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L’association France-Palestine solidarité et le comité français de la campagne BDS comptent parmi les vingt structures dont la mise au ban a été annoncée dimanche par les autorités israéliennes.

Correspondant à Jérusalem

Le gouvernement israélien a publié dimanche une liste noire regroupant vingt ONG étrangères dont les dirigeants se verront, à compter du 1er mars, interdire l’accès au territoire en raison de leur soutien à la campagne Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS). Cette initiative, lancée en 2005 par un collectif d’associations palestiniennes, est depuis plusieurs années qualifiée de «menace stratégique» par la coalition de droite au pouvoir en Israël. L’Association France-Palestine solidarité ainsi que l’antenne française du BDS figurent sur la liste établie par les services de Gilad Erdan, ministre (Likoud) de la Sécurité intérieure et des Affaires stratégiques.

« Ces gens abusent de l’hospitalité que leur offre notre pays pour le diffamer »

Arye Deri, ministre (Shas) de l’Intérieur

«Nous passons d’une position défensive à une posture offensive, a lancé dimanche M. Erdan, et les organisations qui soutiennent le boycott doivent savoir que l’Etat d’Israël ne leur permettra pas d’entrer sur son territoire, ni de porter tort à ses citoyens.» Arye Deri, le ministre (Shas) de l’Intérieur, estime que «ces gens abusent de l’hospitalité que leur offre notre pays pour le diffamer». Les ONG incriminées sont basées en Europe, aux États-Unis, en Afrique du Sud et au Chili. L’État hébreu a laissé entendre que l’interdiction de séjour concernera leurs principaux responsables, dont l’identité a été communiquée à la police aux frontières. Les militants se présentant à l’entrée du territoire dans le cadre de voyages explicitement organisés par ces structures sont également susceptibles d’être refoulés.

La publication de cette liste contribue à clarifier le champ d’application d’une loi adoptée début mars 2017 par la Knesset. Mais elle ne lève pas toutes ses ambiguïtés pour autant. Plusieurs ONG figurant sur la liste noire, au premier rang desquelles l’influente association américaine Jewish Voice for Peace, sont animées par des activistes juifs qui ont le droit de demander à tout moment la nationalité israélienne en vertu de la Loi du retour. Le ministère des Affaires stratégiques balaie cette apparente contradiction en indiquant que les activistes pourront toujours demander à s’établir de façon permanente en Israël. Leurs candidatures seront examinées au cas par cas, précise l’administration.

D’illustres artistes ont rejoint le mouvement

Rebecca Vilkomerson, qui vit à New York et préside Jewish Voice for Peace, s’est insurgée dimanche contre cette mise au ban annoncée dans une tribune publiée dans le quotidien de gauche Haaretz. Ses grands-parents ont vécu à Haïfa, dans le nord du pays, tandis que ses cousins ont grandi dans un kibboutz religieux proche de la vallée du Jourdain. Mariée à un Israélien, elle a vécu trois ans à Tel Aviv et ses deux filles ont la nationalité israélienne. «Bien que mes grands-parents soient enterrés en Israël et que nombre de mes proches y résident, j’ai désormais l’interdiction de m’y rendre à cause de mon soutien à la campagne BDS, dénonce-t-elle. Cette décision montre que le soutien croissant recueilli par cette initiative inquiète profondément Israël, qui y décèle un outil puissant pour modifier le statu quo et mettre fin à la dépossession dont les Palestiniens sont victimes.»

«La publication, par Israël, de cette liste, constitue un nouveau pas visant à faire taire l’opposition de plus en plus large que sa politique suscite à travers le monde.»

Bertrand Heilbronn, président de l’Association France-Palestine solidarité

Les autorités israéliennes accusent les activistes du BDS de chercher à saper le caractère juif de l’État. La campagne appelle à couper tout lien économique et culturel avec le pays, ainsi qu’à le frapper de sanctions, tant qu’il n’aura pas mis fin à l’occupation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est, fait cesser les discriminations subies par ses citoyens arabes et accepté le retour sur son sol des réfugiés palestiniens. Elle rencontre un fort écho sur certains campus américains, ainsi que dans plusieurs pays d’Europe occidentale et en Afrique du Sud. D’illustres artistes, au premier rang desquels le fondateur du groupe Pink Floyd Roger Waters, ont rejoint le mouvement. Mais son impact économique semble pour l’heure être assez limité.

Une délégation française d’élus et de militants propalestiniens a récemment dû annuler une visite programmée dans les territoires palestiniens après que le ministre Gilad Erdan a annoncé son intention de refouler sept de ses membres en raison de leur soutien affiché à la campagne BDS. «La publication, par Israël, de cette liste, constitue un nouveau pas visant à faire taire l’opposition de plus en plus large que sa politique suscite à travers le monde, accuse Bertrand Heilbronn, président de l’Association France-Palestine solidarité, et nous entendons demander aux autorités françaises de réagir. Notre pays ne peut pas accepter qu’Israël fasse ainsi le tri entre des citoyens français qui cherchent à se rendre dans les territoires palestiniens occupés. Paris doit réclamer avec force l’annulation de cette décision – et envisager, si les autorités israéliennes ne donnent pas suite, de prendre des mesures réciproques.»

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