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Ce mercredi 15 mars, les Néerlandais ouvriront le bal des élections à l’intérieur de l’Union européenne pour 2017, avant les Français et les Allemands. Après la victoire de Donald Trump et le Brexit, ce scrutin pourrait être un jalon de plus dans la progression des «populismes» en Occident. Le score du candidat d’extrême droite, Geert Wilders, sera particulièrement scruté. Actuellement crédité d’environ 14,5% dans les sondages, son Parti pour la Liberté (PVV) est derrière le Parti populaire et libéral du premier ministre Mark Rutte (qui compte deux points de plus). Mais Wilders espère toujours arriver en tête avec un large score qui obligerait les autres partis à s’allier avec lui, ce qu’ils ont pour le moment tous refusé. Comme Marine Le Pen en France, Wilders fait l’objet d’un cordon sanitaire unanime de la part de toutes les autres formations politiques.

La Une de Time cette semaine

En France, le FN regarde avec attention cette élection. À quelques semaines de la présidentielle, une victoire de Wilders renforcerait la dynamique de Marine Le Pen. D’ailleurs, le magazine Time a fait sa dernière Une avec les deux leaders et cette question: «L’Europe peut-elle survivre au nouveau populisme?»

• Islam, Europe, Immigration: de nombreux points communs

Menacé de mort depuis 10 ans, Geert Wilders, assume une ligne souverainiste, populiste et libérale. Comme Marine Le Pen en France, l’homme aux cheveux blond platine prône le «Nexit» la sortie des Pays-Bas de l’Union européenne, via un référendum.

Depuis l’assassinat, en 2004, du réalisateur Theo van Gogh, abattu par un islamiste pour avoir fait un court-métrage critiquant Mahomet, Wilders est virulemment opposé à l’islam, qu’il qualifie d’ «idéologie fasciste». Son slogan de campagne est simple: «Stop islam». Il propose de fermer toutes les mosquées du pays et d’interdire le Coran:«Je préférerais qu’il n’y ait pas le Coran aux Pays-Bas dans la mesure où nous avons interdit “Mein Kampf”. En France, Marine Le Pen n’en est pas là, et se contente de demander la fermeture des «mosquées salafistes». En revanche, elle veut, comme Wilders, l’interdiction totale du voile dans l’espace public.

» Lire aussi – Geert Wilders, le tribun anti-islam qui ébranle les Pays-Bas

Wilders affiche clairement son soutien à Israël, où il se rend régulièrement, et où il a travaillé et qu’il présente comme une «sentinelle de l’occident». Comme l’explique l’historien Nicolas Lebourg dans une note pour la Fondation Jean Jaurès sur les alliés européens du FN, «il se veut le champion des libertés des minorités (gays, juifs, femmes) contre les masses arabo-musulmanes, et a amplement influencé en ce sens les extrêmes droite européennes.» Y compris le FN qui essaie de se rapprocher d’Israël, comme l’a montré le voyage récent de Nicolas Bay à Jérusalem.

Il a imposé l’islam, l’immigration et le multiculturalisme comme thèmes de campagne, poussant le premier ministre libéral Marc Rutte à durcir le ton. Ce dernier a ainsi déclaré en janvier dernier que les immigrés devaient «se conduire normalement ou partir». Le refus ferme du gouvernement néerlandais d’accueillir la ministre turque de la Famille est aussi à inscrire dans cette dynamique de campagne. Comme Wilders, en France Marine Le Pen pousse la droite à s’emparer de ces thématiques.

• Le Pen et Wilders alliés depuis 2014

Depuis 2014 et leur interview commune dans le quotidien néerlandais De Telegraaf, Marine Le Pen et Geert Wilders affichent leur alliance. Ce dernier, au début frileux à s’engager avec un parti qu’il considérait comme antisémite et extrémiste (il refuse catégoriquement l’alliance avec le Jobbik, parti néonazi hongrois) déclare alors que «le FN est devenu un parti sympathique». «Mme Le Pen est la fille de son père, pas de ses idées», affirme-t-il. Aujourd’hui, c’est lui qui conserve un goût prononcé pour la provocation, à l’opposé de la stratégie de dédiabolisation de Marine Le Pen.

Le FN et le PVV font tous deux partis de l’Europe des nations et des libertés (ENL) groupe politique regroupant les partis populistes au sein de l’UE.«Nous sommes sur la même ligne sur le constat d’une faillite de l’Union européenne et la restauration d’une souveraineté politique» affirme Edouard Ferrand, eurodéputé FN et vice-président de l’ED.

• Des différences sur l’économie

«Il y a une vraie différence entre nous sur le thème du rôle de l’État. Wilders parle surtout des thématiques communautaristes et d’immigration. Il tape beaucoup sur l’islam, ce que ne fait pas le FN», tempère Edouard Ferrand. Wilders a en effet une ligne économique plus libérale que celle du Front national et parle davantage immigration que sortie de l’euro. Dans les années 1990, il était l’assistant parlementaire de Frits Bolkestein, auteur de la directive du même nom sur les travailleurs détachés dont le Front national demande l’abrogation.

Quoi qu’il en soit, la victoire de Wilders serait évidemment un signal positif pour le FN. À ses côtés lors d’une réunion en Allemagne en janvier dernier, Marine Le Pen avait prédit un «réveil des peuples d’Europe» pour l’année 2017. «Aujourd’hui, on le voit avec le livre blanc de Juncker, tout tourne autour de nous, les populistes européens», se réjouit Edouard Ferrand.

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