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  • Le 3 janvier 2018, les soldats ont tiré et touché Mus’ab as-Sufi (16 ans) dans le cou et l’ont tué dans le village de Deir Nidham, au Nord-Ouest de Ramallah. Le lendemain, 4 janvier, pendant les funérailles de as-Sufi, les tirs des soldats ont atteint à la tête Muhammad ‘Awad (19 ans) du village de Abud, en le blessant grièvement.
  • Le 11 janvier, les tirs des soldats ont atteint à la tête et tué ‘Ali Qinu (17 ans) près du village de ‘Iraq Burin, au Sud de Naplouse.
  • Le 11 janvier, les tirs des soldats ont touché à l’aisselle et tué Amir Abu Masa’ed (15 ans), lors d’une manifestation près de la clôture périphérique dans la région de Deir al-Balah, au centre de la Bande de Gaza.
  • Le 15 janvier, les tirs des soldats ont atteint à la tête et tué Ahmad Salim (28 ans) près du village de Jayyus, à l’Est de Qalqilya.
  • Le 30 janvier, les tirs des soldats ont atteint à la tête et tué Layth Abu Na’im (16 ans) dans le village de al-Mughayir, au Nord-Est de Ramallah.

L’enquête de B’Tselem a mis en évidence que les six Palestiniens ont été atteints par les tirs dans la partie supérieur du corps au cours d’affrontements et de manifestations comprenant des jets de pierres, bien que ceux-ci n’aient pas mis en danger la vie des soldats ou de toute autre personne. Selon les règles d’ouverture du feu de l’armée israélienne, tirer pour tuer est permis seulement lorsque la vie des membres des forces de sécurité ou d’autres personnes est mise en danger. Même dans ce cas, ce n’est autorisé seulement quand il n’y a pas d’autre moyen d’éviter le danger. Ces incidents ne répondaient en aucune façon à ces conditions.

Ce comportement rend les règles d’ouverture du feu, qui sont supposées limiter l’usage de la puissance de feu mortelle, vides de sens et traduit le profond mépris d’Israël quant à la vie des Palestiniens. Le dispositif de défense d’Israël, y compris le système de mise en application du droit militaire, adopte comme règle dans de tels cas de soutenir les tireurs ou de dissimuler l’incident. Le fait que les organismes de mise en application autorisent effectivement les soldats à ne tenir ouvertement aucun compte des règles d’ouverture de feu sans avoir de compte à rendre permet l’usage ininterrompu de la force léthale – élément incontournable de la capacité d’Israël à maintenir son contrôle par la violence sur des millions de Palestiniens.

3-4 janvier : le meurtre de Mus’ab as-Sufi (16 ans) de Deir Nidham et la blessure de Muhammad ‘Awad (19 ans)

Après la « déclaration sur Jérusalem » de Trump, Président des USA, le 6 décembre 2017, le village palestinien de Deir Nidham, au Nord-Ouest de Ramallah, a été le théâtre d’affrontements presque quotidiens entre les jeunes du village et les forces de sécurité israéliennes. Le 3 janvier, vers 10 h 00, plusieurs enfants jetaient des pierres sur la Route 465 qui passent au Nord du village. Des soldats sont arrivés et ont tiré sur les enfants des grenades lacrymogènes et des balles de métal enrobé de caoutchouc. Les enfants se sont enfuis vers des vergers situés au Sud de la route. Vers 13 h 00 environ, quatre soldats ont pris position près d’un figuier situé près d’une des maisons du village, à environ 250 mètres de la route et à 60 mètres d’un groupe de dix à vingt enfants et adolescents. Les enfants et les adolescents, qui étaient debout sur la route et dans un bosquet d’oliviers proche, ont jeté des pierres sur les soldats, et ces derniers ont tiré sur eux à balles réelles. Un drone militaire volait au-dessus de leurs têtes.

