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Je me retire d’abord parce qu’on ne fait qu’analyser et répéter des constats. Cela nous sert d’exutoire et nous en avons besoin, mais pour quelle efficacité ?

Nous prêchons des convertis, nos amis, qui sont forcément sur la même ligne, à quelques nuances près. Ceux que nous voudrions convaincre nous insultent. Ils ne veulent rien entendre.

Pour être vu de tous – sans plus de chances, selon moi, d’être entendu et de faire bouger les lignes – il faut aller dans les grands médias à des heures de grande écoute. Les plus engagés de nos amis Facebook y sont parfois invités mais le format est toujours le même : l’affrontement entre deux camps diamétralement opposés qui assure aux chaînes une audience. Dans le reportage sur les belges dont j’ai déjà parlé, nos voisins se moquaient de notre passion pour le débat contradictoire. Ils ont raison. Sous une apparence d’idéal démocratique, de modèle de liberté d’expression, ces débats ne font que favoriser le relativisme en ne permettant pas de séparer le bon grain de l’ivraie. Chaque téléspectateur repart avec l’idée que son « candidat » a été le meilleur. La multiplication des chaines TV a ouvert la voie à cet éclatement de l’opinion.

Pourtant, il faut y aller ! Lorsque Fatiha, Céline, Kamel, Waleed, Monique, David, Marie-Laure et quelques autres auront baissé les bras nous n’aurons plus qu’à tendre le cou au sabre des djihadistes.

Les Burgat, Bianco, Cadène, Plenel ont pignon sur rue et ils parlent fort sur les radios et les chaines de service public. Course à l’audimat oblige, sans oublier la complaisance de certains journalistes.

La deuxième raison pour laquelle je me retire c’est que j’en suis venu à penser que la liberté d’expression ne doit pas être sans limites. Sur ce point, même mes meilleurs amis sont en désaccord et je ne veux pas courir le risque de me fâcher avec eux.

Pour ne prendre que deux exemples, loin de Facebook mais dans le sujet, Noam Chomsky défendant autrefois Faurisson l’antisémite, le négationniste c’est, pour moi, inconcevable. Quant à la réédition dans la Pléiade des pamphlets antisémites de Céline je la trouve incompréhensible, scandaleuse dans le climat actuel, même si je doute que beaucoup de jeunes antisémites se paient cette collection luxueuse.

Alors mes amis me rétorquent que si on ne laisse pas libre court à toutes les expressions un jour ce sont nos paroles qui seront réprimées. Quand ça ? Quand l’islamisme sera au pouvoir ? Et ils ajoutent qu’il faut combattre les idées néfastes par la force de nos arguments. Oui, ce serait bien, ce serait souhaitable, mais que vaut la force d’un argument quand il se heurte à un mur de bêtise et d’aveuglement idéologique ? Je ne partage pas cet optimisme, j’allais dire cet angélisme 🙂 .

La démocratie, ce n’est pas dire et faire n’importe quoi. Certes, c’est à la loi de fixer les limites, mais la loi se retourne parfois contre nous. Pourquoi ? Parce qu’elle est utilisée habilement par nos opposants et aussi parce qu’elle n’est pas toujours appliquée alors même que les délits sont constitués. Ajoutons à cela que les peines sont souvent trop légères et, très souvent, pas même appliquées. L’assassin du Père Hamel sous bracelet électronique, les agresseurs de policiers ou de pompiers remis en liberté… C’est à pleurer de rage !

La situation est grave et elle exige des réponses fortes. Comme nous sommes un état de droit et que nous devons le rester il faut que la loi soit appliquée dans toute sa rigueur et renforcée s’il le faut contre tous ceux qui veulent s’en prendre non seulement à notre intégrité physique – cela fait consensus – mais aussi – et c’est là le point de désaccord avec mes amis – à nos valeurs les plus fondamentales. Toutes les idées sont acceptables, à l’exception de celles qui s’en prennent à ces valeurs. Etre français, être anglais, allemand ou autre c’est se reconnaître dans un socle commun et personne n’a le droit de venir réclamer le remplacement de ce socle par une idéologie vieille de 14 siècles. Cracher sur ces principes de base, c’est s’abstraire de la communauté.

Comment nos amis anglais peuvent-ils accepter que défilent dans leurs rues des barbus et des femmes voilées réclamant l’instauration de la charia ?

Nous devons nous protéger et, pour cela, brandir la laïcité comme une arme – ce qu’elle n’est pas – est inefficace. Comme l’a écrit Caroline Fourest, « La laïcité n’est pas un glaive mais un bouclier. »

A trop tourner autour du pot, à trop reconnaître le droit à l’expression libre de toutes les opinions c’est nous qui perdons car, en face, les leaders sont déterminés, suivis par la meute des faibles d’esprit haineux qui constituent leurs troupes. Devons-nous accepter que les tribunaux soient encombrés par les plaintes pour incitation à la haine raciale contre des personnes qui n’ont fait que critiquer l’islam et les comportements qui s’en réclament ? Pouvons-nous accepter que l’islamophobie soit assimilée à du racisme alors qu’elle n’est que la saine et nécessaire critique d’une religion ?

