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Depuis trois décennies déjà, les meilleurs historiens de l’époque- les français Jean-Pierre Azéma et Serge Klarsfeld, l’américain Robert Paxton- en ont fourni de multiples preuves: la France en tant que nation, en tant que puissance publique et étatique, la France et ses institutions politiques démocratiquement élues, cette France qui est « la » France fut très directement responsable de l’émergence du régime de Vichy, de sa collaboration avec l’Allemagne nazie, de ses crimes et, en particulier de cette rafle du Vel d’Hiv qui, à Paris les 16 et 17 juillet 1942, frappa 13.152 juifs dont 3.000 enfants. Moins d’une centaine de « raflés » revinrent en France- aucun enfant. 

Pourtant, d’une génération l’autre, l’affrontement idéologique, violent et dépourvue de toute synthèse, se perpétue entre les principaux responsables politiques français explosant une nouvelle fois toute forme de clivage traditionnel: grossièrement une ligne de Gaulle/Mitterrand/Chevénement/Séguin que Marine Le Pen a récemment  singé [« la France était à Londres, elle n’a donc pas à s’excuser des forfaits et forfaitures perpétrés par un régime anti-républicain »] contre une ligne Chirac/Hollande assumant, depuis 1995 et le désormais célèbre discours de l’ex-maire de Paris, « la responsabilité de l’Etat français ». 

Le week-end dernier, ayant invité le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à commémorer en sa compagnie le 75ème anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv, Emmanuel Macron s’est inscrit avec force et clarté dans la lignée Chirac: « oui, je le redis ici, c’est bien la France qui organisa la rafle puis la déportation et donc, pour presque tous, la mort ». Récusant toute volonté de repentance, exigeant une vision claire de notre histoire et de notre destin collectif, dénoncent « les accommodements et les subtilités ceux qui disent que Vichy n’était pas la France ». Le président songe à ceux d’hier; le président pointe du doigt ceux d’aujourd’hui – ils se reconnaîtront.

En rupture avec la tradition commémorative

Cette position « raide » n’est certes pas une surprise car il avait déjà fait connaître ses analyses et positions lors de précédentes visites à Oradour-sur-Glane, le village martyr, et au mémorial de la Shoah à Paris. Mais le chef de l’État ne s’est pas contenté de donner sa vision, sa version, de notre Histoire à haute et intelligible voix, articulant un texte et une pensée de qualité. Il a choisi, en rupture avec la tradition commémorative, d’en tirer quelques leçons éminemment politiques pour aujourd’hui- et c’est cela, à l’évidence, qu’il serait bon de retenir pour porter à réflexions et provoquer quelques salutaires débats. 

Ainsi , le président de la république se refuse-t-il à faire de l’antisémitisme un phénomène ancien, encore moins révolu. « Le racisme et l’antisémitisme ne sont pas morts avec Vichy », a-t-il affirmé en une formule raccourcie. Les exemples récents sont en effet trop nombreux pour autoriser quelque angélisme que ce soit- en particulier le massacre d’Ilan Halimi, la tuerie perpétrée par Mohamed Mehra, l’assaut contre l’Hypercacher-. Avant les armes, les mots; avant le passage à l’acte meurtrier, la banalité des complaisances au quotidien. C’est cela qu’Emmanuel Macron a voulu mettre en exergue, en refusant, avec raison, son rôle de président ET d’intellectuel: « la barbarie n’avance jamais à visage découvert. Elle se forge d’abord dans les esprits, ce sont les esprits et les mots qui, progressivement, vont faire sauter les digues de nos consciences ». 

Et de pointer « l’antisionisme, cette forme réinventée de l’antisémitisme »…Déchaînement garanti…

Les bien-pensants de toutes sortes, notamment ceux de la gauche de la gauche, ne supporteront ce qui sonne à leurs oreilles pareil à un blasphème. Ils le supporteront d’autant moins que Macron a choisi de l’énoncer, ce blasphème, en présence du droitier, très droitier, ultra droitier Netanyahu, celui qui chaque jour ronge davantage les droits légitimes des Palestiniens et que cette invitation entretient la confusion. Certes… Ils rappelleront- non sans raison- que l’historien Pierre Vidal-Naquet et le sociologue Edgar Morin, deux belles et grandes figures du judaïsme français, n’ont jamais dissimulé un anti-sionisme actif. Certes… Mais un minimum d’honnêteté idéologique exigerait aussi de relever que l’anti-sionisme de Vidal-Naquet ou de Morin a fort peu en commun avec celui -contemporain, militant, déchaîné, bref antisémite- des Indigènes de la République ou des sympathisants islamistes partout présent dans les quartiers et les cités. L’enchevêtrement entre l’antisémitisme d’aujourd’hui et la radicalité anti-sioniste relève pour le coup de l’aveuglement. L’aveuglement précédant le passage à l’acte.

C’est cela que le président de la république a dénoncé. L’un de ses récents alliés politiques l’avait précédé sur ce chemin  il y a quelques années. Il s’était ainsi brûlé les ailes, notamment parce que la gauche de la gauche l’avait aussitôt haï pour ne plus jamais le lâcher jusqu’à ce qu’il s’effondre. Chacun aura reconnu Manuel Valls. Heureusement pour lui, Emmanuel Macron est autrement plus solide. 

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