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C’est l’histoire d’une exfiltration. Ou comment des combattants de l’État islamique ont pu fuir le 12 octobre 2017 de Raqqa sous les bombes. Une opération rendue possible par le cessez-le-feu trouvé entre Daech et les forces démocratiques syriennes (coalition qui regroupe principalement des Kurdes et des rebelles arabes proches de l’Armée syrienne libre, ainsi que des tribus locales et des chrétiens du Conseil militaire syriaque). Le tout sous le regard attentif de la coalition anglo-américaine. Selon les informations de la BCC, 250 djihadistes – dont des leaders de l’État islamique –, et 3 500 membres de leurs familles – dont des Français – ont pu quitter la ville «  avec des tonnes d’armes et de munitions  ».

Certains se sont évaporés ailleurs en Syrie, d’autres ont tenté de passer la frontière jusqu’en Turquie. La BBC a recueilli les témoignages des camionneurs qui ont conduit cet exode. Photographies à l’appui. «  Dès que nous sommes entrés dans Raqqa, nous étions effrayés  », raconte l’un des conducteurs. «  Les forces démocratiques syriennes devaient nous accompagner, mais nous étions seuls. Quand nous avons passé les portes de Raqqa, nous avons vu les combattants avec leurs armes et leurs ceintures d’explosifs. Ils ont piégé nos camions. Si cela se passait mal, ils auraient fait exploser tout le convoi.  »

Un énorme convoi

Les djihadistes auront la vie sauve, grâce à l’accord passé quelques jours plus tôt avec des chefs tribaux de la région de Raqqa, capitale autoproclamée de l’organisation terroriste en Syrie. Une cinquantaine de camions, treize bus et plus d’une centaine de véhicules appartenant à l’État islamique composent le convoi, selon un témoignage. Il passe par le désert, puis file vers des terres moins hostiles et souvent encore contrôlées par l’EI. Parfois, des véhicules des forces syriennes s’arrêtent pour demander aux habitants de laisser passer le convoi.

D’autres membres de Daech ont décidé de quitter la route principale et de rejoindre d’autres régions. Voire de quitter le pays. Une situation qui a fait les affaires des passeurs à la frontière syro-turque. «  Depuis plusieurs semaines, beaucoup de familles ayant fui Raqqa ont voulu rejoindre la Turquie  », rapporte à la BCC l’un de ces contrebandiers qui prend 600 dollars par personne, 1 500 pour une famille. «  La plupart étaient des étrangers […], des Français, des Tchétchènes, d’autres Européens. » D’autres n’ont pas eu cette chance. S’il a pu fuir avec le convoi du 12 octobre, l’un des cerveaux de l’EI, le chef du renseignement Abu Musab Huthaifa, croupit désormais dans les geôles turques.

Il y a des frères français qui sont partis pour la France pour perpétrer des attaques. 

Lors de sa conversation avec les journalistes de la BBC, Abu Musab a détaillé le parcours du convoi. «  Nous pouvions quitter la ville avec nos armes personnelles, mais en laissant derrière nous l’arsenal le plus lourd. Nous n’avions aucune arme lourde de toute façon  », indique-t-il. Certains ont cherché à atteindre l’est de la Syrie, non loin de la frontière irakienne. Une région contrôlée par l’EI. D’autres ont préféré rejoindre Idlib, à l’ouest de Raqqa, où nombre de combattants ont trouvé refuge avec leur famille.

C’est le cas d’Abu Basir al-Faransy*, un combattant français avec qui la BCC a échangé. Membre d’un groupe exclusivement français au sein de l’EI, il transmet à la radio britannique cette menace : «  Il y a des frères français qui sont partis pour la France pour perpétrer des attaques qui se dérouleront au moment du Jour du jugement. »

Le chemin du convoi © BBC

Le chemin du convoi © BBC

Le début du parcours emprunté par le convoi composé par une cinquantaine de camions et des dizaines de véhicules. © BBC

Complicité de la coalition ?

Dans son enquête, la BCC pointe aussi la participation de la coalition dans l’accord et la fuite. Plusieurs témoins disent avoir aperçu des avions survoler le convoi, voire d’avoir éclairé leur chemin. Pourquoi autoriser la fuite de centaines de combattants de l’EI ? «  Nous voulions que personne ne parte, fait valoir le colonel Ryan Dillon, porte-parole de la coalition internationale contre Daech. Mais cela touche au cœur de notre stratégie, aux côtés des leaders locaux sur le terrain. Cela dépend donc aussi des Syriens, qui sont ceux qui se battent et meurent, et qui prennent des décisions sur certaines opérations  ». Si un «  agent de l’Ouest  » avait pris part aux négociations pour l’organisation du convoi, il n’aurait «  pas joué de rôle actif  », rapporte la BCC.

* la BBC a modifié les noms

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