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C’est la première fois depuis longtemps – 30 ans selon le quotidien Haaretz – qu’Israël perd un F-16 au combat.

Israël a mené samedi une série d’attaques aériennes en Syrie, frappant des cibles militaires syriennes mais aussi « iraniennes » et perdant un de ses appareils au cours du plus sévère accès de tensions impliquant les trois pays depuis des années.

Ces violences, dans lesquelles un pilote israélien a été gravement blessé, constituent la plus sérieuse confrontation entre intérêts israéliens et iraniens depuis 2011 et le début de la guerre en Syrie. C’est aussi la première fois depuis longtemps – 30 ans selon le quotidien Haaretz – qu’Israël perd un F-16 au combat.

Ces hostilités suscitent des spéculations sur une possible escalade, après des mois de crispations grandissantes coïncidant avec le cours pris par le conflit syrien en faveur du régime de Bachar el-Assad, un ennemi d’Israël soutenu militairement par la Russie, mais aussi par deux autres bêtes noires de l’Etat hébreu, l’Iran et le Hezbollah libanais.

Israël a dit ne pas chercher l’escalade, mais a prévenu que l’Iran et la Syrie jouaient « avec le feu » et qu’il était prêt à toutes les éventualités. Moscou a exprimé sa « profonde inquiétude ».

L’accès de fièvre a été provoqué avant l’aube par l’intrusion dans l’espace aérien israélien d’un drone iranien lancé de Syrie, a dit l’armée israélienne. Elle dit avoir entre les mains les débris de l’engin et a publié une vidéo de sa destruction, ainsi que celle d’un véhicule en Syrie participant à sa mise en oeuvre.

Le commandement conjoint des forces alliées au régime syrien – dont l’Iran et le Hezbollah – a démenti dans un communiqué toute violation de l’espace israélien. Les Affaires étrangères iraniennes ont qualifié les affirmations israéliennes de « ridicules ».

Violation flagrante

Le drone, suivi par la surveillance israélienne depuis son lancement d’une « base iranienne » proche de Palmyre en Syrie, a été abattu par un hélicoptère Apache au-dessus de la vallée du Jourdain, a précisé l’armée. En représailles, huit appareils israéliens ont attaqué des éléments du système de lancement de l’appareil sans pilote, selon le lieutenant-colonel Jonathan Conricus, porte-parole de l’armée. Ils ont atteint leur cible mais ont essuyé un tir de barrage « massif » de la DCA syrienne.

Un F16 s’est écrasé en territoire israélien, le lieutenant-colonel Conricus reconnaissant que la chute de l’appareil était probablement liée aux tirs syriens.

Les deux pilotes se sont éjectés, abandonnant leur appareil qui s’est écrasé dans la région de la vallée de Jezreel (nord). Ils ont été récupérés et hospitalisés, a dit l’armée. L’un d’eux est dans un état grave, l’autre est légèrement blessé.

L’aviation israélienne a lancé une seconde vague de raids, une attaque « de grande envergure », frappant 12 objectifs, y compris trois batteries de défense anti-aériennes et quatre cibles « appartenant au dispositif militaire iranien en Syrie ».

A Damas, l’agence officielle Sana a affirmé que la DCA avait repoussé les avions israéliens et touché « plus d’un », faisant état de raids contre des installations militaires près de Damas, dans le centre et le sud du pays.

Selon le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) Rami Abdel Rahmane, des raids israéliens ont visé l’est de la province de Homs (centre), une région où sont présents, a-t-il dit, des forces iraniennes et des membres du Hezbollah, autre bête noire d’Israël.

L’intrusion du drone constitue « la violation la plus flagrante et la plus grave de la souveraineté israélienne de la part de l’Iran ces dernières années, c’est pourquoi la riposte israélienne est aussi forte », a indiqué le lieutenant-colonel Conricus.

’Les règles du jeu’

Depuis le début de la guerre en Syrie, Israël veille à ne pas être aspiré dans le conflit, mais a frappé des dizaines d’objectifs, positions du régime syrien ou convois d’armes à destination du Hezbollah. Israël a par ailleurs attaqué en 2017 des sites iraniens en Syrie, selon des informations de presse.

La proximité de toutes ces forces antagonistes sur et autour du théâtre syrien a déjà donné lieu à de sérieux accrochages.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ne cesse de mettre en garde contre l’expansion de l’Iran dans la région, et de prévenir qu’Israël ne permettra pas que l’Iran vienne porter la menace à ses portes, en Syrie. M. Netanyahu s’emploie ardemment à pousser la Russie à contenir les agissements de Téhéran. Le mois dernier à Moscou, il a souligné devant le président Vladimir Poutine le danger selon lui de voir l’Iran prendre pied militairement en Syrie et y produire des armes de précision.

« Nous appelons avec insistance toutes les parties impliquées à faire preuve de retenue », a déclaré samedi le ministère russe des Affaires étrangères.

La confrontation de samedi adresse un « message clair » de la part de l’Iran : qu’Israël « n’est plus libre d’opérer comme il l’entend en Syrie », a dit un ancien porte-parole de l’armée israélienne, Peter Lerner.

Les experts israéliens parlent de « pente dangereuse ». Ils notent aussi le dommage causé en terme d’image par la destruction d’un F16.

Ofer Zalzberg, analyste à International Crisis Group, dit cependant croire que cet incident « devrait rester contenu ». Ces accrochages « signalent une nouvelle phase » du conflit syrien dans laquelle le régime et ses alliés ont le dessus et pensent « pouvoir se montrer plus audacieux envers Israël ».

En fait, chacun essaie « graduellement de renégocier les règles du jeu syrien », dit-il à l’AFP.

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