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Myriam a 13 ans. Comme des milliers d’enfants elle a été, cinq années durant, la prisonnière d’une guerre que ni elle ni sa famille n’avait vu venir. Elle a grandi à Alep. D’une famille chrétienne d’origine arménienne, cette pré-ado au sourire gracieux a consigné dans un journal désormais publié en France*, son quotidien, ses peurs, ses privations. Des journées d’enfant, rythmées par l’école ou les activités estivales, les repas, les programmes diffusés à la télévision ou ses jeux avec sa petite sœur. Des journées de guerre décrites en phrases simples : les rues rendues dangereuses par la présence des snipers embusqués, les bombardements dont ses camarades tentent de définir la provenance – régime ou insurgés ? – la faim lorsqu’il n’y a plus rien à acheter ou que tout est devenu trop cher. Une enfance prisonnière de la violence.

« La guerre oppose deux ennemis. Et nous, en tant qu’enfants, nous sommes perdus entre leurs pieds. Ceux qui paient, ce sont les populations », affirme Myriam, devenue presqu’adulte lorsqu’elle évoque la violence de la guerre.

Dans le café parisien où nous la rencontrons à l’occasion de la sortie du livre, elle ne laisse rien paraître de ses anciennes peur. C’est une jeune fille pétillante, malgré les épreuves.

Myriam et sa maman à Alep (DR)

Habitante de la partie est de la ville qui va tomber sous la coupe des djihadistes, Myriam a connu pourtant l’arrivée des « hommes en noir, longue barbe au menton, kalachnikov en bandoulière » ; la fuite de sa famille qui, chrétienne, craint alors pour sa vie et se réfugie dans la partie sous contrôle du régime ; la violence des rebelles qui ont pris les armes contre le régime de Bachar al-Assad.

Guerre de l’information

Myriam raconte, simplement, les événements d’Alep à hauteur d’enfant. Un récit qui semble avoir fait la une des journaux du monde entier. Pourtant, ce siège d’Alep a été essentiellement décrit de ce côté « Est » où les insurgés étaient combattus par le régime, sans que soit tellement décrite la vie des habitants de l’Ouest dont beaucoup étaient, comme Myriam, des réfugiés. Est-ce parce que leurs épreuves semblaient moins graves au regard des largages de barils de TNT par le pouvoir sur sa population ? Plus attendus venant d’hommes affiliés à Al-Qaida ou Daech que de celle d’un pouvoir sur sa population ?

Comme dans toute guerre, parallèlement aux balles échangées, s’est livrée une bataille de l’information. Depuis que le bruit des canons s’estompe et que le régime regagne du terrain, pourtant, des voix se font entendre de ce côté-là. Et parmi elles, celle de Myriam. La petite fille n’a que 8 ans quand en 2012 elle doit fuir son quartier.

« Je ne souhaite à personne de vivre ce que nous avons vécu. Nous avons également beaucoup souffert dans la partie ouest de la ville. Nous avions peur des bombes, devions vivre sans eau et sans électricité… », raconte Myriam.

« Je ne saisissait pas vraiment ce qui se passait au début. J’ai compris le jour où des bombes ont commencé à tomber. Le pire c’est de mourir sous les bombes », pense la jeune fille.

Myriam de retour dans son appartement dévasté retrouve un petit jouet (DR)

Loin des raisons du déchaînement de cette violence dont elle avoue n’avoir « aucune idée », elle désigne un ennemi, ces fameux « hommes en noir », ces djihadistes qui ont à ses yeux déclenché la guerre. « Je ne leur pardonnerai jamais », dit-elle. « Je pense que la paix peut revenir à Alep, chacun va revenir chez lui et parler à son voisin. Mais je ne me réconcilierai jamais avec les terroristes », assure Myriam qui n’amalgame pas les habitants musulmans de la ville aux djihadistes, elle dont la meilleure amie, Joudi, est également musulmane. Mais comme tout enfant pris dans un tourment, Myriam souhaiterait fermer les yeux et que, comme par magie, tout redevienne comme avant.

La tête dans les étoiles

A Alep où l’eau et l’électricité manquent encore par moment, où les destructions sont toujours importantes aussi, Myriam se projette dans l’avenir. Cette année, elle va « apprendre la zumba, et cet été participer aux activités des scouts ». Elle se concentre sur le positif. Loin de son ancien quartier, elle préfère souligner la proximité de ses grands-parents, « une bonne chose ». Myriam essaye simplement de se reconstruire, de se concentrer sur ses activités d’enfants. Elle qui voulait être pédiatre nous confie bien innocemment avoir « changé d’avis. Je veux être astronome, j’adore observer le ciel, admirer les étoiles ». Une voie parfaite pour s’évader des violences qui agitent son monde.

* »Le journal de Myriam », de Myriam Rawick avec Philippe Lobjois éd. Fayard

Céline Lussato

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