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INTERVIEW – Le nombre de personnes tuées dans des attaques terroristes a reculé en 2016, révèle mercredi l’Indice du terrorisme mondial. Pour autant, «des efforts doivent encore être faits» afin de lutter contre cette menace, estime Serge Stroobants, représentant de l’Institut pour l’économie et la paix en France.

Le terrorisme perdrait-il peu à peu du terrain? C’est en tout cas ce que relève l’Indice du terrorisme mondial (GTI), rendu public mercredi. «Le principal constat positif est le recul global du nombre des victimes d’attaques», avec 25.673 morts en 2016, soit un recul de 22% par rapport à l’année 2014, peut-on lire dans ce rapport* réalisé par l’Institut pour l’économie et la paix (IEP), think tank australien basé à Londres. Mais si le nombre des personnes tuées a globalement diminué, «d’autres tendances sont inquiétantes», estime l’organisation. Analyse avec Serge Stroobants, officier breveté d’état-major de l’armée belge et représentant de l’IEP en France et en Belgique.

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LE FIGARO. – Comment évolue le terrorisme ces dernières années?

Serge STROOBANTS. – On observe en 2016 une baisse notoire de l’impact du terrorisme dans le monde. Quatre des cinq premiers pays du classement (Afghanistan, Nigeria, Syrie et Pakistan) ont enregistré une diminution d’un tiers du nombre de leurs morts. Le cas du Nigeria est le plus frappant puisque le nombre de décès a baissé de 80% en 2016. En revanche, l’État islamique a fait plus de 9.000 victimes l’an passé. C’est un record et ça représente 50% de plus qu’en 2015. Ces attaques interviennent principalement en Irak, premier pays de l’Indice du terrorisme mondial.

Quelles sont les raisons de cette forte baisse dans le monde?

On se rend compte que les actions menées contre les groupes terroristes dans l’ouest de l’Afrique ont un effet direct sur leur faculté à commettre des attentats. En attaquant le groupe en lui-même, on lui enlève sa capacité à former une menace militaire, d’organiser des attaques dans le pays même. Par exemple, quand Raqqa est tombée, en Syrie, l’imprimerie a été détruite, les forces des terroristes ont été réduites à néant. Daech a été obligé de se réorganiser, d’où une réduction de son efficacité sur place.

Dans quelle situation la France se trouve-t-elle?

C’est le 23e pays le plus impacté par le terrorisme dans le monde, avec 94 morts en 2016. Il s’agit de son plus haut score jamais enregistré depuis la création de l’index, en 2002. Cette mauvaise place est due notamment aux attaques très meurtrières de ces cernières années, comme à Paris et àNice. On constate cependant que la France, depuis les années 1990, n’a pas connu une augmentation forte du nombre d’incidents terroristes. On reste toujours dans une fourchette entre 15 et 40 incidents par an. Il y a aussi une tendance positive depuis le début de l’année 2017 qui montre que l’action antiterroriste commence à porter ses fruits, même si elle a toujours un temps de retard sur les méthodes utilisées par Daech.

D’autant plus que leurs méthodes évoluent au fil du temps…

En perdant du terrain en Syrie, l’État islamique n’a plus les moyens d’organiser des attaques de grande envergure. En voyant disparaître ses capacités de gestion, le groupe se dirige de plus en plus vers des opérations isolées, menées par des individus auto-radicalisés de manière express. Les personnes se radicalisent dans le pays dans lequel elles vivent. La grande majorité des incidents terroristes ne sont pas menés par les djihadistes qui reviennent de Syrie, mais par des radicalisés qui attaquent leur propre pays. Quant aux moyens utilisés, ils sont de plus en plus réduits. Il s’agit de technologies de base, de bombes low-cost, ou même de voitures louées dans des centres de location.

Que peut-on faire pour limiter de nouveaux attentats potentiels?

Il faut neutraliser la menace à sa base, renforcer le renseignement, la police et la sécurité. Mais il est également nécessaire de comprendre le germe, la racine du terrorisme. Dans notre société globalisée, les personnes radicalisées ressentent un sentiment d’aliénation, de frustration voire d’exclusion. Le rôle de l’action antiterroriste, c’est aussi d’éviter que des individus puissent développer l’idée d’appuyer sur le bouton ou de créer une bombe. Et ce, au niveau régional, national et global.

* Créé en 2012, l‘Indice du terrorisme mondial se base sur des informations regroupées par une base de données de l’université américaine du Maryland, permettant de mesurer l’évolution des attaques terroristes dans 163 pays depuis 2000.

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