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FOCUS – Des élus français issus de la France insoumise et du Parti communiste sont désormais interdits d’entrée en Israël. Leur proximité avec Boycott, désinvestissement, sanctions (BDS) pourrait être en cause. Ce mouvement, créé en 2005, milite pour le rejet de produits israéliens en représailles de la politique de colonisation israélienne.

Sept élus français qui devaient se rendre en Israël dans le cadre d’une délégation de vingt parlementaires ont appris qu’ils n’en auraient pas le droit. Le ministère israélien de la Sécurité intérieure a fait part de sa volonté, lundi, de leur interdire l’entrée. Les motivations de cette décision n’ont pas été précisées, mais une source ministérielle a indiqué qu’elle avait été prise «après une enquête rapide du bureau des Affaires stratégiques». Or cette structure surveille notamment les activités de la campagne internationale Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), un mouvement propalestinien régulièrement sujet à controverse.

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• Un mouvement initié en 2005

La campagne palestinienne Boycott, désinvestissement, sanctions est née en 2005 à Ramallah, à l’initiative d’Omar Barghouti, sans lien de parenté avec le prisonnier Marwane Barghouti que souhaitaient rencontrer les parlementaires. Ce mouvement se fonde sur un appel au boycott des produits confectionnés en Israël et des activités liées au pays afin d’exercer une pression publique contre les colonies israéliennes en territoires palestiniens, dont celles implantées depuis 1967 sont considérées comme illégales au regard du droit international. L’appel initial invitait «à imposer de larges boycotts et à mettre en application des initiatives de retrait d’investissement contre Israël semblables à ceux appliqués à l’Afrique du Sud à l’époque de l’Apartheid».

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Les domaines d’actions du BDS se veulent multiples: l’économie donc, mais aussi la culture, le sport ou l’éducation. Cette action dans plusieurs domaines et à plusieurs niveaux se retrouve dans le nom du mouvement. Le boycott touche à la consommation, quand l’idée de désinvestissement renvoie aux pressions exercées sur les entreprises et institutions pour ne plus coopérer avec Israël. Les sanctions font référence aux demandes de réactions internationales, et notamment la remise en cause des accords économiques avec l’Union européenne.

• Quelles revendications?

Le boycott «se poursuivra jusqu’à ce qu’Israël s’engage clairement dans le respect du droit international, la fin de l’occupation et de la colonisation», affirme BDS France. De fait, le mouvement demande «le droit au retour pour tous les réfugiés» palestiniens maintenus à l’extérieur des frontières israéliennes, «la fin de la colonisation, de l’occupation, du blocus de Gaza et le démantèlement du Mur» qui entoure la Cisjordanie, ainsi que «la fin de l’apartheid pour les Palestiniens de 1948», une référence à la minorité palestinienne d’Israël ayant fui la guerre.

L’action de BDS «ne vise pas des personnes ou des groupes en raison de leur origine ou de leur religion juive, ni leurs entreprises ou leurs produits», ajoute le mouvement, qui assure ne pas viser «la société israélienne ni les individus qui la composent, en tant que tels», mais bien «la politique coloniale d’occupation israélienne et ses partisans».

• Une branche BDS France formée en 2009

Quatre ans après le lancement du mouvement, dans la foulée de l’offensive israélienne «Plomb durci» sur Gaza, un appel à une campagne de ce type en France donne naissance à la branche française du BDS. À ce jour, un peu plus d’une cinquantaine d’organisations nationales y participent, dont des syndicats et des partis politiques.

Ce développement a donné lieu à une série de procédures judiciaires, notamment en raison d’une circulaire de février 2010 demandant aux parquets d’assurer une «répression ferme» contre les militants pro-boycott. Si ces derniers revendiquent leur droit à la liberté d’expression, les poursuites juridiques à leur encontre associent en effet leur discours à de la «provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne en raison de son origine ou de son appartenance ou non-appartenance à une ethnie, nation, race ou religion».

Plusieurs militants de BDS ont ainsi été poursuivis devant la justice française, avec des conséquences variées. En octobre 2015, la Cour de cassation a confirmé la condamnation à des dommages et intérêts et une amende de 14 personnes qui avaient appelé au boycott des produits israéliens dans un supermarché de Colmar, faisant de la France l’un des rares pays à condamner ce genre d’appel. L’année précédente, la relaxe de trois autres militants avait été confirmée en appel, fautes d’éléments de preuve. Plus récemment, en février 2017, la cour d’appel de Montpellier a également relaxé deux militants poursuivis pour un message publié sur leur page Facebook, jugeant que les faits n’étaient pas qualifiés.

• Le boycott, une question qui a pris de l’ampleur

La question d’un boycott de certains ou de la totalité des produits israéliens a pris de l’ampleur au cours de la dernière décennie. En 2010, la décision de Veolia de se retirer du chantier de tramway à Jérusalem avait été perçue comme une possible réaction aux pressions politiques liées au fait que la ligne devait s’étendre à Jérusalem-Est. Une information toutefois démentie par l’opérateur français.

En 2015, l’annonce par le patron d’Orange d’une rupture possible d’un accord de licence avec l’opérateur israélien Partner avait suscité un début de crise diplomatique. Stéphane Richard avait par la suite reconnu auprès du Monde avoir «totalement sous-estimé» le caractère sensible, en Israël, de la question du boycott. Le sujet était pourtant brûlant: quelques mois plus tard, l’Union européenne imposait un étiquetage spécifique pour les produits fabriqués dans les colonies israéliennes, une décision qui remontait à 2012 mais n’avait jamais été concrétisée.

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• Un impact limité mais surveillé

Outre les 171 ONG palestiniennes soutenant le mouvement, des personnalités ont également approuvé publiquement la démarche à son lancement, rappelle Jeune Afrique . Sur son site, le mouvement BDS international revendique d’ailleurs le soutien de personnalités américaines, parmi lesquelles le Nobel de la paix sud-africain Desmond Tutu. Le mouvement estime par ailleurs avoir une capacité à «influencer la façon dont la cause palestinienne est perçue publiquement».

L’influence économique et politique réelle du BDS reste difficile à évaluer et fait l’objet de débats. D’autant que le boycott revendiqué de tous les produits d’Israël peut être contesté par des partisans d’un boycott des seuls produits des colonies. Mais une chose semble certaine: l’impact politique de cette campagne est mis en avant par les autorités israéliennes. Signe de leur préoccupation et de leur fermeté sur ce sujet: en mars 2017, le Parlement israélien a adopté une loi visant à empêcher l’attribution de visas ou de permis de résidence à des ressortissants étrangers qui appellent au boycott, suscitant une controverse dans le pays.

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