Etrangement, ceux qui prétendent avoir le droit de critiquer les valeurs de la France et de l’Occident au nom de la liberté d’expression sont les mêmes qui  réclament que soit supprimé le droit au blasphème. N’est-il pas clair qu’ils mettent ainsi les lois de dieu au dessus de celles de la République ? Est-ce que ça ne saute pas aux yeux ? Est-ce que ça ne devrait pas les disqualifier ?

Face à eux, une opinion divisée et manipulée par les médias, un ensemble disparate composé d’individualités qui n’ont souvent que faire des grands principes républicains et laïques. Tant qu’ils pourront satisfaire leurs besoins de base, faire la fête, regarder les matchs de foot, mener leur petite vie tranquille, beaucoup de français ne se battront pas pour défendre la laïcité et la République. Aucun mépris dans ce triste constat.

Qu’est-ce qui définit désormais l’identité française ? Qu’est-ce qui nous unit en tant que peuple ? Vers quel avenir souhaitons-nous aller ? Si nous posons ces questions dans la rue combien de réponses différentes obtiendrons-nous ? C’est notre faiblesse. En revanche, les islamistes savent très bien ce qu’ils partagent et ils savent où ils vont. C’est leur force.

Des études récentes montrent une baisse globale des compétences des élèves et une baisse du QI de la population. Qui s’en étonnera après des décennies de pédagogisme fou à la mode De Cock ? Deux ou trois générations sacrifiées sur l’autel d’idéologies néfastes. Individus moins instruits = plus facilement manipulables. Moins de vocabulaire = moins de nuances. Moins de nuances = approche simpliste des sujets de société, manichéenne des rapports humains. Comment s’étonner que les conflits se règlent souvent par la violence plutôt que par le dialogue ? L’école devrait être, pourrait être le seul rempart contre le retour de la barbarie, mais combien d’enseignants (et de syndicats enseignants !) accommodants ? Combien d’enseignants résignés, découragés face au manque de soutien de leur hiérarchie, inquiets pour leur intégrité physique ?

La liberté d’expression sans freins, sans limites, est un idéal que je ne conçois que dans une démocratie constituée de citoyens éduqués et vertueux, capables de discerner le vrai du faux. Nous en sommes de plus en plus loin et c’est pourquoi j’estime qu’il faut d’abord contraindre avant de libérer. Dans le climat actuel, permettre l’expression d’idées nauséabondes et contraires à l’humanisme universaliste c’est mettre de l’engrais sur de mauvaises herbes. Une parole doit parler plus fort que les autres et non pas, comme dans les débats actuels, sur un plan d’égalité avec les autres. Le relativisme est la pire des positions intellectuelles. Il se veut antiraciste alors qu’il est tout le contraire.

Les futurs citoyens atteindront cet idéal de culture et de vertu si l’école remplit à nouveau son rôle émancipateur. Tout repose sur elle mais les jeunes sont de moins en moins attirés par la lecture et de plus en plus par internet, les réseaux sociaux et les jeux vidéos. Sa mission n’a jamais été aussi essentielle au moment où le rejet par des élèves, parfois de façon virulente, de certains contenus rend la tâche des enseignants de plus en plus difficile. Le combat contre les forces obscurantistes se perdra ou se gagnera à l’école, au collège et au lycée.

La troisième raison pour laquelle je me retire, c’est l’agressivité et la bêtise si présentes sur Facebook et qui finissent par user. Aucune discussion sereine n’est possible dans ce défouloir qu’est devenu Facebook. A un moment ou à un autre de l’échange, le politiquement correct surgit, porté par un être pur persuadé de détenir la vérité et qui te crache son venin au visage. Et on se trouve prestement renvoyé à la fameuse et si commode fachosphère par des gens qui savent tout de toi à partir d’une phrase que tu as prononcée.

Un autre point : je n’en peux plus de la honteuse mise en parallèle de faits comme les victimes d’attentats et les victimes de la route, comme les deux jeunes femmes assassinées devant la gare de Marseille et les femmes battues. Comparer l’incomparable est idiot, mais relativiser l’horreur des attentats est abject. Cela vient d’intellectuels en vue, comme Boniface dans une interview à La Croix, et ça se répand dans l’opinion jusqu’à devenir le système d’argumentation à la mode. Un membre de la France Insoumise a osé le parallèle entre l’hommage à Johnny Halliday et les SDF. Comme si s’émouvoir pour l’un empêchait de s’émouvoir pour l’autre !

Voilà. Désolé d’avoir été aussi long. Ne vous plaignez pas, j’aurais pu l’être davantage 😁. Je vais désormais très égoïstement penser à moi, à mes petits problèmes, à de grands voyages… Et puis, de temps en temps, je viendrai déposer une bêtise sur Facebook. C’est ce qui me vaut habituellement le plus de « like », preuve que tout le monde a besoin (au moins mes amis) de prendre parfois un peu de recul et de ressentir une brise qui se veut légère au cœur de l’orage. 😉

Denis Cordat

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