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Le Théâtre National de la Colline présente « Tous des oiseaux », création de son directeur Wajdi Mouawad, du 17 novembre au 17 décembre 2017, avec le soutien des services culturels de l’Ambassade d’Israël en France
et du Cameri théâtre de Tel-Aviv

La légende de l’oiseau amphibie, par Wajdi Mouawad

Un jeune oiseau prend son envol pour la première fois au-dessus d’un lac. Apercevant les poissons sous l’eau, il est pris d’une curiosité immense envers ces animaux sublimes, si différents de lui.

Alors qu’il plonge pour les rejoindre, la nuée des oiseaux, sa tribu, le rattrape aussitôt et l’avertit : « Ne va jamais vers ces créatures. Elles ne sont pas de notre monde, nous ne sommes pas du leur.Si tu vas dans leur monde, tu mourras ; tout comme eux mourront s’ils choisissent de venir vers nous. Notre monde les tuera et leur monde te tuera. Nous ne sommes pas faits pour nous rencontrer. »

Les années passant, une mélancolie profonde le gagne, observant ces poissons sans pouvoir lesatteindre. Par une sublime journée où il se rend au lac pour les admirer, un vertige le saisit :« Je ne peux pas vivre ainsi ma vie durant, dans le manque de ce qui me passionne. Je préfèremourir que de vivre la vie que je mène. » Et il plonge. Mais son amour pour ce qui est différent est si grand, qu’à l’instant même où il traverse la surfacede l’eau, des ouïes poussent et lui permettent de respirer. Au milieu des poissons, il leur dit :« C’est moi, je suis l’un des vôtres, je suis l’oiseau amphibie. ».

La légende persane de l’oiseau amphibie me faisait rêver lorsqu’on me la racontait petit.Cette histoire de mutation me bouleverse aujourd’hui dans ce qu’elle raconte de notre époque,de notre monde et de notre rapport à l’Autre, à l’ennemi, pour ainsi dire

Genèse et rencontre

On peut dire que Tous des oiseaux eut pour source première la rencontre d’un auteur québécois d’origine libanaise vivant en France, avec une historienne juive ayant contribué à faire connaître un diplomate musulman, converti de force au christianisme. On appelle cela une rencontre avec l’idée absolue de l’Autre.

S’il faut nommer les événements conduisant au spectacle, il faudrait évoquer un premier rendez-vous dans un restaurant situé dans le hall des départs de l’aéroport international de Toronto, entre Wajdi Mouawad et Natalie Zemon Davis.

Une amitié se noue, une correspondance et des entrevues régulières, à Toronto, Paris, Lyon, Nantes, Berlin, pendant lesquelles Wajdi Mouawad écoute tandis qu’elle raconte. Ces conversations ont comme fi l d’or le personnage de Hassan Ibn Muhamed el Wazzân, sur lequel Natalie Zemon Davis a écrit un ouvrage, qui retrace la vie du diplomate, voyageur, historien de langue arabe, né à la fi n du XVe siècle, qui de retour d’un pèlerinage à la Mecque est fait captif par des corsaires chrétiens et livré au pape Léon X. Pour sortir de la prison, il se convertira au christianisme, prendra comme nom « Jean Léon l’Africain » et passera plusieurs années en Italie, où il s’initiera au latin et à l’italien, enseignera l’arabe et se consacrer à l’écriture, notamment d’une Description de l’Afrique.

Le personnage subjugue tout en ouvrant des chemins à l’auteur Wajdi Mouawad, car il entre en résonance avec une histoire et une question qu’il porte depuis des années : comment devient-on son propre ennemi ? ou, pour le dire autrement, comment devient-on « oiseau amphibie » ? Il y a dans la religion musulmane une notion passionnante : celle de taqiya. Elle désigne la possibilité de dissimuler sa foi sous la contrainte, de ne pas la trahir malgré les apparences. Même si rien ne le prouve dans ses écrits de manière défi nitive, Al-Wazzân aurait pu y recourir.

D’une incubation de plus de sept années de cette matière immense, naît un récit aux ramifi cations aussi mystérieuses que le geste de l’écriture l’est lui-même. Car l’histoire surgit au moment où l’auteur l’appréhende le moins. Elle lui tombe dessus, ou plutôt ils tombent l’un sur l’autre. D’où le sentiment de rencontre. Une rencontre qui, très vite, agglomère une série d’événements, liés à des hasards, à première vue disparates, mais dont la conjugaison ouvre des fenêtres vers des horizons inattendus.

Infos pratiques :
Tous des oiseaux, au Théâtre National de la Colline, du 17 novembre au 17 décembre 2017.
Du mardi au samedi à 19h30 et le dimanche à 15h30.
Tarifs : de 10 à 30€
Réservations : 01 44 62 52 52

Et du 28 février au 10 mars 2018 : au TNP Villeurbanne

 

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