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Jacques Cheminade lors du débat présidentiel du 20 mars 2017. – Lionel BONAVENTURE / POOL / AFP

A 75 ans, le doyen de cette élection présidentielle en est à sa troisième campagne. Ce sera également la dernière pour Jacques Cheminade. Entre deux tirades contre la finance folle, il cite Le chat du rabbin, la BD de Joann Sfar et évoque sa passion pour la préhistoire et le théâtre. Le candidat de Solidarité et Progrès nous a répondu dans son QG à Clichy.

Vous avez annoncé aujourd’hui que vous voterez blanc au second tour. Votre choix est définitif ?

Oui, je voterai blanc au second tour dans les circonstances actuelles. Je ne voterai certainement pas pour Marine Le Pen. Si l’un des candidats dit « je fais du combat contre la finance folle ma priorité », je dirais oui.

Vous avez pourtant déclaré que Jean-Luc Mélenchon est le candidat le moins éloigné de vos positions.

C’est ce que je disais jusqu’à maintenant, mais il parle trop de la VIe République. Il a aussi déclaré qu’il ne sortirait ni de l’UE ni de l’euro, et puis il veut inscrire dans la Constitution le suicide assisté et le droit à l’avortement. Je suis favorable au droit à l’avortement mais ce n’est pas un principe constitutionnel. C’est démagogique. Il est contre le nucléaire, aussi par démagogie je pense. Je ne peux pas voter pour quelqu’un qui est si incohérent. Quant à Macron, il a choisi le camp de la finance, par opportunisme.

Justement, vous avez rencontré Emmanuel Macron à plusieurs reprises lorsqu’il était conseiller de François Hollande. Comment cela s’est-il passé ?

Il m’a reçu pour parler de ma proposition de séparer les banques de dépôts et crédit et de celles qui investissent sur les marchés financiers. Au départ, ce sujet l’intéressait. Il m’avait dit de venir le voir une fois par mois. Je suis venu trois, quatre fois en tout, et finalement il m’a dit : « on ne peut pas faire cette réforme parce que les banques sont trop fortes ». Or un chef d’Etat peut toujours se battre. Même s’il échoue, au moins il se sera battu.

Est-ce que le risque terroriste a un impact sur votre campagne ?

Oui, je fais attention. Pas par rapport à moi, mais par rapport aux autres, parce que si un seul candidat est éliminé ou grièvement blessé, l’élection est annulée. On a dit que les plus menacés sont Macron, Fillon et Le Pen. Je suis solidaire avec eux face à la menace. Ce sont des adversaires, mais pas des ennemis. Je n’ai qu’un ennemi, c’est la finance !

Une de vos mesures antiterroriste est la reconstruction de la Syrie, la Libye et des pays du Moyen-Orient. Comment comptez-vous vous y prendre ?

Il faut améliorer l’activité antiterroriste en France, en coordonnant mieux la police et la gendarmerie, la sûreté intérieure et la sûreté extérieure. Pour les gens qui ont fui leur pays, il faut recréer les conditions pour qu’ils puissent revenir. Cela suppose trois choses : que Poutine et Trump s’entendent sur une politique de paix. Cette paix est nécessaire. Ce n’est pas en jetant de grosses bombes comme Trump qu’on résoudra la question. La France, au lieu de jeter de l’huile sur le feu, devrait œuvrer à cette entente. Puis il faut reconstruire le pays, et enfin dialoguer avec les déplacés pour encourager leur retour.

C’est votre troisième campagne présidentielle. Celle-ci est-elle différente ?

Les Français manifestent beaucoup plus le désir de sortir de l’entre-soi politique. Mais ils n’ont pas le sentiment que cette sortie est possible. C’est la même chose vis-à-vis de l’euro : ils ne l’aiment mais ils veulent rester protégés, car ils croient être protégés par l’euro. Donc on est dans un entre-deux : les gens commencent à percevoir l’intérêt de ce que je peux apporter, mais ils ne sont pas prêts à me rallier, car ils ne voient pas venir la crise du système monétaire et financier international et aussi car il y a beaucoup d’indécis.

De toute façon, une heure de vérité adviendra dans les deux prochaines années, lorsque la crise internationale éclatera et que le président n’arrivera pas à gouverner, sans majorité.

Vous prédisez donc une crise comme vous l’avez fait en 1995 ?

En 1995 j’avais dit qu’un crash financier arriverait dans les dix à douze ans et il a à peu près éclaté dans les délais. Depuis, on a sauvé le système financier avec l’argent des Etats. On a aussi instauré qu’en cas de défaut d’une banque, on prend l’argent des actionnaires et même des déposants qui ont plus de 100.000 euros. Mais les réserves du Fonds de résolution sont très faibles. La protection n’est pas en place. Je n’ai pas de boule de cristal mais dans les conditions actuelles, si on continue de cette façon, oui un jour, ça peut devenir grave.

Lorsque vous étiez fonctionnaire, vous avez participé aux négociations d’adhésion au marché commun européen. A l’époque, pensiez-vous qu’un jour vous combattriez l’Union européenne ?

Entre 1969 et 1972, j’étais représentant du ministère de l’économie et de la finance à Bruxelles. A l’époque, il y avait 6 pays et 700 lobbyistes, aujourd’hui il y en 28 pays et 30000 lobbyistes. Je pensais que le poids de la France et de l’Allemagne permettrait de faire de grandes choses avec l’Europe. Et puis j’ai vu que ça ne marchait pas, très vite, au moment de l’acte unique. Nous l’avons combattu, nous avons eu un petit espoir avec Jacques Delors, puis on a vu que ça ne marchait pas et on a donc combattu Maastricht.

