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Près de 7 semaines après son assassinat, je vais donc reparler d’elle, Sarah Halimi. Parce que le silence qui entoure sa mort m’obsède. Que je ne veux pas en être complice. Quitte à déplaire à ceux  qui nous reprochent de faire de l’antisémitisme notre fond de commerce, de noircir le tableau, vous savez, ceux qui dénoncent ce  schéma fermé et sans issue dans lequel nous nous complairions.

Oh combien je regrette que l’assassinat de Sarah Halimi vienne les contredire, ceux-là, et combien j’eusse aimé dire avec eux : de l’antisémitisme dans cette affaire, il n’en est point. Mais combien surtout m’aura interrogée, ulcérée, obsédée, le silence médiatique qui aura suivi ce qui n’était pas un fait divers : la défenestration d’une femme, en plein Paris : Sarah Halimi, par une bête sauvage, Keda Traoré, pénétré chez elle pendant son sommeil, à 4 heures du matin.

Alors je vais vous redire ce qui s’est passé et que la presse nous tait. En attendant l’enquête, nous a-t-on dit au début.

Ce n'est pas une chute, c'est un assassinat

Ce n’est pas une chute, c’est un assassinat

Nous, en attendant l’enquête, nous avons marché pour dénoncer ce que déjà nous pressentions que les media allaient taire : que Sarah fut tuée parce qu’elle était Juive. Parce que depuis cette nuit où elle fut sauvagement assassinée, les infos peinent à sortir. Et même qu’elle serait bien passée inaperçue, l’affaire, n’eussent été quelques -rares- prises de parole : celle de son fils Yonathan, de son frère Wiliam Attal, de Meyer Habib, et puis Gilles William Goldnadel.

Sarah, médecin de profession, directrice de crèche, femme pieuse, brillante, juste et droite : ils nous disent d’abord que celui qui l’a assassinée est musulman et était connu des services de police. Ils nous confirment tous qu’une dispute violente aurait éclaté entre l’individu fraîchement sorti de prison et sa famille, dans la nuit du 3 au 4 avril, et que les voisins, alertés, auraient appelé la police. Que celle-ci, arrivée sur les lieux, découvrant un homme menaçant et s’exprimant en arabe, aurait fait appel au Raid, redoutant la confrontation avec un éventuel forcené radicalisé et choisissant de faire le guet au pied de l’immeuble. Laissant donc libre cours à l’assassin qui, monté par le balcon à son étage, a forcé la fenêtre de Sarah, est entré dans sa chambre, l’a frappée, voire torturée, pour enfin la défenestrer,   vivante, tout ça en somme sous les yeux des habitants de l’immeuble mais aussi de notre police qui regardait ailleurs.

Le Ministre de l’intérieur, sans doute un peu gêné, aurait réuni le Président des Consistoires, le CRIF, bref nos représentants, pour leur expliquer que faute de preuves, l’éventuelle radicalisation de l’auteur des faits ne pouvait être avérée, que la qualification antisémite du crime ne pouvait encore être retenue : il fallait attendre … l’enquête, même si l’assassin aurait déclaré lors des interrogatoires avoir vengé ses frères et agi au nom du Coran. Mais voilà : n’était-il pas, dites-moi, de la bande de déséquilibrés que l’on rencontre de ci, de là, qui jouent à plouf plouf et même que ce jeu souvent il tombe … sur des Juifs.

Nous étions plus de mille à marcher pour Sarah ce matin-là, attendant l’enquête. Dignement. Sans slogans ni drapeaux. Les représentants du CRIF, Ariel Goldman, le grand Rabbin Guguenheim, Georges Bensoussan étaient avec nous et le kaddish fut dit pour Sarah. Je vous avais raconté qu’à l’issue du rassemblement des jeunes du quartier avaient crié nous avons nos Kalach, et que nos jeunes à nous donnèrent du coup de poing, montrant que s’ils étaient dignes, ils n’entendaient plus se taire, accepter, baisser la tête, se soumettre.

