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Recep Tayyip Erdogan verra-t-il son pouvoir renforcé ? 55,3 millions d’électeurs se prononcent demain par référendum – certains Turcs de l’étranger ont déjà voté au début du mois – sur la réforme constitutionnelle voulue par le président turc et leader du Parti de la justice et du développement (AKP).

Sur quoi porte le référendum ?

Les électeurs doivent répondre « oui » ou « non » à la « proposition de référendum sur la réforme constitutionnelle » (aucune question n’est formulée). Cette réforme a été adoptée le 21 janvier dernier par le Parlement turc, avec 339 voix sur 550.

En quoi consiste la réforme ?

Le texte prévoit de renforcer le pouvoir exécutif du président, en supprimant le poste de Premier ministre et en gommant les pouvoirs du Parlement. Le président pourra nommer les ministres et un ou plusieurs vice-présidents. Il choisira six des treize membres du Haut conseil des juges et procureurs. Les élections législatives et présidentielles seront simultanées. Erdogan pourrait ainsi être élu président en novembre 2019, pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois et donc rester au pouvoir… jusqu’en 2029.

Pourquoi pose-t-elle problème ?

Le gouvernement explique que cette réforme est indispensable pour doter l’État d’un exécutif stable afin de lutter contre le terrorisme et les éventuelles difficultés économiques. Ses détracteurs y voient plutôt une volonté d’Erdogan d’étendre ses pouvoirs, alors que le président est déjà accusé de dérive autoritaire depuis le coup d’État avorté du 15 juillet 2016.

Le « oui » a-t-il des chances de l’emporter ?

Deux sondages publiés mercredi en Turquie donnaient le « oui » gagnant, entre 51 et 52 % des intentions de vote. Mais le résultat devrait être serré. L’économie, pilier de la popularité du président, s’essouffle. Les Turcs sont attachés au régime parlementaire. Le projet divise jusqu’au sein de l’AKP, dont certains électeurs pourraient hésiter à voter oui, par crainte d’accorder trop de pouvoir à une seule personne.

Et si le « non » gagne ?

Une victoire du « non » serait extrêmement humiliante pour Erdogan, et fragiliserait sa position tant en Turquie qu’à l’international. Le président turc pourrait alors réagir violemment, en multipliant les mesures liberticides.

Quel est le contexte ?

Erdogan demande un renforcement de ses pouvoirs alors que la Turquie, après avoir soutenu Bachar al-Assad, est désormais engagée dans le conflit syrien. Ankara est également en lutte contre le terrorisme, face à Daech et au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Comment l’Europe est-elle concernée ?

Erdogan compte sur les voix de la diaspora turque en Europe, qui lui est favorable et dont la participation élevée pourrait jouer en sa faveur. Pendant la campagne, il a flatté la fibre nationaliste de cet électorat, multipliant les attaques contre les pays européens. Une victoire du « oui » pourrait entraîner une rupture définitive avec l’Europe… ou adoucir le ton d’Erdogan. À l’inverse, si le « non » l’emporte, le président turc essayera-t-il de réparer cette relation ? Pas si sûr.

52 % des intentions de vote étaient attribuées au « oui » dans un sondage publié mercredi par l’institut Anar, et réalisé entre le 5 et le 10 avril. Un sondage de l’institut Konsensus publié le même jour créditait lui le « oui » de 51,2 % des intentions de vote.

L.B.

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