Vous voulez sortir de l’UE et de l’euro, vous êtes favorables à l’immigration, vous prônez la régulation de la finance, vous êtes favorable au libre-échange, contre l’arrêt du nucléaire et pour une politique écologique… Certains vous qualifient d’inclassable. Qu’en pensez-vous ?

Je ne suis pas du tout inclassable, j’ai une cohérence que les autres n’ont pas. Par exemple je suis pour l’écologie humaine mais je crois que le nucléaire a un avenir. Il faut partir de l’idée que l’homme est créateur. Il doit avoir les moyens de créer, à tous les niveaux, depuis la maternelle jusqu’à sa vie sociale. Il faut permettre à chacun d’avoir un emploi, mais ça doit être des emplois du futur, créateurs, pas répétitifs et destructeurs. La question de l’emploi est aussi cruciale en matière d’immigration, tant pour aider les migrants à rester chez eux que pour les accueillir chez nous.

Vous avez un programme ambitieux en ce qui concerne les budgets publics. Est-ce que toutes vos mesures sont finançables et comment ?

Oui, par le crédit public. Après la guerre on a reconstruit Le Havre, Brest, Marseille l’Alsace, d’autres villes avec du crédit. On doit recommencer. Ce crédit ne doit pas aller n’importe où, il doit être investi dans ce qui crée de la richesse afin de rembourser le crédit. Il y aura peut-être une période de jointure entre les deux où il y aura un peu d’inflation. Mais si on crée de la richesse, ça la réduira.

Vous souhaitez introduire les méthodes Montessori et Freinet dans l’éducation ? Ce serait dans l’école publique, à tous les niveaux ?

Oui, mais ça ne peut pas être introduit tout de suite car cela coûte cher. Il faut investir et cela ne peut être que progressif. En maternelle il faut des classes de 12 élèves, puis 20 au primaire pour lutter contre le décrochage en fin de collège. Les filières professionnelles sont des soufrières, il en faut de très bonne qualité dans des lycées polyvalents. Il faut aussi des heures d’étude où les élèves venant de familles défavorisées et d’autres moins défavorisés peuvent apprendre ensemble. Certains expliqueront des choses aux autres, il y aura une éducation mutuelle, sous la supervision d’un enseignant. C’est pour cela que je veux augmenter de 20 % les enseignants.

Vous consacrez plusieurs mesures à la recherche et à la conquête spatiale. Après la Lune et Mars, quel sera le prochain objectif de la conquête spatiale selon vous ?

On y est déjà. Avec les lunettes astronomiques on est en train de voir bien plus loin, pour chercher de vraies planètes telluriques, où il y a de l’eau et de l’ozone. On les trouvera dans des dizaines d’années, ou une centaine si on est pessimiste. Mais le futur, il faut toujours commencer à y aller, sans ça on ne s’y rend jamais.

Il faut aussi penser comment des humains pourront un jour voyager dans l’espace. Aujourd’hui je n’emmènerai certainement pas des êtres humains sur Mars à cause des radiations et des voyages trop longs. Donc il faut faire attention quand on dit qu’on ira sur Mars en 2033, comme le fait la Nasa.

Vous souhaitez interdire l’utilisation des écrans à l’école pour les plus jeunes, pourquoi ?

Oui, jusqu’à 10, 12 ans. Ils pourront les utiliser chez eux autant qu’ils veulent, mais pas à l’école. C’est ce que recommande Steve Jobs, parce qu’ils doivent d’abord développer une capacité à distinguer le réel du virtuel. Mais dès 12 ans ils peuvent apprendre le binaire, apprendre à coder.

La question qui fâche d’un internaute : Cxg : « Comment on peut être pour le progrès technologique et contre les jeux vidéo ? »

Je ne suis pas contre les jeux vidéo, je suis contre l’ultra violence, y compris quand elle est dans les jeux vidéo. Les gens un peu perturbés qui jouent à des jeux ultra-violents peuvent devenir violents. Et le jeu peut créer une addiction. Super Mario, Odyssey, ça ne me gêne pas. Il y a des jeux de terra formation très intéressants. Mais ceux où il faut tout le temps tirer ou torturer les gens, ce n’est pas bon. Il faut plutôt intéresser les jeunes à la culture, avec des planétariums, des palais de la découverte, stimuler leur imaginaire via l’architecture, la peinture, le théâtre, la danse, peut-être même avec des jeux vidéo.

Vous proposez d’introduire la chorale dans le cursus scolaire. Pourquoi ?

Une chorale est comme une petite République, comme le dit Michel Serres. Dans une chorale, on s’écoute, on écoute son voisin, on découvre son registre de voix. On voit qu’avec les autres, on fait mieux que seul. L’œuvre qu’on chante ensemble est supérieure aux apports de chacun. Quand une société s’unit autour de quelque chose de beau, qui sert l’entente et la vie et en commun, c’est extraordinaire, c’est la République.

Serez-vous candidat en 2022 ?

Non.

Vous avez néanmoins déclaré que vous pensez avoir un rôle à jouer dans les cinq prochaines années car « on entre dans une période de très forte turbulence ».

Oui, j’essaierai d’être un peu le catalyseur d’un front ample contre la financiarisation, de voir comment les uns et les autres peuvent défendre cette alliance, un peu comme pendant la Résistance.

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