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L’attaque en règle de l’Allemagne sur sa contribution à l’Otan reflète la vision particulière qu’à Donald Trump de la coopération militaire. Une vision qui concerne également la France.

Cette obsession habite Donald Trump depuis au moins une trentaine d’années. Selon lui, les alliés des Etats-Unis profitent à l’excès de la protection militaire qu’ils leur apportent. L’Allemagne « doit d’énormes sommes d’argent à l’Otan et aux Etats-Unis », qui « devraient être payés plus pour la défense très puissante et très coûteuse » fournie à ce partenaire, a-t-il ainsi tweeté samedi, au lendemain de sa rencontre avec Angela Merkel. 

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L’homme d’affaires ne disait pas autre chose dans la tribune qu’il s’était payé le 2 septembre 1987 dans le New York Times et d’autres journaux. « Pourquoi ces nations ne payent pas les Etats-Unis pour les vies humaines et les milliards de dollars que nous perdons en protégeant leurs intérêts? », écrivait-il en faisant référence « au Japon, à l’Arabie saoudite et aux autres ». 

La France, « pire coéquipier »

Le milliardaire en avait remis une couche en 1999 dans une interview à CNN. « Le monde nous escroque, l’Allemagne nous escroque comme jamais, l’Arabie Saoudite nous escroque comme jamais », assurait-il avec virulence. Il avait même ajouté: « La France, je trouve, est le pire des coéquipiers que j’ai jamais vus dans ma vie ». 

Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, le 16 février 2017, à Bruxelles.

afp.com/THIERRY CHARLIER

Pendant la campagne présidentielle, il a plus spécifiquement évoqué la question des contributions à l’Otan, qualifiée « d’obsolète ». « L’Otan, c’est bien. Mais cela doit être modernisé. Et les pays que nous protégeons doivent payer ce qu’ils sont supposés payer », a-t-il déclaré lors d’un meeting en Floride, au printemps 2016. « Il y a cinq pays qui payent ce qu’ils doivent. Cinq, ce n’est pas beaucoup », a-t-il précisé mi-janvier dans une interview au Times

Sur ce dernier point, Trump fait référence à l’engagement des membres de l’Otan, en 2014, à ce que leurs dépenses militaires atteignent au moins les 2% de PIB d’ici 10 ans. A cette date, seuls les Etats-Unis, la Grèce et le Royaume-Uni se trouvaient au-dessus. En 2016, l’Estonie et la Pologne ont franchi le cap. En 2016 comme en 2014, la France et l’Allemagne sont en dessous

Défense: les Européens visent les 2% de PIB

Trump ne peut en revanche pas être précis au point de déclarer que l’Allemagne doit « d’énormes sommes ». « Il n’existe pas de compte où sont enregistrées des dettes au sein de l’Otan », a rappelé dimanche la ministre de la Défense allemande Ursula von der Leyen. Elle a renvoyé au passage aux propos tenus par la chancelière lors de conférence de presse commune avec l’hôte de la Maison Blanche. « Nous nous engageons aujourd’hui à cet objectif de 2% jusqu’en 2024 », avait déclaré Angela Merkel. 

Pour Trump, l’Allemagne, championne des exportations, gagne au grattage et au tirage. « C’est un débat idéologique: Trump estime que les Etats-Unis supportent les charges de défense de l’organisation d’un commerce mondial qui profite à l’Allemagne. Un statu quo qu’il veut remettre en cause », considère le spécialiste de l’Alliance Atlantique Olivier Kempf, auteur de L’Otan au XXIe siècle, aux Editions du Rocher. 

Un avion Tornade de l'armée allemande quitte le sol allemand à Jagel, au nord, le 10 décembre 2015.

Un avion Tornade de l’armée allemande quitte le sol allemand à Jagel, au nord, le 10 décembre 2015.

afp.com/CARMEN JASPERSEN

En 2017, le budget militaire allemand devrait passer à 1,22% de son PIB, grâce à une croissance de 7% correspondant à 2,7 milliards d’euros d’augmentation, pour atteindre 37 milliards d’euros. Si les 2% sont encore loin, le cap est pourtant symbolique: pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, le budget de défense allemand sera plus élevé que celui de la France. 

Les Etats-Unis, champions des dépenses militaires

D’une certaine façon, Trump aurait pu faire le même tweet en évoquant la défense de la France, à 1,78% de PIB en 2017. Dans une tribune, le chef d’état-major des armées françaises Pierre de Villiers a d’ailleurs appelé récemment à monter ce budget à 2% du PIB « avant la fin du prochain quinquennat » – soit passer de 32,7 à 41 milliards d’euros avant 2022. 

Trump aurait pu sortir un autre chiffre de son chapeau: en deux décennies, en cumulant les budgets de défense des membres de l’Otan, la part américaine est passée de 50 à plus de 70% . « Ce n’est pas équitable, le fardeau doit être partagé », reconnaissait d’ailleurs le secrétaire général de l’Otan, le Norvégien Jens Stoltenberg, interrogé mi-février par L’Express. « On entendait ce discours lors de la 3e présidence Bush, puis sous Obama: l’idée que le Etats-Unis payent trop et qu’il y a un sous-investissement en matière de défense des Européens », indique Olivier Kempf. 

Le Pentagone, quartier général de l'armée américaine, près de Washington.

Le Pentagone, quartier général de l’armée américaine, près de Washington.

afp.com/SAUL LOEB

A environ 3,3 % du PIB, les dépenses militaires des Etats-Unis sont de loin les plus importantes du monde. « La responsabilité est double: les budgets européens de défense ont baissé, oui, mais celui des Etats-Unis n’a cessé d’augmenter depuis 2001 », souligne le directeur de La Vigie, une lettre stratégique. Et l’augmentation devrait continuer. Trump a proposé une « hausse historique » de près de 10% des dépenses du Pentagone. Au sein de l’Otan, la part américaine n’est pas près de passer en-dessous de 50%. 

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