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« Je vous ai mis dans ce pétrin, je vais vous en sortir », promettait Theresa May aux élus conservateurs quelques jours après la défaite du parti aux élections législativesMais alors que s’ouvrent, lundi 19 juin, les négociations sur le Brexit avec ses futurs ex-partenaires de l’Union européenne, la Première ministre britannique n’a fait que cumuler faux pas et polémiques.

Créditée de 63% d’opinions défavorables par un sondage YouGov réalisé les 11 et 12 juin (soit avant l’incendie meurtrier de la tour londonienne de Grenfell), contre 46% pour son rival du Labour, Jeremy Corbyn, Theresa May vit le cauchemar de tout dirigeant. Retour sur une semaine de descente aux enfers. 

Etape 1 : la débâcle électorale

Vendredi 9 juin, Theresa May se réveille dans un pays hostile. Les élections législatives anticipées, sur lesquelles elle comptait pour asseoir sa légitimité et mener à bien les négociations sur le Brexit, n’ont pas eu l’effet escompté. Toujours en tête en nombre de sièges au Parlement, le Parti conservateur a perdu sa majorité absolue. Qualifié d’« échec désastreux« , d« humiliation » et de « pari raté » par la presse britannique, ce vote est une claque qu’elle peine à reconnaître dans sa brève allocution.« Il se trouve qu’elle n’avait qu’un discours, écrit en cas de victoire écrasante, qu’elle a préféré annoter plutôt que d’en écrire un nouveau », assure The Spectator (lien en anglais).

Seule concession à la réalité, elle y déclare son intention de s’allier avec le très contesté Parti unioniste démocrate nord-irlandais (DUP) et à ses 10 élus pour tenter d’obtenir une majorité.

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Etape 2 : l’annonce d’une alliance maudite

La main tendue de Theresa May au DUP, nécessaire d’un point de vue comptable mais osée politiquement, n’arrange pas ses affaires. La formation protestante ultra-conservatrice se distingue en effet par ses positions homophobes, créationnistes, anti-IVG et climato-sceptiques. Dès vendredi, des manifestants se rassemblent devant le 10 Downing Street pour protester contre cette possible alliance et demander la démission de Theresa May. Un sondage YouGov pour le Times révèle d’ailleurs que seules 27% des personnes interrogées sont favorables (lien en anglais) à ce rapprochement, contre 48% de personnes qui y sont opposées. 

Dans son entourage, beaucoup ne comprennent pas la stratégie de la Première ministre, raconte encore The Spectator. « En déclarant publiquement qu’elle voulait un accord avec le DUP, elle montre son incapacité à saisir la base des techniques de négociation, rapporte le magazine, citant des conservateurs déboussolés. Comment va-t-elle négocier le Brexit si elle ne peut négocier face à une poignée de politiciens de l’Ulster ? » D’ailleurs, l’inquiétude croît en Irlande du Nord et en République d’Irlande. Là-bas, beaucoup craignent qu’un rapprochement de circonstance entre les conservateurs et le DUP vienne réduire à néant le processus de paix entamé en 1998 à Belfast, à l’issue de trente ans de guerre civile. Rien que cela. 

Des manifestants protestent contre le Parti conservateur devant le 10 Downing Street, vendredi 9 juin 2017.  (EMERSON UTRACIK / CITIZENSIDE / AFP)

Etape 3 : la Première ministre de plus en plus isolée

« Theresa May est une morte-vivante. La seule question est de savoir combien de temps elle restera dans le couloir de la mort. » Cette attaque, signée de l’ancien chancelier de l’Echiquier de David Cameron, George Osborne, traduit bien l’ambiance du week-end au Parti conservateur. Pour la correspondante de Libération à Londres, « Theresa May est désormais une otage [de son propre parti]. Elle qui déteste consulter et déléguer doit désormais composer avec toutes les tendances de son parti, pendant que, dans son dos, les prétendants à sa succession se mettent en ordre de marche. »

Autour de Theresa May, avec le foulard, quelques-uns de ces remplaçants potentiels au sein du camp conservateur, le 28 novembre 2016, au 10 Downing Street (de gauche à droite : David Davis, Boris Johnson, Philip Hammond et Amber Rudd).  Autour de Theresa May, avec le foulard, quelques-uns de ces remplaçants potentiels au sein du camp conservateur, le 28 novembre 2016, au 10 Downing Street (de gauche à droite : David Davis, Boris Johnson, Philip Hammond et Amber Rudd).  (PETER NICHOLLS / REUTERS)

Isolée et désormais dépourvue de toute autorité, elle se sépare de ses deux chefs de cabinet et devient une Première ministre « en poste, mais pas au pouvoir », résume le journal conservateur Sunday Telegraph, qui paraît le lendemain. 

