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Plusieurs documents des « archives Ringelblum », rassemblés clandestinement pour témoigner de la vie et de la mort des Juifs du ghetto de Varsovie sont présentés à partir de jeudi pour la première fois dans une exposition permanente à l’Institut juif de Varsovie.

Un vieux bidon à lait est montré au fond d’un étroit couloir aux murs garnis de fragments de briques rouges, symbolisant ceux qui avaient été enfouis avec d’autres récipients et boîtes de fer blanc pour cacher ces archives.

« C’est le plus grand trésor juif de l’époque de la guerre, explique le directeur de l’institut, Pawel Spiewak lundi à l’AFP, un trésor qui montre la mort qui approche, qui apporte les témoignages de gens qui allaient mourir, quelques semaines ou quelques mois avant leur disparition ».

A l’entrée de l’exposition, une inscription gravée sur un mur gris: « Ce que nous ne pûmes transmettre par nos cris et nos hurlements ».

Elle provient du testament d’un jeune homme de 19 ans, Dawid Graber, enfoui le 3 août 1942 avec une partie des « archives Ringelblum » dans les ruines du ghetto de Varsovie.

Avec 35 autres personnes, Graber faisait partie du groupe qui, sous la direction de l’historien Emanuel Ringelblum, avait rassemblé dès 1940 cette documentation.

Leur équipe, qui avait pris le nom d’ »Oyneg Shabbes » (« plaisir du shabbat »), rassemblait aussi bien documents officiels que journaux clandestins, bons de rationnement, cartes postales, ordonnances médicales, programmes de spectacles, textes littéraires, tracts publicitaires ou emballages de bonbons.

Puis, avec le début de l’extermination totale des Juifs et la fin du ghetto, elle a dressé des statistiques des morts, morts de faim, de maladies, tués par les Allemands. Ainsi que des témoignages de ceux qui ont vu l’horreur.

Un miracle

S’y trouvent également des lettres de Juifs, témoignant de meurtres collectifs, de déportations dans les camps de concentration et les camps de la mort : Belzec, Treblinka, Auschwitz.

« Ils ont mis tout cela dans des caisses en métal ou des bidons à lait, et l’ont caché dans le ghetto, dans une cave. C’est un miracle que cela ait pu être retrouvé après la guerre, en 1946 et en 1950″, a raconté M. Spiewak. Certains dossiers n’ont cependant jamais été retrouvés.

Les noms de tous les collaborateurs d’ »Oyneg Shabbes » sont gravés sur une énorme table en bois. Les visiteurs peuvent lire comment ils ont vécu, puis, pour la plupart d’entre eux comment ils sont morts. Seuls trois d’entre eux ont survécu à la guerre, et ont permis de retrouver les archives.

Au total environ 6.000 documents représentant 35.369 pages ont été retrouvés, rédigés en polonais et en yiddish, parfois en hébreu et en allemand. La traduction en polonais du 38e et dernier volume est sur le point d’être achevée, et un premier volume en anglais est en préparation.

Un des documents exposés est un témoignage poignant de Jakub Krzepicki, qui a réussi à s’échapper du camp de Treblinka où entre 700.000 et 900.000 Juifs, venant principalement du ghetto de Varsovie ont été assassinés.

Le lieu de l’exposition est également symbolique. C’est ici, à quelque pas de la grande synagogue de Varsovie, brûlée par les Allemands, que se trouvait avant la guerre une grande bibliothèque juive. Après la création du ghetto, le bâtiment avait abrité les bureaux de l’Entraide juive, seule organisation autorisée par les Allemands.

C’est ici enfin que travaillait Emanuel Ringelblum, ainsi que plusieurs collaborateurs d’ »Oyneg Shabbes ». C’est également ici que les archives sont entreposées et étudiées. Une partie a fait l’objet d’expositions à Paris, Francfort et New-York.

Source lepoint

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