Pendant que Sarah était enterrée au cimetière Givat Shaul de Jérusalem et que la shivah avait lieu, le procureur François Molins recevait les responsables de la communauté juive de France pour leur assurer que ce drame, en l’état de l’enquête, n’était pas un meurtre antisémite, mais que cette piste serait aussi explorée, dans l’instruction qui s’ouvrait.  Surréaliste, comme me le répéta le Député Meyer Habib, que soient reçus tous nos représentants pour être informés d’une enquête à laquelle rien ne les lierait, sinon la confession de la victime. Meyer Habib, qui n’eut de cesse de dénoncer ce que lui qualifiait de mensonge d’un gouvernement qui, à 2 semaines des élections, aurait tout fait pour empêcher la publicité sur un crime antisémite : ça fait tâche, en France, au XXIème siècle. Meyer Habib, qui n’eut de cesse de répéter que Sarah et les siens étaient régulièrement la cible des propos antisémites proférés par la famille de l’assassin : c’est William Attal, frère de Sarah, qui lui confia que Elisheva, fille de Sarah, fut souvent, comme sa mère, traitée de sale  juive par le meurtrier et sa famille et que mère et fille avaient très peur de ce voisin.

Rappelez-vous. Si vous aviez alors tendu l’oreille, les rares qui évoquèrent l’affaire nous parlèrent d’une vieille dame assassinée, ajoutant que ce meurtre paniquait la communauté juive. Ceux-là que je qualifiai alors d’insensés, d’aveugles et lâches, à l’image d’un Claude Askolovitch et des autres qui tentèrent honteusement d’éteindre l’incendie, je leur décerne aujourd’hui le qualificatif de méprisables.

Parce que Meyer Habib, contacté à l’Assemblée par William Attal, encore bouleversé après les shloshim de Sarah, évoque une femme magnifique, et s’il veille bien à ne pas exagérer les faits, refuse pour autant de les minimiser. Il me dit s’être tu lors de ce qu’il appelle l’affaire du cimetière mais là, il informe très vite ses collègues à l’Assemblée, de François Fillon à Gérard Larcher, en passant par Bruno Retailleau, NKM, Ciotti, et même Mathias Fekl qu’il décrit comme horrifié: de ces dizaines de parlementaires, personne n’était au courant, ils étaient effarés, me dit-il. Certains pensaient que c’était un fake, tant l’info parassait dingue. Tout le monde est abasourdi en Israël, où le Député en a parlé avec le Premier Ministre et l’Ambassadeur. Il y a une sorte de silence en attendant le résultat de l’enquête, répète-t-il. Je ne veux pas rentrer dans des détails scabreux, de barbarie, ajoute-t-il, désireux de respecter la famille, mais mon intime conviction, sur la base des choses que je vous dis et de celles que je vous tais, est que c’est un acte à caractère antisémite. Meyer Habib, il comprend le retentissement de l’affaire Théo mais est abasourdi par le silence qui entoure l’assassinat de Sarah. Evoquant Hyper Casher, Charlie et les victimes de Mohamed Merah, il me dit : c’est une étape encore franchie et il accuse le nazislamisme.

Le BNVCA, entre temps, s’est porté partie civile et Maître Goldnadel, pénaliste de renom, assiste désormais Maître Buchinger. Sur les réseaux sociaux, j’en connais un qui, inlassablement, tous les matins, redit son nom : Sarah Halimi. Pour que vous le reteniez. Pour que tous vous sachiez. Naomi Hal, elle, nous raconte que le frère de Sarah, abattu, la voix brisée, mais digne, debout malgré tout, a à présent entre les mains le rapport de police et les détails du meurtre de sa sœur. Qu’après l’avoir lu, il soit tombé malade plusieurs jours, ça ne vous étonnera pas : il la tabasse, la torture, elle hurle et il récite des sourates du Coran et dit Allah Akbar, un voisin ayant fourni au dossier un enregistrement audio de 6 minutes où l’on entend : Est-ce que tu en veux encore ? L’autopsie révèlerait plus d’une vingtaine de fractures sur le corps et le visage de Sarah.

La non-réaction de notre police ? Celle des dizaines de voisins de l’immeuble, qui entendirent sans broncher les hurlements de Madame Halimi ? Comment ne pas le questionner, le silence complice qui entoure ce meurtre ? Allons-nous accepter que Marine Le Pen fût la seule à dénoncer ce meurtre par un tweet ?

Naomi Hal et Meyer Habib, ils nous informent que les avocats de la famille tiendront une conférence de presse. Petit à petit, nous saurons. Nous parlerons.

Sarah Cattan

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