surprise. La route des migrants a cependant permis d’augmenter la présence de djihadistes venus de l’extérieur. Mais on ne sait pas si l’attaque de lundi est l’oeuvre de quelqu’un passé par cette route. Je tiens à dire que je soutiens totalement Angela Merkel dans le choix d’accueillir plus d’un million de réfugiés. Un choix très généreusement accepté en Allemagne, avec un élan de solidarité considérable, même s’il y a une animosité croissante.  

Vous connaissez bien les services allemands qui luttent contre la menace terroriste. Le niveau de sécurité est-il suffisamment poussé outre-Rhin? Contrairement à la France, on ne voit pas de militaires dans les rues… 

L’Allemagne est consciente du risque. Il y a des protections renforcées aux aéroports, aux endroits sensibles. Mais la présence policière est beaucoup moins visible qu’en France. Surtout, il n’y a pas d’armée dans la rue. Il faudrait vraiment une série d’attentats d’une énorme ampleur pour l’y envoyer. Depuis la Deuxième guerre mondiale et le nazisme, les Allemands ne veulent surtout pas que l’armée, dont la raison d’être est la défense extérieure, soit déployée à l’intérieur du territoire. 

Le commando du 11 septembre est issu d’une cellule djihadiste de Hambourg. L’Allemagne était à l’époque un pays de transit. C’est dorénavant une cible… 

Pour la cellule de Hambourg, la cible principale était les Etats-Unis. L’Allemagne a été visé par toute une série d’attentats depuis 2010: celui à l’aéroport de Francfort en 2011, ensuite celui déjoué à la gare de Bonn, en 2012, puis d’autres. 

Des policiers devant la porte de Brandebourg, aux couleurs de Berlin, le 20 décembre 2016

afp.com/CLEMENS BILAN

La participation de l’Allemagne à la grande coalition internationale à l’oeuvre en Irak et en Syrie n’en a-t-elle pas fait une cible encore plus importante? 

Je suis méfiant du discours disant que cette participation a fait de l’Allemagne une cible. Il y avait déjà des menaces en 2005-2006, par des djihadistes, contre l’Allemagne et l’Autriche, dans des vidéos. Frapper l’Allemagne, c’est quand même frapper la superpuissance européenne. Après Paris et Bruxelles, Berlin est une cible d’une très grande valeur symbolique. On a de toute façon laissé prospérer Daech trop longtemps en Irak et en Syrie. On aurait dû faire les choses tout de suite, car à long terme, nous étions menacés de toute façon. 

Dans quel contexte cet attentat s’inscrit-il? 

Le djihadisme s’est de plus en plus enraciné au Proche-Orient. Il est devenu une sous-culture, une anti-culture en Europe. Cet attentat est dans la continuité de la volonté de Ben Laden et Ayman al-Zawahiri de frapper les Etats-Unis et leurs alliés. Daech ou les différentes branches d’al-Qaïda ne sont plus en mesure de frapper par des attentats de très grande échelle, comme ceux du 11 septembre, de Madrid ou de Londres. Il s’agit plus à présent d’un djihadisme atomisé, en mini-groupes. D’une certaine façon, les djihadistes ont gagné parce qu’ils ont instauré un climat de peur. Le nombre de morts par des attentats djihadistes est minime par rapport à d’autres causes de mortalité en Europe.  

Quelles mesures peut-on mettre en oeuvre pour lutter contre le djihadisme? 

Le combat ne peut se limiter à des mesures sécuritaires. Toutes les politiques de prévention et de déradicalisation ne sont que des pansements, il faut voir plus loin. Ce sont des enfants de nos sociétés qui ont aussi commis ces attentats. Il faut un discours visionnaire sur ce qu’on veut réellement et ce que l’Europe nous a apporté. Il faut attaquer le mal à la racine: la déformation totale de l’islam, l’oppression et l’énorme misère socio-économique dans le monde arabe. Sans plan Marshall pour le sud de la Méditerranée, le djihadisme va perdurer. Ce n’est pas en décrétant l’état d’urgence qu’on va l’éradiquer. Pour le combattre, il ne suffit pas d’éliminer quelques leaders à Raqqa ou Mossoul. 

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