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Margaux est cette Nantaise de 27 ans, partie depuis quatre ans en Syrie, sa fille de 18 mois à l’époque sous le bras, pour faire le djihad. Arnaud Comte, grand reporter à France 2 TV, a pu la rencontrer. Pour Ouest-France, il raconte ce qu’il a perçu de cette femme. Entretien.

Arnaud Comte, grand reporter à France 2 TV a rencontré Margaux Dubreuil en Syrie. Pour Ouest-France, il raconte ce qu’il a perçu de cette femme, mère aujourd’hui de trois enfants, prisonnière quelque part au nord-est de la Syrie.

Margaux Dubreuil a-t-elle émis le souhait de rentrer auprès de ses proches, à Nantes ?

Ce qui est certain, c’est qu’elle aimerait que ses enfants rentrent en France, à Nantes, et soient mis à l’abri pour être protégés. Sa situation personnelle est plus compliquée.

Comment cette femme de 27 ans s’est-elle radicalisée ?

Issue d’un milieu plutôt privilégié, elle m’a raconté avoir eu une adolescence difficile : mal dans sa peau, peu de visibilité sur son avenir, plutôt isolée, dans une quête spirituelle. Sans frère ni sœur, et des parents séparés. Un profil psychologique fragile et influençable.

Un jour, elle entend parler de l’Islam et du Coran, se convertit très vite, à 18 ans, hantée par la religion, puis se radicalise aussi rapidement. Margaux trouve enfin une raison à son existence. Ses parents acceptent les changements.

Elle se marie avec un Musulman d’origine tunisienne à Nantes. Elle donne naissance à son premier enfant, Yasmine. Elle divorce et se remarie avec un autre homme avec lequel elle ira encore plus loin. Ils feront partie des tout premiers Français à partir dans une Syrie en pleine guerre civile, à l’été 2013, la petite sous le bras.

Elle dit ne pas supporter que le régime de Bashar Al-Asad massacre la population musulmane qu’elle souhaitait aider. C’était avant la proclamation du « califat » Abou Bakr al-Baghdadi, en juin 2014. Sans savoir finalement, affirme-t-elle, qu’elle avait affaire à des groupes djihadistes.

Quel a été son parcours en Syrie ?

Là-bas, ils ont un garçon. L’homme a ensuite souhaité rentrer en France et a été interpellé dès son retour. Il est actuellement à la maison d’arrêt de Nanterre. Elle, a voulu rester sur place avec les deux enfants, convaincue que sa vie était là-bas.

Elle me dit avoir habité dans 70 maisons au total, ballottée entre la Syrie et l’Irak.

Elle a connu trois autres hommes. Les deux premiers sont morts au combat. Avec le dernier, elle a eu son troisième enfant, aujourd’hui âgé de 5 mois, à Raqqa. Elle l’avait choisi car il était blessé, donc peu susceptible de partir au combat, lui assurant une certaine stabilité. Elle dit ne pas savoir où il est depuis l’assaut final, début octobre, après les bombardements puis la libération de la ville. Profitant du chaos, elle avait tenté de s’échapper avant de se faire arrêter.

A-t-elle gardé un lien avec sa famille à Nantes durant cette période ?

Elle a, semble-t-il, toujours gardé le contact avec sa famille, sa mère essentiellement, via Internet. Mais depuis son arrestation, le 10 octobre dernier, elle n’a plus de moyens de communiquer.

Dans quel état d’esprit est-elle selon vous ?

Elle ne s’est jamais glorifiée. Mais l’interview que j’ai menée met en lumière cette zone grise à laquelle tous les services de renseignements français sont confrontés, à savoir : l’acte de contrition de ces individus est-il sincère ou bien est-ce de la dissimulation ? Quelle implication ? Quelle authenticité dans leur démarche ?

Mon sentiment est qu’elle a de réels regrets s’agissant de ses enfants. Côté radicalisme et repentance, je suis en revanche plus sceptique.

Quelle est sa situation aujourd’hui ?

En France, la Nantaise a été condamnée en janvier, en son absence, à deux ans de prison ferme, avec mandat d‘arrêt, pour être partie en septembre 2013 (date de la plainte de son mari pour “soustraction d‘enfant”) à Raqqa (Syrie) rejoindre les rangs du groupe État islamique avec sa fille aînée. Mais son transfert n’est pas à l’ordre du jour.

Aujourd’hui prisonnière au nord-est de la Syrie, dans une zone de flou, contrôlée par les forces kurdes, sans État, sans justice, à six heures de route de Raqqa, elle attend. Elle est régulièrement interrogée. Sa détention peut durer de longs mois, selon l’évolution sur le territoire et les accords géopolitiques.

Comment se portent les enfants ?

Le petit de 5 mois tétait le sein. Celui de trois ans a des retards de langage selon sa mère, qui s’en étonnait. Mais j’ai été personnellement bouleversé en regardant la plus grande, Yasmine, qui a 6 ans. On n’imagine pas la vie qu’elle a pu avoir, elle, qui n’a rien demandé. Quelle a été son enfance ? Arrivée à l’âge de 18 mois, elle a été éduquée, élevée dans les bombardements, embrigadée par Daech. Pour donner quoi plus tard ? Comment ces enfants seront-ils pris en charge ? C’est une vraie question…

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