Dans un témoignage donné au chercheur de terrain de B’Tselem Iyad Hadad, le 4 janvier, N.S. (17 ans) a décrit ce qui s’est passé :

Vers 13 h 00, j’ai entendu les cris d’avertissement venant du balcon de Umm Khaldun : “Attention, le soldat vous vise”. Chaque fois que je voyais un soldat pointant son arme vers nous, nous nous cachions derrière un mur, un arbre ou un rocher. A ce moment-là, Mus’ab était assis à ma droite à côté de la route. Il m’a dit : “je veux avancer, couvre moi”. Je ne sais pas s’il avait l’intention de jeter une pierre ou juste de se cacher ailleurs. Il s’est levé et a avancé de quelques mètres. A ce moment il ne portait aucun objet, pas même de pierres. Un des soldats, je ne peux me souvenir lequel, a pointé son arme vers Mus’ab. Son frère et moi l’avons tous les deux prévenu : “cache-toi, cache-toi, il te vise”, mais il n’a pas écouté. Mus’ad a continué à avancer, et alors un des soldats a tiré sur lui une balle réelle et l’a touché au cou. Mus’ad est tombé par terre et s’est mis à gémir. Je suis monté vers lui et j’ai vu qu’il saignait abondamment du côté gauche du cou. J’étais effrayé. Mes jambes ont commencé à trembler. J’étais si effrayé que je n’ai pas osé rester avec lui, si bien que je suis parti et j’ai commencé à crier aux villageois : “Quelqu’un a été touché. Quelqu’un a été touché”. Quelques enfants sont montés jusqu’à lui et son père, qui avait entendu qu’il avait été touché, est venu pour l’emmener en voiture à l’hôpital de Ramallah.

As-Sufi est arrivé à l’hôpital à 13 h 30 avec un pouls inerte. Après une heure de tentative pour le réanimer, il a été déclaré mort.

Le père de Mus’ab, Firas as-Sufi, a dit de son fils :

« Quand nous habitions en Jordanie, il dirigeait le choeur et le conseil des écoles d’état en Jordanie. Quand nous sommes revenus au village, il a pris sur lui de faire fonctionner la station de radio de l’école. J’avais de grandes espérances pour lui. Le tir des soldats d’occupation a détruit ses espoirs et ses rêves. Il nous a été arraché, en laissant sa mère, ses frères et soeurs et moi-même totalement anéantis. »

Le lendemain, 4 janvier, pendant le funérailles de as-Sufi, des affrontements se sont produits à nouveau près de la Route 465. Vers 13 h 30, les tirs des soldats, d’une distance d’environ vingt mètres, ont atteint à la tête Muhammad ‘Awad, un habitant de ‘Abud âgé de 19 ans. Il a été évacué vers l’Hôpital al-Istishari à Ramallah, où on a diagnostiqué qu’il avait une fracture du crâne et que des éclats de métal étaient restés dans la tête la tête. Il a été opéré à la tête et est toujours hospitalisé.

Mus’ab a-Sufi

Le meurtre de ‘Ali Qinu (17 ans) de ‘Iraq Burin :

Le matin du 11 janvier, dans le cadre d’un ensemble de restrictions au déplacement imposées par l’armée dans sa recherche du suspect du meurtre d’un citoyen israélien, le Rabbin Raziel Shevach, deux jours avant, les soldats ont établi un point de contrôle sur la route reliant le village de ‘Iraq Burin à la ville de Naplouse et le village de Tell. Des affrontements se sont poursuivis, pendant lesquels les jeunes palestiniens jetaient des pierres sur les soldats et les soldats tiraient sur eux des cartouches de gaz lacrymogènes et lançaient des grenades assourdissantes. les affrontements ont continué jusque vers 17 h 00. Vers 16 h 30, deux jeeps de l’armée jeeps allaient de la direction de Burin vers ‘Iraq Burin, et quelques jeunes de ‘Iraq Burin, qui étaient montés en haut d’une colline voisine, ont lancé des pierres sur elles d’une distance d’environ trente mètres. La première jeep a continué son trajet vers le village, tandis que la seconde s’est arrêtée à environ trente mètres des

jeunes. Dans le témoignage de terrain qu’il a donné au chercheur de terrain de B’Tselem, Salma ad-Deb’i, le 21 janvier, ‘A.Q. (20 ans) a raconté ci-après ce qui est arrivé :

Un soldat qui était assis dans la jeep a tiré deux ou trois coups de feu dans notre direction. Puis il a tiré plus de 20 coups de feu consécutifs. Nous nous sommes tous éloignés en courant des coups de feu, et ensuite la jeep a repris son trajet vers le village. Après que les jeeps se sont éloignées, nous avons vérifié que tous allaient bien. Nous n’avons pas vu ‘Ali. Nous l’avons appelé et nous l’avons cherché. Nous sommes revenus vers l’endroit où il se trouvait auparavant et nous l’avons trouvé allongé face au sol. Il avait la tête fendue et il saignait. Un autre gars et moi l’avons retourné. Son visage était blême et il ne donnait aucun signe de vie. Il ne respirait pas. J’ai mis la main sur son cou et il n’y avait aucune pulsation.

