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Le parquet de Créteil estime que les agresseurs qui ont braqué un couple à domicile et violé la jeune fille en 2014 les avaient ciblés à cause de leur religion. Le juge en charge de l’enquête n’avait pas retenu cette incrimination.

L’agression avait provoqué une vive émotion. Le 1er décembre 2014, Jonathan, 21 ans, et sa compagne, âgée de 19 ans, sont agressés à leur domicile dans le quartier du Port, à Créteil (Val-de-Marne), par trois hommes. Un cambriolage violent au cours duquel la jeune femme est violée. Dans un quartier où elle est très implantée, l’affaire met en émoi la communauté juive, à laquelle appartiennent les victimes. Deux jours plus tard, alors que les suspects viennent d’être arrêtés, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve, évoque une agression «dont le caractère antisémite semble avéré».

Cinq suspects, dont l’un fait l’objet d’un mandat d’arrêt

Aujourd’hui, cet aspect du crime fait pourtant l‘objet d’un débat. Alors que la juge d’instruction avait décidé de ne pas conserver cette qualification, le parquet de Créteil vient d’estimer que cette circonstance aggravante devait être retenue à l’encontre des cinq accusés, dont il réclame le renvoi devant la cour d’assises.

Le jour des faits, trois hommes cagoulés et armés s’engouffrent dans l’appartement du couple. Ils recherchent de l’argent et des bijoux. «Les juifs, ça met pas l’argent à la banque», s’agace l’un d’eux devant le maigre butin récolté. Sous la menace d’une arme, Jonathan donne son numéro de carte bleue avant d’être entravé. Alors qu’elle se trouve seule dans une chambre, sa compagne est violée par l’un des malfaiteurs.

Très vite, les policiers parviennent à mettre la main sur les auteurs présumés de ce crime. Ils font également le lien avec l’agression dont a été victime trois semaines plus tôt un homme de 70 ans, lui aussi de confession juive, dans un appartement voisin. En tout, cinq hommes aujourd’hui âgés de 20 à 25 ans sont suspectés d’avoir pris part à ces actes, dont un fait l’objet d’un mandat d’arrêt. Un seul, même s’il n’a pas été formellement reconnu, est mis en examen pour le viol, ce qu’il conteste vigoureusement.

Une «instrumentalisation politique»

Dès le départ, l’enquête est ouverte pour une agression à caractère antisémite. Jusqu’au mois de février dernier, lorsque la juge d’instruction décide, in fine, d’écarter cette dimension en clôturant son enquête.

Dans ses réquisitions du 17 mai, le parquet de Créteil revient à la lecture initiale du dossier. En évoquant le vieil homme initialement ciblé, la procureur estime que les agresseurs «savaient quelle était la confession de leur cible». Quant à l’agression du couple, le 1er décembre, les victimes ont «relaté que certains de leurs agresseurs avaient explicité leurs agissements par référence, cette fois encore, au préjugé selon lequel les juifs, ça a de l’argent ou les juifs, ça met pas l’argent à la banque», avance la magistrate. «Je suis ravi que le parquet ait redonné tout son sens à cette affaire. Si on ôte son caractère antisémite, on ne peut pas la comprendre», se réjouit Me Patrick Klugman, l’un des avocats du couple.

«A force de faire n’importe quoi sur les qualifications, cette instruction est disqualifiée, estime au contraire Me Marie Dosé, l’avocate d’un des suspects. Le mot d’antisémitisme a été utilisé par le pouvoir politique mais, judiciairement, il n’a aucun sens. Il ne relève que de l’instrumentalisation politique.» Il appartient désormais au juge d’instruction de se prononcer définitivement.

>Faits divers|Timothée Boutry|26 mai 2017, 7h23|1

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