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Le Président de la République Emmanuel Macron a prononcé, lors du dîner annuel du Crif, (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France), un discours important où des mots forts ont été prononcés. Il a ainsi dénoncé l’antisémitisme comme « le déshonneur de la France » et a assuré que «  la France est fière de compter en son sein des concitoyens de confession juive et ne se résoudra jamais aux torts qui leur sont faits à raison de cette confession. Jamais.»

Ces mots sont réconfortants et importants mais hélas, avec tout le respect qui est du à la fonction du Président de la République, ces mots ne sont pas et ne seront pas suivis d’effets. Pour avoir passé un peu de temps dans la réserve opérationnelle, je sais très bien comment fonctionnent les institutions de l’Etat. Les dirigeants décideurs ne sont en poste que pour des durées courtes. Un chef de corps de base aérienne ou de régiment, un général commandant un Etat-Major ou un service, ne sont généralement en poste que pour deux ou trois ans. Le Président de la République n’est en poste que pour cinq ans, certes renouvelable mais sans aucune garantie. Leurs subordonnés, par contre, restent en poste pour des durées bien plus longues. Les officiers subalternes et les sous-officiers qui forment la colonne vertébrale des unités militaires restent en poste parfois jusqu’à 10 ans. Les fonctionnaires d’Etat restent en poste toute leur carrière. Ceux qu’il faut convaincre d’un changement de mentalité ou de politique ne sont pas les dirigeants mais bien les subalternes.

Ainsi, le Président de la République est allé parler aux représentants de la communauté juive et ses propos ont été repris dans la presse mais hélas, il faut être très lucide sur la réalité des choses : ce sont des propos de discours qui ne signifient pas une politique structurée aux objectifs clairs et surtout, ils ont été accueillis dans les principaux ministères concernés avec des mines sérieuses et impassibles cachant de nombreux sourires complotistes en coin de fonctionnaires qui rejettent en sourdine ce qu’ils perçoivent comme un communautarisme juif teinté de mondialisme anglo-saxon et d’influence internationaliste sioniste. S’il fallait résumer la réaction réelle dans les esprits de ceux qui peuvent agir et mettre en place des choses, le meilleur résumé est un lancinant: « Cause toujours ».

On le sait, ce n’est un secret pour personne : les meurtres d’Ilan Halimi et de Sarah Halimi, indiscutablement et crassement antisémites, ont été traités par la presse et les dirigeants politiques comme de vulgaires faits divers parce qu’ils n’ont tout simplement pas envie de traiter cette question de l’antisémitisme. C’est un chantier bien trop lourd et bien trop bouleversant pour les certitudes françaises et les idéologies politiques. Quel camp politique, quel parti français a un jour, par exemple, mené une campagne interne, une université d’été ou un séminaire sur le thème de l’héritage antisémite de leur propre histoire politique ? Voyons-nous les Républicains faire un séminaire interne sur la critique des paroles de Charles de Gaulle en 1967, sur l’antisémitisme de Maurice Couve de Murville et sur la « judéophobie » traditionnelle de la droite française ? Voyons-nous le Parti Socialiste français faire une autocritique de son passé, de l’antisémitisme flagrant dans les idées de Karl Marx ou de certaines politiques internes des années 20 qui dénonçaient la « juiverie capitaliste internationale » ? Voyons-nous le Parti Communiste Français, à la fête de l’Humanité, faire une exposition sur comment l’antisémitisme a été également prégnant dans la lutte des classes parce que les Juifs étaient considérés comme des exploiteurs capitalistes ? Et l’ensemble des partis politiques européens s’interrogent-ils sur l’influence que leurs prédécesseurs et inspirateurs politiques ont pu avoir, directement ou indirectement, sur l’émergence du Nazisme ?

