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Depuis 2013, plus de 2600 blessés syriens ont franchi la frontière de leur pays pour se faire soigner en Israël. Avant d’être dispersés dans les hôpitaux israéliens, les aides-soignants de Tsahal traitent directement les blessés lorsqu’ils arrivent à la frontière. Nous nous sommes entretenus avec le caporal Yoad, l’un de ces aides-soignants.

Qu’est-ce qui est le plus difficile dans votre travail ?

Caporal Yoad : pour moi, le plus difficile est de voir des enfants blessés. Je me souviens de cette famille entière blessée – une mère, son garçon et sa fille. Ils étaient tous dans un état critique. La mère et la fillette souffraient de graves blessures à l’estomac. On pouvait voir leurs intestins. Le fils était inconscient à cause d’une blessure à la tête et avait besoin d’un respirateur. Grâce à l’interprète qui était sur place, nous avons compris qu’un missile s’était abattu sur leur maison. Nous avons allongé la petite fille à côté de sa mère et de son frère et nous les avons traités sur place. Dès qu’ils étaient assez stables, nous avons évacué la mère et la fille vers un hôpital et le fils vers un autre.

Caporal Yoad

C’était très difficile pour eux d’être séparés et la petite fille était choquée de voir sa mère dans cet état. C’est vraiment dur de voir tout ça tout en restant détaché afin de pouvoir continuer à travailler. Quand je sens que suis trop affecté par mon travail, j’en parle avec les autres aides-soignants et on se remonte le moral. Ça aide vraiment.

Aides-soignants de Tsahal traitant un Syrien à la frontière

Aides-soignants de Tsahal traitant un Syrien à la frontière

Quelle est la différence entre vous et Magen David Adom (MDA), le service d’urgence israélien ?

Il y a une différence entre les blessés évacués par Magen David Adom et ceux qui viennent de la Syrie. Les blessés qui sont évacués par les ambulances de MDA ont pour la grande majorité des blessures récentes causées par des accidents de la route ou par des mauvaises chutes. Les Syriens, eux, fuient une zone de guerre et les soins médicaux dont ils ont besoin sont complètement différents. Alors que les personnes traitées par Magen David Adom ont des blessures qui remontent au maximum à 20 minutes, les Syriens qui arrivent à la frontière ont des blessures qui peuvent dater d’il y a deux heures et il faut tout faire pour les maintenir conscients et en vie. Les Syriens arrivent avec des blessures graves, ce n’est pas comparable à Magen David Adom.

La Syrie et Israël sont des pays ennemis. Que répondez-vous aux gens qui disent que vous soignez votre ennemi ?

Tous ceux qui pensent comme ça peuvent aller dans un hôpital et rendre visite à un blessé syrien âgé de deux ans. Lorsqu’ils voient les patients, ils changent d’avis. C’est facile de parler sans savoir mais à la minute où ils voient les patients que nous traitons, tout change. Ces gens-là ne sont pas nos ennemis.

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Qu’as-tu ressenti lorsque tu as appris que tu allais travailler avec des Syriens ?

Lorsqu’on m’a envoyé à la frontière syrienne, je savais que j’allais soigner des blessés syriens. Durant notre formation, on nous a enseigné qu’en tant qu’aide-soignant, il est de notre devoir de soigner tous ceux qui en ont besoin. Peu importe qui ils sont ou d’où ils viennent. Nous soignons des êtres humains qui ont fui un conflit qu’ils n’ont pas choisi. Prenez par exemple, cette fillette de sept ans dont la maison avait été frappée par un missile, Je ne vois pas pourquoi je ne l’aiderais pas.

Que penses-tu de ta position aujourd’hui ?

Lorsqu’on vit dans un pays qui a tant de choses à apporter, on ne réalise pas à quel point on a de la chance. Les gens que nous soignons se battent pour survivre. Être capable de les aider procure vraiment un sentiment de satisfaction. Je ne sais pas comment l’expliquer – ces personnes sont juste au mauvais endroit au mauvais moment. Les aider sans attendre quelque chose en retour, les aider juste parce que tu peux est tellement gratifiant. C’est indescriptible.

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