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L’avocat général a requis des peines lourdes contre les 20 accusés de la filière Cannes-Torcy. — AFP

  • Depuis le début du procès, quatre attentats ont eu lieu en Europe : à Paris, Londres et Manchester
  • Des accusés qui discutent, plaisantent, semblent dormir
  • Le procès doit encore durer une semaine avec les plaidoiries

« Le fanatisme est un monstre qui ose se dire le frère de la religion. » Jeudi, dans la cour d’assises spéciale de Paris, la maxime de Voltaire a pris un tournant tristement actuel dans la bouche de l’avocat général, Philippe Courroye. Depuis l’ouverture duprocès de la filière djihadiste dite « Cannes-Torcy », le 20 avril dernier, quatre attentats ont eu lieu « rien qu’en Europe ». Deux à Paris, un à Manchester et un à Londres, a rappelé le magistrat. Au terme de plus de dix heures de réquisitoire, lui et son homologue Sylvie Kachaner, ont requis des peines allant de deux ans de prison à la peine maximale, la réclusion criminelle à perpétuité, à l’encontre des 20 accusés, âgés de 23 à 33 ans.

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Tous sont « unis par la même folie terroriste » a fustigé Philippe Courroye. « Il y a d’un côté les bons, eux. Et de l’autre, les ennemis, et ils sont nombreux. Les juifs, les athées, les musulmans modérés. » Leur idéologie mortifère et leur antisémitisme revendiqué prendront forme dans l’attentat contre l’épicerie casher Naouri, à Sarcelles, le 19 septembre 2012. Par « miracle », la grenade, hautement létale, est venue se loger sous une rangée de caddies, ne faisant qu’un blessé léger. « Cette grenade était faite pour tuer », a martelé l’accusation. D’autres tentatives ou projet d’attaques suivront, notamment contre des militaires dans le sud de la France.

« Vous l’avez suivi pendant de nombreux mois »

Tout au long de la plaidoirie, l’ombre de Jérémie Louis-Sidney a plané. Considéré comme l’émir du groupe, décrit comme erratique et violent, au point de dormir avec son arme, un magnum, « tel un doudou », il a été tué lors de son interpellation à Strasbourg, en octobre 2012. « Il est mort, c’est le paratonnerre, on va le charger de la foudre », s’insurge Philippe Courroye, avant de mettre en garde les accusés : « Ça ne va pas vous disculper, vous l’avez suivi pendant de longs mois ». Des mots durs, qui présagent de la teneur de ses réquisitions, mais qui ne semblent pas émouvoir les accusés. Certains discutent et plaisantent, d’autres semblent dormir la tête plongée dans les genoux. Seul Kévin Phan, totalement ostracisé dans le box des accusés depuis ses aveux de participation à l’attentat de Sarcelles, est attentif.

Jérémy Bailly est considéré comme le n°2 de la filière radicale de Jérémy Bailly est considéré comme le n°2 de la filière radicale de – BENOIT PEYRUCQ / AFP

Jérémy Bailly, présenté comme numéro 2 de la cellule, a écopé des réquisitions les plus lourdes : la réclusion criminelle à perpétuité, assortie de 22 ans de période de sûreté. S’il a toujours nié avoir participé à l’attentat, reconnaissant seulement avoir volé puis brûlé la voiture ayant servi à l’attaque, ses dénégations n’ont pas convaincu l’avocat général. D’autant, que Kévin Phan, qui conduisait la voiture, a assuré devant la cour que ce dernier était au côté de Jérémie Louis-Sidney lors de l’attaque et qu’il est bien l’homme qui apparaît sur les images de vidéosurveillance de l’épicerie. Malgré ses aveux, 25 ans de réclusion criminelle pour complicité, assortie d’une peine de sûreté aux deux tiers, ont été requis à son égard.

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Des peines de 16 à 20 ans ont également été requises à l’encontre des membres de la cellule partie en Syrie. Parmi eux, Ibrahim Boudina, qui a passé seize mois au côté de l’organisation de l’État islamique et qui était « revenu pour commettre un attentat » sur la Côte d’Azur et Jamel Bouteraa, qui n’a passé qu’un mois sur place mais qui a acheté une arme et fait des repérages en vue d’une attaque contre une base militaire. La peine la plus légère, deux ans de prison, a été demandée à l’encontre de Zyed Tliba, ancien militaire qui avait gardé des liens avec son frère parti en Syrie.

Attitude « désinvolte »

L’accusation a fustigé l’attitude « désinvolte » des mis en cause. Leurs dénégations ou à l’inverse leurs aveux « d’erreur de jeunesse » influencée par le charismatique Jérémie Louis-Sidney sont contredites par leurs comportements « détachés » et « irrespectueux ». Philippe Courroye a mis en garde la cour contre la « taqiya », cette technique de dissimulation prônée par l’organisation terroriste Etat islamique, « pour avoir la peine la plus modérée possible pour sortir rapidement et pour recommencer ». Le magistrat s’est notamment appuyé sur l’exemple de Larossi Abballa, le terroriste de Magnanville, condamné à trois ans ferme et qui assassina en juin 2016, un couple de policiers quelques semaines après sa sortie. Un exemple d’autant plus probant à ses yeux que le terroriste a échangé plus d’une centaine d’appels avec Jérémy Bailly pendant sa détention.

Le procès doit encore durer une semaine. Place désormais aux plaidoiries de la défense.

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