Mais allons plus loin et arrêtons de toujours accuser les dirigeants et responsables ! Y a-t-il eu trois millions de manifestants pour les assassinats d’enfants juifs dans une école, chose que même les SS n’avaient pas fait en France ? Y’a-t-il eu une levée de boucliers populaire de protestation pour faire corps avec la communauté juive de France ? Les synagogues et écoles juives en France ont-elle reçu des milliers de visites de condoléances, de fleurs, de cartes, de signes de sympathie d’autant de particuliers anonymes qui ont ressenti une compassion ? Charlie Hebdo a été l’objet de ce genre de manifestations. Le Bataclan également. La place de la République a été envahie de bougies, fleurs,  cartes et dessins d’enfants. Mais il n’y a aucune fleur devant Ozar Hatorah à Toulouse. Il n’y a même pas une plaque commémorative parce qu’on ne veut pas attirer l’attention. Surtout, il ne faut pas désigner un lieu symbolique juif ou de mémoire juive de peur que ça ne recommence. Tout le monde, surtout à haut niveau, le sait. On sait qu’il sera très difficile de l’empêcher parce que l’assassin de Toulouse était surveillé par le renseignement national et qu’on n’a tout de même pas pu l’empêcher. Il faut donc transformer les lieux juifs en forteresses protégées par des hommes en armes dans les périodes tendues et tâcher de les camoufler pour ne pas en faire des cibles pour un antisémitisme qui est déjà hors de contrôle et dont, au fond, tout le monde se fout, dirigeants, médias et population.

Les mots du Président de la République sont forts et il faut en être reconnaissant. Mais il faut être lucide. Dans le fond des esprits, ils sont accueillis par les agents de l’Etat et par la population française avec un certain cynisme, avec un certain fatalisme et hélas avec la typique réaction complotiste antisémite : il est allé dire aux Juifs ce qu’ils veulent entendre parce qu’ils sont trop puissants pour se les mettre à dos. Et dans le fond des esprits, quelque part, il se dit que cet antisémitisme, les Juifs l’ont finalement assez bien cherché.

« Pourquoi l’ont-ils cherché ? » serait la question embarrassante qu’on voudrait poser mais la réponse a souvent déjà précédé la question parce qu’il est essentiel aujourd’hui de justifier et diluer cet antisémitisme avant de dire quoique ce soit. La réponse est, depuis 1948 et surtout depuis 1967, la politique israélienne de ségrégation et de colonisation des indigènes arabes de Palestine. Au minimum, des langues fatalistes se désolent des actes antisémites en soulignant qu’ils sont une triste mais logique conséquence de l’extrémisme israélien. Même des auteurs très documentés, qui écrivent que l’islamisme des Frères Musulmans a été en partie créé pour s’opposer au retour des juifs en Palestine accusent la politique israélienne de créer l’antisionisme. Aucun argument, aucun documentation, aucun raisonnement ne fait rendre gorge à cette aberration : pour nombre de personnes même brillantes et de haut niveau intellectuel, l’antisémitisme est une conséquence du soutien des Juifs au Sionisme. Qu’importe que les principaux crimes antisémites aient été perpétrés avant la renaissance d’Israël. Qu’importe la réalité des faits sur le terrain. Qu’importent les fondements idéologiques national-socialistes et religieux obscurantistes qui sous-tendent la cause palestinienne. Israël est, en soi, la justification ultime de l’antisémitisme. Mais justement, l’irrationalité de la justification antisioniste de l’antisémitisme démontre bien la validité de l’opinion de l’essayiste Charles Gave qui le considère comme une « maladie de l’esprit » et cette incapacité à se conformer à la réalité, que l’on retrouve dans tant de maladies mentales, tend à montrer qu’il y a une part psychiatrique dans l’antisémitisme.

Et ainsi, tout en dénonçant sévèrement l’antisémitisme comme un déshonneur de la France à laquelle cette dernière refuse de se résoudre, le Président de la République ne saisit pas l’ampleur de l’épidémie psychologique qui frappe la France et manque une occasion capitale de prendre le taureau par les cornes.

