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Le nouveau directeur de la CIA est donc une femme, Gina Haspel, qui a fait toute sa carrière au sein de l’Agence, celle-ci ne se résumant pas à son rôle controversé dans la torture de terroristes. Parlant parfaitement le français, arrivée en 1985 à la CIA, Gina Haspel est affectée vers 1988 à la station d’Addis Abeba (Ethiopie), alors dirigée par Waldimir Skotzko. Un poste difficile car non seulement les officiers de la CIA doivent opérer sous la surveillance des autorités éthiopiennes, assistées par les conseillers de la STASI et du KGB mais également parce que le régime du dictateur Menghistu n’hésite pas à employer la torture : quelques années auparavant, un officier de la CIA sous couverture diplomatique avait été interpellé, alors qu’il rencontrait des opposants, et torturé. Lors des «interrogatoires», il avait livré l’ensemble de ses contacts. Avec pour résultat l’expulsion de la station entière de la CIA…

La suite de sa carrière durant les années 90 est moins connue. TTU a pu établir que, à partir d’août 1990, Gina Haspel est en poste à Ankara, officiellement en tant que 2e secrétaire de l’ambassade américaine. En 1999, elle est l’assistante exécutive du directeur de la Direction des Opérations (DO) de la CIA, James Pavitt. C’est José Rodriguez, ancien chef de station au Mexique et au Panama, et étoile montante au sein du Centre antiterrorisme de la CIA dans la foulée du 11-Septembre, qui va remarquer Mme Haspel : «Jane», comme Rodriguez l’appelle dans ses mémoires parues en 2012, travaillait alors dans un organisme de l’Agence «qui fournissait le soutien à la surveillance». Il la fait passer au Centre de contre-terrorisme, et l’envoie «diriger un des sites secrets où les terroristes étaient interrogés», plus précisément, d’octobre à décembre 2002, le site de la CIA en Thaïlande.

Rappelée à Langley, où elle aurait dirigé le programme des prisons secrètes de la CIA («Renditions and Interrogations Group») de 2003 à 2005, au sein du Centre de contre-terrorisme (C/CTC/RG), elle devient l’adjointe du responsable de la National Resources Division à la DO, la division chargée de débriefer les citoyens américains se rendant à l’étranger et de recruter les citoyens étrangers présents aux Etats-Unis. Mais brièvement : devenu directeur de la DO, José Rodriguez en fait son «chief of staff».

Ensuite, de 2009 à 2011, Mme Haspel est chef de station à Londres. Un poste prestigieux, de coordination avec les services britanniques, non seulement sur le plan opérationnel, mais également analytique : depuis les années 50, l’habitude est prise qu’un professionnel haut gradé de l’analyse de la CIA soit détaché à l’ambassade US à Londres (Vaughn Bishop de 2007 à 2009, puis Timothy Buch à partir de 2009). Lequel compare ses analyses avec ses homologues britanniques, mais pas seulement, les services américains partageant leurs National Intelligence Estimates avec Londres, en contrepartie des analyses du Joint Intelligence Committee de Sa Majesté.

Après avoir dirigé la station de la CIA à New York (2011-2013), Mme Haspel devient adjointe du directeur du NCS (Nouvelle dénomination de la Direction des Opérations) de la CIA, mais ne peut se faire confirmer au poste de directrice du NCS par le Sénat, suite à son rôle dans les prisons secrètes. C’est Francis Archibald, précédemment chef de station en Malaisie et au Pakistan, qui avait également dirigé les «covert actions» contre Slobodan Milosevic, qui devient le nouveau responsable du NSC. Mme Haspel repart en poste à Londres de nouveau, jusqu’à son rappel en février 2017, pour devenir l’adjointe du directeur de la CIA.

Si la nomination de Mme Haspel risque d’être compliquée par son rôle dans l’affaire des tortures dans les prisons secrètes de la CIA, cette professionnelle du renseignement est louée par nombre d’anciens collègues pour sa capacité de travail et d’analyse, mais également son sens du contact avec d’autres organismes du renseignement et de la sécurité, aux Etats-Unis et à l’étranger. Face à la controverse actuelle, plusieurs personnalités du renseignement ont publiquement pris position en faveur de sa nomination, comme Daniel Hoffmann, chef de station à Moscou en 2009 ; Stephen Slick, assistant de l’adjoint du directeur de la CIA en 2002 et qui fut ensuite chef de station à Tel-Aviv de 2009 à 2013, mais également l’ancien DNI James Clapper, l’ancien directeur de la CIA Michael Hayden, ainsi que – soutien de poids pour sa nomination – le président de la Commission du renseignement du Sénat, Richard Burr.

Source : https://www.ttu.fr/

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