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Dans Libération. Une poignée de secondes dans les JT, des dépêches d’agences sur les dégâts à Paris samedi dernier moulinées sans recul par les grands quotidiens : en Israël, la couverture des gilets jaunes reste modeste.

Distante si ce n’est inexistante. Etonnant, alors qu’ici, d’ordinaire, tout ou presque est matière aux envolées intello-idéologiques. Il est vrai qu’au pays des breaking news perpétuel, l’espace médiatique est déjà ­saturé par les affaires de corruption de Nétanyahou et les tunnels du Hezbollah à la frontière libanaise.

«Les deux premières semaines ont été totalement ignorées, note Asaf Ronel, reporter au grand quotidien de gauche Haaretz, en route vers l’aéroport pour couvrir l’acte IV des gilets jaunes dans la capitale. Cette indifférence est difficile à expliquer. Peut-être est-ce parce que, à l’inverse des autres mouvements populistes des dernières années, on a du mal à savoir si ça vient de la droite ou de la gauche…»

En Cisjordanie, on ironise sur Facebook : «A ce degré de violence, ici on aurait déjà eu 100 morts ! Et c’est nous les terroristes quand on jette des pierres ?» ­raconte le journaliste palestinien Qassam Muaddi.

A la télé, Al-Jezira et sa concurrente libanaise Al-Mayadeen ont consacré des éditions spéciales. Les experts en plateau flirtent avec le complotisme : pour eux, la France paye son immixtion dans les affaires syriennes, qui auraient grêlé les comptes publics et créé une crise migratoire source de révolte.

Mais pour Ali, quadra marxiste croisé dans un café de ­Ramallah, tout s’explique par trente ans de néolibéralisme : «Avec la disparition de la vraie gauche, le capitalisme pousse à la violence, dernier moyen de résister… Chez nous, ça donne les islamistes. Chez vous, les gilets jaunes…»

G.G. (à Tel-Aviv et Ramallah)

Etats-Unis «Une taxe imposée par des gauchistes radicaux»

«Dites donc, c’est la révolution en France ! lance en rigolant un garde-frontière américain en nous rendant notre passeport, dans un check-point au sud de la Californie, tout près du Mexique. Mais contre quoi ils manifestent, au juste ?» Le mouvement de colère des gilets jaunes a réussi la prouesse d’intéresser les chaînes d’info américaines, d’habitude peu enclines à couvrir des événements à l’international quand ils n’ont aucun lien avec les Etats-Unis. Les images des violences lors des manifestations des yellow vests se sont même imposées sur les écrans. «Il n’y a pas eu de symbole de révolte vestimentaire aussi efficace depuis que les sans-culottes se sont saisis de leur pantalon pour se démarquer de l’aristocratie pendant la Révolution française», a même noté le New York Times après le recul de Macron.

L’intérêt pour cette actualité française a redoublé après des tweets de Donald Trump, qui n’a pas hésité à lier directement la décision du président français aux accords de Paris sur le climat, alors que la COP 24 se tient ces jours-ci en Pologne : «Je suis heureux que mon ami Emmanuel Macron et les manifestants à Paris soient tombés d’accord sur la conclusion à laquelle j’avais abouti il y a deux ans, a tweeté le président américain mardi. L’accord de Paris est fondamentalement mauvais car il provoque une hausse des prix de l’énergie pour les pays responsables, tout en donnant un blanc-seing à certains des pires pollueurs au monde.» Juste avant, il avait même relayé sur son compte Twitter les fake news de Charlie Kirk, un commentateur de l’alt-right, selon qui les «émeutes dans la France socialiste» ont été causées par «une taxe sur le carburant imposée par des gauchistes radicaux». Kirk va jusqu’à affirmer que les gilets jaunes «scandaient «nous voulons Trump» dans les rues de Paris».

L’extrême droite, les médias conservateurs, complotistes et de l’alt-right se sont largement fait l’écho des manifestations, ­décrites comme une humiliation envers Macron,qu’ils qualifient de «globaliste». Ils n’ont visiblement pas digéré les attaques du président français contre le «nationalisme» de Trump. «Regardez dans le dictionnaire monsieur le président Macron, le nationalisme signifie la dévotion à son pays, a lancé l’ultraconservateur consultant de Fox News, Sebastian Gorka. Les travailleurs français veulent que Macron les représente de la même manière que Trump représente les travailleurs américains. Mais Macron vient de démontrer qu’il n’est qu’un politicien comme les autres.»

I. H. (à New York)

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