Dans son discours au Crif, le Président de la République a estimé que, dans le contexte actuel, la reconnaissance officielle de Jérusalem comme capitale d’Israël par le Président des Etats-Unis Donald Trump était une erreur. Pourtant, le Président des Etats-Unis n’a fait qu’entériner une décision prise par la représentation nationale américaine il y a plus de 20 ans et jamais remise en cause par aucun parlement ou exécutif américain, même par son prédécesseur Barack Obama qui, à plusieurs reprises, a désigné Jérusalem comme capitale d’Israël. Plus encore, le Président des Etats-Unis n’a fait qu’admettre une situation existante. En d’autres termes, il n’a fait que se confronter à la réalité et l’admettre, ce qui est généralement, pour les spécialistes en psychiatrie et psychologie, un excellent signe de lucidité et donc de santé mentale.

Cette réalité n’est pas une lubie américaine. Tous les responsables politiques étrangers qui se rendent en Israël vont rencontrer leurs homologues à Jérusalem. François Mitterrand, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Présidents de la République Française, ont prononcé des discours devant la représentation nationale israélienne à la Knesset, située à Jérusalem. François Mitterrand le précisera même dans son discours de 1982 : « Mais je m’aperçois, avant de conclure, mesdames et messieurs, que je n’ai pas parlé de Jérusalem où nous sommes pourtant. » Jérusalem capitale d’Israël est une réalité. Toutes les institutions israéliennes sont à Jérusalem. Les bureaux et résidences des dirigeants israéliens sont à Jérusalem. C’est à Jérusalem que toutes les décisions concernant la vie d’Israël sont prises. Jérusalem est la capitale d’Israël, la ville choisie par le peuple et l’Etat israéliens pour y diriger son existence.

En dénonçant « l’erreur » du Président des Etats-Unis, dans son discours au Crif, c’est le Président de la République Française, Emmanuel Macron, qui a fait une erreur historique. La paix entre Israéliens et arabes ne peut se faire que lorsque les militants palestiniens admettront la défaite de leur idéologie nationaliste, raciste et colonialiste panarabe et reconnaîtront l’entière liberté des Judéens d’habiter sur leur terre ancestrale et qu’ils cesseront de brandir une politique national-socialiste arabe éculée, obsolète à tous les niveaux et qui n’a créé que des drames partout où elle a eu droit de cité. Il ne s’agit pas de la défaite d’une ethnie ou d’une religion. Les Arabes musulmans font déjà partie d’Israël et y vivent en paix et plus heureux que dans le reste du monde arabe lorsqu’ils ne se laissent pas polluer par l’idéologie nationaliste, raciste, islamiste et antisémite. Il s’agit en revanche bien de la défaite de l’idéologie ci-dessus. De même, l’antisémitisme, maladie de l’esprit par entretien d’une mythologie et refus de la réalité, ne peut être affronté qu’en affirmant la vérité historique qui mène à la renaissance d’Israël en 1948 et fonde son droit sur la Judée et la Samarie, en refusant les mensonges et les techniques de manipulation de propagande à l’encontre des Juifs et d’Israël et en confrontant la population française, de toutes origines et confessions, à la réalité.

Le Président de la République Française, 7ème puissance économique mondiale, 1ère armée européenne, membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU et possédant une forte influence culturelle et historique, avait l’occasion d’œuvrer pour la paix et d’affronter franchement l’antisémitisme en appuyant la démocratie d’Etat de droit d’Israël, en affirmant l’inaliénabilité de son existence et en imposant, aux côtés de son plus grand allié, les USA, la reconnaissance de la réalité à propos de Jérusalem. Il a choisi le statut quo qui n’a rien résolu en plusieurs décennies, qui a servi de terreau à la montée de l’antisémitisme en France et dans le monde et qui va donc mener aux mêmes drames, tant au Proche-Orient que dans les écoles et lieux juifs en France.

Tant qu’elle ne prendra pas une décision franche concernant Israël, avec comme symbole Jérusalem, pour s’opposer frontalement et courageusement, pour une fois dans son histoire  aux ennemis des Juifs qui sont aussi les siens, la France fera partie du problème antisémite qu’elle annonce, par son Président de la République, vouloir juguler.

Et elle vient hélas d’annoncer qu’elle n’en avait pas conscience et n’en fera rien.

Pug

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