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Le Front national a raté la marche des élections législatives. Alors que Marine Le Pen était présente au second tour de la présidentielle face à Emmanuel Macron, le parti n’aura finalement que 8 sièges à l’Assemblée nationale. 

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On est très loin de l’objectif fixé au lendemain de la présidentielle par Nicolas Bay, qui dirigeait la campagne du FN pour les législatives : « Le 7 mai, Marine Le Pen a franchi la barre de 50% des voix dans 45 circonscriptions, dans lesquelles nous espérons l’emporter. Dans près de 70 autres, nous avons obtenu entre 45% et 50% (…). Ces scores laissent entrevoir une entrée massive des députés patriotes en juin », disait-il au Figaro (réservé aux abonnés). 

Le Front national se retrouve en « plein désarroi », constate le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite. « Après avoir placé la barre très haut, c’est-à-dire du côté de la victoire, les frontistes sont aujourd’hui totalement déboussolés », explique-t-il à franceinfo. Si Marine Le Pen a obtenu des scores record pour son parti lors des deux tours de la présidentielle, elle a échoué à transformer l’essai. Désormais, le FN va devoir régler ses comptes, alors que les tensions internes au parti sont apparues au grand jour lors de l’entre-deux-tours des législatives. Ligne politique, leadership, affaires judiciaires… Franceinfo analyse les défis qui attendent le parti frontiste.

Trancher la ligne politique

Les responsables de l’échec du FN sont désignés très clairement par Robert Ménard dans les colonnes du Figaro (article abonnés) : « la ligne Philippot » – du nom du numéro deux du FN – et la question de la sortie de l’euro. « Quand on tient des propos économiques sans queue ni tête, que l’on se place aussi loin des préoccupations du monde de l’entreprise et des salariés, artisans et commerçants, on paye évidemment le prix de ses mauvaises analyses », dénonce le maire de Béziers.

Il faudra trancher définitivement le débat sur la sortie de l’euro et la ligne économique.

Robert Ménard

au « Figaro »

« Le drame de cette ligne Philippot, c’est qu’elle emmène Marine Le Pen à 33,9% au second tour de la présidentielle, un score énorme pour le FN. Mais en même temps, la candidate est seule et isolée », analyse Jean-Yves Camus, qui estime que « le pouvoir ne se conquiert pas seul ». En prônant la sortie de l’euro, en se positionnant sur une ligne « ni droite ni gauche », Marine Le Pen empêche une « union des droites », alors que « des convergences seraient possibles sur la question de l’identité, du terrorisme ou encore de l’islam », poursuit le politologue. 

Cette fracture entre deux lignes politiques s’illustre d’ailleurs territorialement. « L’électorat populaire du Nord-Pas-de-Calais se retrouve dans le ‘ni droite ni gauche’ ou sur les questions de la casse sociale », note Jean-Yves Camus. A contrario, dans le sud-est de la France, pour « ceux qui ne sont pas des perdants de la globalisation et de la crise économique », c’est la question identitaire qui prime sur la sortie de l’euro. « Chez les partisans de Marion Maréchal-Le Pen, on estime que la question de la sortie de l’euro effraye, voire suscite de l’hostilité, et qu’elle empêche de regarder les problématiques identitaires qui sont, pour eux, les enjeux principaux, explique le spécialiste du FN. Par ailleurs, ils considèrent que ce point les empêche de nouer des alliances à droite. » Cette question pourrait être tranchée lors du congrès du parti, prévu début 2018.  

Mettre fin à la zizanie

Après le retrait – temporaire – de Marion Maréchal-Le Pen de la vie politique, le leadership de Marine Le Pen ne semble pas menacé. Sa victoire dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais renforce son statut. Mais elle va devoir apaiser les tensions internes du FN. Contesté par les cadres du parti, Florian Philippot, qui a échoué au second tour en Moselle, a annoncé le 15 mai la création de son association, Les Patriotes. « Personne ne connaît réellement ses intentions, mais cette association ressemble fort à une piste d’atterrissage », note Jean-Yves Camus. Au sein du FN, la démarche du vice-président du parti n’a pas été appréciée. « Ce n’était peut-être pas le moment », a commenté Nicolas Bay sur France 2

J’ai été le premier à regretter que certains aient fait entendre des voix discordantes au sein du parti, au lieu de se concentrer sur la campagne.

Nicolas Bay

au « Parisien »

Et le secrétaire général du Front national de réclamer un travail de clarification au sommet du parti : « Les prochains mois pourront être consacrés à élaborer une stratégie pour être plus rassembleurs, à s’interroger sur notre programme et sur notre organisation. » Réponse de Florian Philippot sur Europe 1 : « Chacun a sa part de responsabilité, y compris ceux qui ont dirigé la campagne de ces législatives. » Ambiance. 

Affronter la justice

Après les échéances politiques, le Front national va également devoir faire face à la justice. Car plusieurs enquêtes visent le parti de Marine Le Pen. 

Soupçons d’emplois fictifs au Parlement européen. Le Parlement européen soupçonne d’emplois fictifs les assistants de 17 des 23 eurodéputés du FN (dont Marine Le Pen, son père Jean-Marie Le Pen, son compagnon Louis Aliot ou son bras droit Florian Philippot). Dans cette affaire, le Parlement européen a saisi la justice française. Une information judiciaire a été ouverte pour abus de confiance et recel, escroquerie en bande organisée, faux et usage de faux et travail dissimulé. Jusqu’à présent, Marine Le Pen a fait valoir son immunité parlementaire et a refusé de se rendre aux convocations de la police en février et des juges d’instruction en mars, expliquant qu’elle ne souhaitait pas s’exprimer devant les enquêteurs avant les législatives.

Financement de plusieurs campagnes électorales. Trois procédures judiciaires portent sur le financement des campagnes électorales du FN depuis 2011. Jeanne – le micro-parti de Marine Le Pen – et la société Riwal, dirigée par Frédéric Chatillon, un proche de la présidente frontiste, sont particulièrement visés. Riwal est soupçonnée d’avoir vendu des kits aux candidats du FN (contenant des tracts et du matériel de campagne) à des coûts largement surestimés. Dans la première procédure, sept personnes et trois personnes morales ont été mises en examen pour escroquerie, recel d’abus de biens sociaux, faux et usage de faux, lors des législatives de 2012. Une deuxième enquête porte sur plusieurs campagnes entre 2014 à 2016, et une troisième sur les régionales de 2015. 

Sous-évaluation du patrimoine immobilier. La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique soupçonne par ailleurs Marine Le Pen et Jean-Marie Le Pen d’avoir sous-évalué leur patrimoine détenu en commun, notamment leur propriété de Montretout à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). Le parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire. 

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