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Un millier de migrants africains au tout début de l’année, plusieurs dizaines début février, une nouvelle tentative de passage pour 500 d’entre eux vendredi et pour 300 autres lundi: les tentatives de franchissement groupé de la frontière espagnole à Ceuta, dans le nord-est du Maroc, se multiplient depuis quelques semaines. Ce phénomène avait fait la une des médias au début des années 2000, avant de s’atténuer. Le point en trois questions.

» Raphaël Krafft, le journaliste qui a aidé des migrants à passer la frontière

• Pourquoi de nombreux migrants veulent rejoindre Ceuta?

La ville de Ceuta est une enclave espagnole qui se trouve au Maroc. Ce territoire de 17 km² au bord de la Méditerranée fait partie de l’Espagne, mais est revendiqué de longue date par le Maroc. Cette enclave, comme Melilla, l’autre territoire espagnol sur la côte marocaine, constitue de longue date un point de passage pour les migrants qui tentent de rejoindre l’Europe.

L’objectif de ces migrants, sans papiers pour la plupart, est de se rendre au centre de séjour temporaire pour étrangers (CETI) de Ceuta. Ils doivent en principe avoir la possibilité d’y enregistrer une demande d’asile. Les migrants tentent donc de pénétrer dans la ville en espérant obtenir le statut de réfugié ou un droit de résidence en Espagne.

L’Espagne a toutefois fait l’objet de nombreuses critiques des ONG internationales de défense des droits de l’Homme pour le traitement réservé à ces migrants, souvent refoulés sans pouvoir présenter de demande d’asile.

• À quand remontent les tentatives de passages en groupe?

La situation s’est tendue à la frontière au début des années 2000, lorsque le Maroc, pressé par l’Union européenne, a durci sa politique migratoire avec une loi de 2003. Les contrôles et expulsions s’y sont multipliés, notamment en ce qui concernait la voie maritime et les passages vers l’Andalousie ou les Canaries. En parallèle, la protection de la frontière entre le Maroc et Ceuta a été renforcée. Depuis 2005, la ville est ainsi entourée par une double clôture grillagée de six mètres de haut et huit kilomètres de long, surveillée par des dizaines de caméras et des forces de l’ordre.

Le passage de frontière entre la ville marocaine de Fnideq et Ceuta, le 17 février. De nombreux marocains la franchissent quotidiennement pour travailler dans l’enclave espagnole. Crédits photo :

Après la mise en place de ces nouveaux dispositifs, les échecs se sont multipliés pour les migrants qui tentaient de franchir la frontière. Cette situation a déclenché un mouvement collectif dans des campements de migrants. Après plusieurs tentatives du même genre, environ 600 migrants ont tenté d’escalader la barrière en septembre 2005. Au moins six d’entre eux ont trouvé la mort, étouffés ou touchés par des balles en caoutchouc des policiers espagnols.

La Commission européenne a décidé l’envoi d’une mission de contrôle dans les deux enclaves espagnoles. De nouveaux moyens furent alloués pour la protection des frontières. Les autorités marocaines ont quant à elles organisé le déplacement vers le sud marocain de plusieurs milliers de migrants, suscitant de nombreuses protestations de la part d’ONG internationales alertant sur le sort qui leur était réservé.

• Pourquoi ces tentatives se produisent-elles de nouveau?

Début décembre, un porte-parole de la préfecture locale affirmait à l’AFP au sujet des tentatives de franchissement: «Il faut remonter au début des années 2000 pour atteindre ce genre de chiffres.» L’entrée de 500 migrants, vendredi 17 février, est l’une des plus importantes depuis que la barrière a été rehaussée en 2005.

Un homme arbore le drapeau européen au milieu d'un groupe qui exprime sa joie après avoir franchi la frontière de l'enclave de Ceuta, lundi 17 février.

Un homme arbore le drapeau européen au milieu d’un groupe qui exprime sa joie après avoir franchi la frontière de l’enclave de Ceuta, lundi 17 février. Crédits photo :

Des observateurs soulignent la concomitance entre ces multiples tentatives de franchissement et l’émergence d’un différend entre l’Espagne et le Maroc.

En cause, un arbitrage rendu fin 2016 par la Cour de justice européenne. La juridiction a décidé que le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole contrôlée par le Maroc, n’était pas concerné par un accord de libre-échange avec l’Europe concernant les produits agricoles et de la pêche. Raison avancée: son statut controversé n’a pas été arrêté par la communauté internationale.

» Lire aussi: Sahara Occidental: histoire d’un conflit gelé

Cette décision a vivement déplu aux autorités marocaines, qui ont menacé à demi-mot de lâcher du lest sur la surveillance des frontières, renforçant la pression sur l’Espagne. L’Europe s’expose à un «véritable risque de reprise des flux migratoires que le Maroc, au gré d’un effort soutenu, a réussi à gérer et à contenir», a prévenu le ministère marocain de l’Agriculture, le 6 février.

À la mi-décembre, le Maroc avait pourtant annoncé le lancement d’une deuxième phase de régularisation de migrants, après celle lancée en 2013 qui avait abouti à la régularisation de 25.000 personnes. L’annonce intervenait alors que l’Algérie voisine, grande rivale du Maroc, menait une vague d’arrestations sur son sol visant des migrants subsahariens. Les autorités marocaines communiquent depuis lors régulièrement sur ce thème d’une politique migratoire «humaine et généreuse», en faisant l’un de ses atouts dans son offensive diplomatique vers l’Afrique, alors que le royaume ambitionne de réintégrer l’Union africaine.

(Avec AFP)

» VIDÉO – 300 nouveaux migrants ont forcé la frontière européenne à Ceuta

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