Etape 4 : la fausse bouée de sauvetage parisienne

Rien de mieux qu’une visite à l’étranger pour retrouver une stature de chef d’Etat. Mardi, Theresa May s’est rendue à Paris pour rencontrer Emmanuel Macron à l’Elysée. Ensemble, ils ont parlé lutte contre le terrorisme (et Brexit, forcément), avant de se rendre au Stade de France où l’équipe de football d’Angleterre rencontrait la France.

Si, pour Le Figaro, la Première ministre venait chercher le soutien d’Emmanuel Macron, cette rencontre n’a fait que souligner la faiblesse du Royaume-Uni à l’aube des négociations sur le Brexit. « Theresa May est blessée, très affaiblie. Macron est extrêmement fort en ce moment, analyse le correspondant en France du Times, interrogé par Courrier international. Il ne s’agit donc pas d’une rencontre d’égal à égal, cela ressemble davantage à une simple prise de contact entre une dirigeante malade face un leader en très bonne santé », estime-t-il alors que les caricaturistes ironisent sur les futures négociations. 

Etape 5 : la reconstruction chaotique du gouvernement

Theresa May ne convainc pas non plus quand, au milieu de cette période troublée, elle tente de recomposer son gouvernement. Mercredi, son équipe annonce par exemple la nomination de John Glen au ministère de la Société civile, notamment en charge des œuvres de charité. Problème : ce dernier a déclaré que les usagers des banques alimentaires payaient le prix de leurs mauvais « choix de vie ». Après un tollé, l’intéressé hérite d’un autre ministère, comprenant les Arts et le Tourisme, explique le Mirror (lien en anglais). En mai, Dominic Raab, nouveau ministre de la Justice, avait lui déclaré à la télévision que les bénéficiaires des banques alimentaires n’étaient pas pauvres, mais avaient « des problèmes de rentrées d’argent épisodiques ».

De couac en couac, la Première ministre s’est résolue à repousser, de lundi à mercredi, la présentation du gouvernement à la reine, étape incontournable pendant laquelle la souveraine délivre un discours devant les élus. Or, mercredi se tient le Royal Ascot, la course hippique préférée d’Elizabeth II. Agacé par cette maladresse, un député conservateur a réagi en tweetant, jeudi : « Après avoir emmerdé les retraités avec notre programme, notre Première ministre s’occupe désormais de celle [la retraitée] qui compte le plus. »

Etape 6 : les accusations dans le drame de Grenfell 

Dans la nuit qui suit son retour de Paris, un immeuble de 24 étages part en fumée à Londres. Face à un bilan très lourd (79 personnes mortes ou disparues), la colère des Britanniques s’abat sur les conservateurs. Au pouvoir depuis 2010, ils sont accusés d’avoir mené une politique d’austérité responsable de la vétusté de cette tour HLM. Les habitants, qui ne cessaient d’alerter sur la dangerosité du bâtiment, pointent du doigt l’inaction des pouvoirs publics, invoquant la responsabilité du parti de Theresa May, mais aussi celle de son nouveau chef de cabinet, Gavin Barwell.

Avant d’être appelé aux côtés de la Première ministre, ce fidèle était en effet ministre du Logement. A ce poste, il est donc suspecté d‘avoir ignoré un rapport d’experts tirant la sonnette d’alarme sur l’état des centaines d’immeubles semblables à celui du Grenfell. 

La tour Grenfell, dont la construction date de 1974, mercredi 14 juin. La tour Grenfell, dont la construction date de 1974, mercredi 14 juin.  (NATALIE OXFORD / NATALIE OXFORD / AFP)

Le manque d’empathie de la Première ministre, déjà raillé durant la campagne, a choqué au lendemain du drame. Après avoir envoyé un ministre à sa place et après une visite des lieux uniquement en compagnie des secours, Theresa May a finalement rencontré vendredi des victimes de l’incendie. Trop tard et surtout, après le chef de l’opposition, Jeremy Corbyn, le maire de Londres, Sadiq Khan, la reine Elizabeth et son petit-fils, le prince Wiiliam. Quand, sur les photos de ces visites, son rival apparaît réconfortant, prenant dans ses bras une rescapée, Theresa May, elle, traverse le site entourée d’uniformes. « Cette tombe à ciel ouvert sera à tout jamais le monument de Theresa May (…) Sa visite marque le moment où les derniers vestiges de sa carrière se sont effacés », a commenté vendredi une éditorialiste du Guardian. « Incapable d’émotion et d’empathie, elle a scellé son destin. »

Dure semaine, en effet. D’autant qu’elle s’est terminée, devant une mosquée de Finsbury Park, à Londres, dans la nuit de dimanche à lundi, par une attaque meurtrière. Un homme a foncé au volant d’une camionnette sur des fidèles qui s’étaient réunis après la rupture du jeûne, affirmant qu’il voulait « tuer des musulmans ». Une personne est morte, dix autres ont été blessées. Theresa May a dénoncé « une attaque écœurante » et a dû convoquer d’urgence une réunion des forces de sécurité dans la matinée. 

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