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Dans les années soixante-dix, le secrétaire d’État Henry KISSINGER n’avait pas hésité à dire « l’Europe, quel numéro de téléphone » pour marquer l’absence d’existence politique du vieux continent.

Depuis mercredi dernier, le 27 novembre, l’Europe a une nouvelle Commission, présidée, pour la première fois par une femme, l’allemande de 61 ans Ursula VON DER LEYDEN (UVDL). Le résultat du vote au Parlement européen est beaucoup plus encourageant (461 voix contre 157, et 89 abstentions) que ne pouvaient le laisser présager les six mois écoulés depuis les élections, le vote étriqué sur la Présidente en juillet, et le rejet à l’automne de trois candidats commissaires.

Á un moment où l’Europe est bousculée par les remises en cause de Donald TRUMP, la stratégie impérialiste des Chinois, via les routes de la soie, les interférences de Vladimir POUTINE, elle doit trouver un nouveau projet pour faire face aux défis des migrants, d’une économie atone et d’une urgence écologique.

La nouvelle Présidente veut insuffler une nouvelle dynamique pour « un nouveau départ pour l’Europe ». Les chantiers ne manquent pas :

  • Avant d’engager toute évolution des politiques européennes, il conviendra de clore le dossier du BREXIT. Nombreux sont ceux qui espèrent que les prochaines élections législatives permettront de finaliser le processus. Á ce stade, on ne peut que l’espérer.
  • Elle s’est engagée à présenter d’ici à l’été prochain « un pacte sur les migrants ».
  • « L’European green deal » constituera un des axes stratégiques pour faire de l’Europe le premier continent à atteindre la neutralité carbone, ce qui exige des investissements de grande ampleur, le développement d’une véritable politique européenne de l’énergie, avec notamment l’évolution de certains pays qui utilisent encore beaucoup le charbon.

Ce programme sera présenté le 11 décembre prochain, et s’inscrit dans une démarche globale qui s’est dernièrement manifesté par la transformation de la Banque européenne d’investissements (BEI) en banque du climat.

  • UVDL considère que ce « pacte pour investir », ces investissements se feront dans la recherche, l’innovation, les nouvelles technologies, et permettront de soutenir une croissance durable plus solide. Quels que soient l’importance des montants en jeu, ils pourront se faire dans le cadre du « pacte de croissance et de stabilité » dont elle réaffirme la nécessité de le respecter.

Tout cela ne sera possible que si l’économie est orientée vers la croissance de manière durable

Dans les relations avec nos grands partenaires,

  • Elle reconnait des difficultés avec l’Administration TRUMP, et estime que le moment est venu de trouver « un chemin européen ». Les enjeux sont de taille tant sur le libre-échange que sur le devenir de l’OTAN et la défense.
  • Elle n’hésite pas à déclarer que « la Chine nous défie tous les jours », et qu’il conviendra de trouver un équilibre, notamment sur les sujets de divergence comme la cyber-sécurité et la protection des données. Malheureusement, nos problèmes avec la Chine ne se limitent pas à ces deux. Il faudra qu’à un moment ou un autre, soient abordés franchement les trois dumping social, environnemental et monétaire.

Toutes ces ambitions paraissent encourageantes et laissent entrevoir un renouveau européen. Là où le bât blesse c’est que l’Europe n’avance que par des accords entre les États-membres, et principalement entre l’Allemagne et la France. Or, la mécanique est bloquée par l’attente d’un nouveau chancelier en Allemagne, d’une clarification durable de la situation italienne, d’une amélioration des relations avec les pays du groupe de Visnograd.

Si nous voulons encore essayer d’écrire l’histoire, il est urgent de définir une plateforme européenne. Si nous souhaitons éviter la marginalisation, cette feuille de route devrait au minimum comprendre :

  • L’approfondissement de la gouvernance de l’Union européenne et de la zone euro, notamment par une véritable politique fiscale commune
  • Le développement de l’Europe de la défense. L’Europe doit développer une politique globale de défense, avec toutes les composantes armées, des industries de l’armement et une dépense militaire représentant au moins 2 % du PIB.
  • Le renforcement de la sécurité intérieure de l’espace européen. L’Europe doit renforcer la protection de son territoire, non pour le fermer, mais pour permettre la meilleure intégration des migrants. Quand on voit les risques que les candidats à l’immigration sont prêts à prendre, les difficultés auxquels certains pays, comme la Grèce et l’Italie, sont confrontés, l’Europe doit simultanément se protéger, intégrer et aider le Sud.
  • La mise en place de partenariats stratégiques tant avec le monde arabe qu’avec l’Afrique sub-saharienne, avec l’ambition de redevenir le centre de gravité du monde.
  • Une nouvelle impulsion à l’Europe de la connaissance, lancée il y a une quinzaine d’années à Lisbonne, ainsi qu’à la réindustrialisation.
  • Le réexamen de la position vis-à-vis de la Russie, et la clarification de l’attitude vis-à-vis de la Turquie.

Les responsables européens ont de nombreux et difficiles chantiers. Il en va de la paix sur le continent, de sa prospérité. Il faut, par-dessus tout éviter l’engrenage des nationalismes et du repli sur soi qui ont conduit à la guerre. De 843 et le Traité de Verdun qui entérine le partage de l’Empire de Charlemagne à 1945, l’Europe n’a connu que des guerres malgré les liens entre les familles royales, le partage d’une même religion…1 000 ans de guerres avec en apothéose les deux guerres mondiales qui s’apparentent à des guerres civiles dans lesquelles l’Europe a perdu sa suprématie et son envie d’écrire l’histoire.

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