’Ali Qinu

Un des jeunes hommes est descendu vers la route et a arrêté une voiture qui passait. Certains ont transporté le blessé Qinu et l’ont mis dans la voiture qui l’ évacué vers un hôpital de Naplouse, où il a été déclaré mort.

La mère d’Ali, Raedah Qinu, a dit de son fils :

« Quant j’ai vu ‘Ali à la morgue, j’ai perdu la tête. Je ne pouvais pas croire que c’était mon petit garçon, ‘Ali, si jeune et si gâté. J’ai toujours pensé qu’il était le plus beau de tous mes fils. Chaque jour j’ai l’impression qu’il a été tué encore une fois et à chaque moment il me semble que je lui dis au revoir, encore et encore. Le soldat qui l’a tué, m’a tuée aussi, et tous les autres qui l’ont aimé. »

11 janvier : le meurtre de Amir Abu Masa’ed (15 ans) de Deir al-Balah, Gaza :

Le 11 janvier, une manifestation a eu lieu près de la barrière périphérique entre Gaza et Israël, à l’Est du Camp de Réfugiés de al-Bureij. Les jeunes palestiniens ont lancé des pierres sur les soldats qui étaient de l’autre côté de la barrière. Les tirs des soldats ont atteint Amir Abu Masa’ed à l’aisselle et l’ont tué alors qu’il était à une distance d’environ 50 à 70 mètres de la barrière. Dans un témoignage donné au chercheur de terrain de B’Tselem, Khaled al-‘Azayzeh, le 15 janvier, A.N. (17 ans), habitant du Camp de Réfugiés de al-Bureij, a raconté :

Vers environ 16 h 20, je suis monté avec quelques autres jeunes vers le point le plus haut du secteur, pour voir les soldats. Environ cinq minutes plus tard, la plupart des jeunes sont redescendus parce qu’ils étaient effrayés. Je suis resté debout à cet endroit avec un gars que je ne connaissais pas. Tout d’un coup, on a tiré sur nous. J’ai été touché par une balle à la cuisse gauche. J’ai senti que ma jambe s’affaiblissait et je suis tombé par terre. Je voyais du sang sortir de la blessure. J’ai vu plusieurs types ramassant l’autre gars, qui était aussi blessé, à environ quatre mètres de moi. J’ai appris après qu’il s’appelait Amir Abu Masa’ed.

Abu Masa’ed a été emmené, déjà sans vie, à l’hôpital de Deir al-Balah.

15 janvier : le meurtre de Ahmad Slim (28 ans) de Jayyus

Le 15 janvier, à environ 13 h, environ dix jeunes palestiniens du village de Jayyus, à l’Est de Qalqiliyah, se sont dispersés le long de la Barrière de Séparation et ont lancé des pierres sur deux jeeps de la sécurité israélienne qui circulaient sur la route tracée le long de la barrière, près du village. Les soldats et les officiers de la Police des Frontières ont tiré sur les jeunes des gaz lacrymogènes et des balles réelles de l’intérieur des jeeps. A environ 16 h 00, une des jeeps a quitté la zone et une autre est arrivée, et quatre soldats masqués en sont sortis. Environ une demi heure après, Ahmad Salim s’est avancé vers la partie Nord de la colline sur laquelle il se tenait debout avec A.N. (20 ans), qui, dans un témoignage donné le 22 janvier au chercheur de terrain de B’Tselem, Abdulkarim Sadi, a déclaré :

Nous jetions des pierres sur les soldats masqués et ils ont commencé à avancer le long de la route. Ahmad est allé vers eux sur la colline, au-dessus de la route de la barrière. Je suis resté où j’étais, à une distance de lui d’environ vingt à trente mètres. J’ai vu Ahmad se baisser et prendre une petite pierre pour la jeter sur les soldats, et alors l’un d’entre eux a pointé son arme sur Ahmad. J’ai vu le soldat ouvrir le feu sur lui et j’ai entendu trois tirs. L’un d’entre eux a dû le toucher. Il est tombé par terre, sur son côté gauche. Je me suis approché de lui en rampant. Il m’a souri et m’a demandé de le ramasser. Je ne pouvais pas le faire, parce que les soldats étaient encore là et j’avais peur qu’ils me tirent dessus. Je l’ai traîné à environ dix mètres de là, pour le mettre hors du champ de vision des soldats.

