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Pendant quelques mois, la capitale de l’Albret, chère au bon Roi Henri a vécu un début de fièvre. Celle de l’or noir qui coulait de la fontaine de Fleurette, déjà célèbre pour une toute autre histoire.

ET soudain, du pétrole ! Il y a 70 ans, Nérac, petite ville connue pour sa douceur de vie, aujourd’hui frontière de deux régions La Nouvelle Aquitaine et l’Occitanie, mais fière de ses racines immémoriales gasconnes, s’enflamme au son de la rumeur… Puis des faits, comme une ville du Texas touchée le siècle précédent par la ruée vers l’or noir.

Les actualités nationales qui dépêchèrent une équipe sur place, le phénomène enfle très rapidement : du pétrole à Nérac, oui Monsieur, il en coule à la fontaine de la Garenne et on s’en sert pour s’éclairer…

Il faut s‘imaginer l’époque. Le cheval tient encore une forte place dans la campagne mais le pétrole est au centre déjà, de la vie quotidienne. Et avec la sortie de l’après-guerre, le souvenir des pénuries subies est dans toutes les mémoires. Alors, certains commencent à y croire véritablement.

«Quelques mois avant, souligne l’historien Jean-Pierre Koscielniak, natif de la cité et qui a travaillé sur le sujet, des signes avaient alerté les autorités sans pour autant qu’on puisse identifier l’origine du mystère. Des personnes qui avaient bu à la fontaine, comme on le faisait traditionnellement depuis les temps reculés, s’étaient plaintes de douleurs abdominales et de maux de ventre.» De même, les lavandières se plaignent de ne plus trouver d’eau pure et fraîche pour mener à bien leur tâche. Mais ça ne va pas plus loin.

Explosion suspecte

Il faut attendre le mois d’octobre pour que la fièvre de l’or noir s’enflamme. Au sens propre comme au sens figuré. A la fontaine, les odeurs de pétrole se sont réellement affirmées. Un passant un peu «plaisantin» jette une allumette et l’eau de la fontaine prend feu. Le lendemain, il recommence, le mélange explose… et va déclencher une tornade médiatique. Tout le monde va s’en mêler. Les habitants d’abord, puis l’administration et les experts, ci-devant mandatés pour découvrir l’origine de ce «bon filon». Suivent les radiesthésistes de tout poil, les voyants de tous bords… Et chacun y va de son explication !

Enfin la télé arrive. Si aujourd’hui elle fait partie des mœurs, le déplacement d’une équipe est lourd en logistique et indique que l’histoire, à défaut de sentir le pétrole, à un réel parfum d’intérêt. Les images d’archives de Pathé Cinéma sont saisissantes. On y voit des habitants s’empresser de venir se servir à la fontaine. Des habitants qui devisent entre eux…

Jean-Pierre Koscielniak note qu’en plus de l’eau, coule une cinquantaine de litres par jour d’un «liquide doré, huileux et sentant bien le pétrole».

L’émoi est vif au point que le préfet de l’époque, M. Lacené multiplie les conférences de presse.

Et les ingénieurs des Mines donnent enfin leurs premières conclusions qui douchent ceux qui voyaient déjà ce petit bout de Gascogne transformée en Texas. Les experts démontrent qu’il s’agit en fait d’essence raffinée. Et tous les regards s’orientent alors vers l’hypothèse qu’avaient avancée dès le départ les forces de l’ordre, la piste des fûts d’essence cachés pendant la guerre.

«Les hommes de la Marine passent voir l’amiral Darlan, natif de Nérac. Ont-ils enfoui ces fûts ?» C’est l’hypothèse la plus probable souligne l’historien mais la vérité n’a jamais été établie avec certitude.

Des années plus tard, à la faveur de grandes pluies, le phénomène réapparaîtra. Mais depuis plus rien et le mystère reste entier.

Jean-Pierre Koscielniak, auteur de « Été 1944, la Libération du Lot-et-Garonne », aux Éditions Privat

Jean-Pierre Koscielniack, historien


La bible du pétrole

C’est l’ouvrage de référence pour quiconque souhaite comprendre comment le pétrole – source primordiale et tarissable de puissance – a joué un rôle majeur sur l’histoire des XIXe et XXe siècle. « Or noir, la grande histoire du pétrole » de Matthieu Auzanneau propose une lecture passionnante sur la plus puissante des industries.

Ici, point de Nérac mais plutôt Rockfeller, le cartel secret des firmes anglo-saxonnes, le Moyen-Orient, les guerres d’Irak, la crise de 2008, etc. Remarquablement documentée, emmenée sur un rythme haletant, cette grande histoire du pétrole se lit comme un véritable roman.


Des puits de pétrole dans les Pyrénées

Même si les nouvelles ne circulaient pas aussi vite qu’aujourd’hui, les habitants de Nérac ne pouvaient pas ignorer qu’à quelques encablures de leur paisible cité, la fièvre de l’or s’emparait du piémont pyrénéen comme une traînée de poudre.

Dès 1939, le CRPM (centre de recherche du pétrole du Midi) avait par exemple lancé l’exploration du côté de Saint-Marcet, en Haute-Garonne. Très vite leurs efforts allaient être récompensés et dans la nuit du 13 au 14 juillet 1939 le gaz naturel jaillissait comme un feu d’artifice.

Ainsi la région du Comminges allait offrir de nombreux emplois dans ce milieu du pétrole.

Quelques années plutôt, en 1927, on retrouve dans les archives des permis pour forer à la recherche de pétrole ou de gaz sur les communes de Blajan, Lespugue… Les experts de l’époque voient dans le piémont pyrénéen des similitudes avec les exploitations de Californie ou d’Irak.

Dans les faits, tous les regards et les efforts se reporteront vers le site de Lacq qui sera de loin le site le plus rentable.

À Saint-Marcet, le site a définitivement fermé en 2009 après 70 ans d’exploitation. Un peu plus loin, à Aulon, un puits avait été exploité de 1944 à 1952.

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