Ahmad Salim

Deux habitants du village qui avaient entendu les tirs sont venus en courant. L’un d’eux a ramassé Salim et l’a emmené vers une ambulance que les habitants avaient appelé, qui attendait à environ 400 mètres delà. Salim a été emmené vers un hôpital à Qalqiliyah, où il a été déclaré mort, après avoir essayé de le ranimer.

La soeur d’Ahmad, Rawan Salim, a dit de son frère :

« Ahmad et moi étions très proches. Quand nous étions petits, notre mère avait l’habitude de nous appeler Tom et Jerry. Il ya un an, il a ouvert un restaurant au rez-de-chaussée de notre maison. Après le travail, il apportait toujours à manger pour moi et pour les gosses. Il voulait se marier et je l’aidais à chercher une compagne. Ahmad avait bon coeur et beaucoup de patience. Quand il a été tué, tous les gens du village sont venus à son enterrement. »

30 janvier : le meurtre de Layth Abu Na’im (16 ans) de al-Mughayir

Le 30 janvier, à environ 15 h 00, un groupe de jeunes palestiniens du village de al-Mughayir se sont mis à jeter des pierres vers la Route Alon. Des jeeps de l’armée sont arrivées sur les lieux, à partir desquelles les soldat ont lancé des grenades assourdissantes et tiré sur les jeunes des cartouches de gaz lacrymogène et des balles de métal enrobé de caoutchouc. A environ 16 h 00, les jeunes se sont repliés dans le village et deux jeeps militaires les ont poursuivis. Tous les jeunes se sont dispersés dans le village à l’exception de Layth Abu Na’im (16 ans ), qui s’est caché derrière les piliers entourant un jardin au centre du village. Les jeeps de l’armée se sont arrêtées tout près. Dans le témoignage qu’il a donné, le 31 janvier, au chercheur de terrain de B’Tselem, Iyad Hadad, ‘A.M. (69 ans ), un homme marié, père de six enfants, qui possède un magasin à proximité, a décrit ce qui est arrivé ensuite :

Le jeune – je ne savais pas son nom – a essayé de se cacher ou de jeter une pierre, mais je n’ai pu voir aucune pierre jetée. Une jeep était garée à environ 20 mètres de là. J’ai entendu un tir et j’ai vu le jeune tomber directement par terre et cesser de bouger. Un soldat est immédiatement sorti de la jeep, et ensuite plusieurs autres soldats sont sortis pour voir ce qui se passait dans le secteur. Ils regardaient tout autour et sur les toits, leur arme prête. Le soldat qui était sorti le premier est venu vers moi avec un autre soldat, a pointé son arme sur moi et m’a ordonné de rentrer à l’intérieur du magasin. Ils sont montés vers le jeune qui avait été abattu, l’ont regardé attentivement et puis l’ont laissé là. lls sont retournés en hâte à la jeep et sont partis.

Après que les soldats ont quitté les lieux sans apporter aucune assistance médicale à Abu Nai’m, les jeunes du village l’ont mis dans une voiture et il a été emmené au centre médical du village tout proche de Turmusaya. Abu Na’im a été soigné au centre pendant quelques minutes et transféré ensuite à l’hôpital de Ramallah. Il était cliniquement mort lors de l’arrivée à l’hôpital. Les médecins de l’hôpital l’ont déclaré mort et ont remarqué qu’il avait été tué par une balle en métal enrobé de caoutchouc qui est entré dans le crâne par le visage. Tirer une telle balle sur le haut du torse d’une distance d’environ 20 mètres est contraire aux règles d’ouverture de feu – précisément parce que les conséquences létales sont tellement probables, comme cela s’est produit dans ce cas.

Layth Abu Na’im

Le grand-père de Layth, Fathi Abu Na’im, qui l’avait élevé depuis qu’il avait deux ans, a dit de son petit-enfant :

« Il aimait le foot et jouait comme gardien de but dans l’équipe de l’école et au club du village. Il a gagné beaucoup de trophées et de médailles et rêvait de devenir footballeur professionnel et d’être célèbre. Un soldat a tué mon petit-fils sans aucune raison, de sang froid. Mon coeur souffre et je ressens un terrible sentiment de perte. C’est un pénible sentiment que les mots ne peuvent décrire. »

Traduit de l’anglais par Yves Jardin, du GT de l’AFPS sur les prisonniers

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