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Pour Jean-Luc Mélenchon et le Monde diplomatique, la réunification de l’Allemagne était en fait une « annexion »

Le soir du 4 novembre 1989, un million de manifestants à Berlin Est réclament la liberté de circuler. Quatre jours plus tard le Mur tombe. La guerre froide est terminée. Très vite, Francis Fukuyama, annonce la fin de l’Histoire, c’est-à-dire un monde pacifié par la démocratie et le marché.

Nous savons aujourd’hui que cela n’est pas arrivé. Le monde de 2019 n’est pas plus pacifique ou plus sûr. Tous les commentateurs observent qu’en Allemagne, les célébrations de ce trentenaire, plutôt de petit format, se déroulent dans un climat passablement morose. Les scores de l’AFD, le parti anti-immigration, très élevés dans les anciens Länder de l’est, traduisent le désenchantement – peut-être inévitable tant l’Occident avait été un rêve.

Qu’est-ce que c’est que cette Histoire?

On se rappelle que Georges Marchais jugeait le bilan du communisme « globalement positif ». Pour Le Monde diplomatique (où l’on attend toujours le Grand soir), le bilan des journées de novembre 1989 est globalement négatif. D’après le mensuel, il n’y a pas eu réunification de l’Allemagne, mais annexion de la RDA par la RFA, grâce à « un coup de force du chancelier Kohl qui a abouti à la liquidation intégrale de l’économie et des institutions d’un État souverain. »

La lecture du Diplo semble avoir enchanté Jean-Luc Mélenchon qui l’a fait savoir par voie de tweet : « Enfin le mot juste pour nommer ce qui s’est passé il y a trente ans. » Avant de développer sur France Inter : «Un autre pays voisin a annexé toutes les usines du pays, changé toutes les institutions et modifié le régime de la propriété. Ça s’appelle une annexion. […] C’est une violence sociale inouïe qui a été commise contre les Allemands de l’Est, comme dans tout le reste de l’est de l’Europe et ce n’est pas une bonne chose. »

Soyons sérieux

Il est vrai que certains opposants au régime croyaient à une « troisième voie » (entre capitalisme et socialisme). Aussi prétendaient-ils conserver une deuxième Allemagne démocratique. Edouard Husson – spécialiste de l’Allemagne légèrement plus reconnu que Mélenchon – montre dans un entretien à Atlantico qu’ils étaient minoritaires, se recrutant surtout dans les milieux protestants.

Il rappelle que le slogan des débuts de la contestation, « Nous sommes le peuple », avait en novembre cédé la place à « Nous sommes un peuple ». De façon encore plus explicite (et moins romantique), les manifestants scandaient : « Si le Deutsche Mark ne vient pas à nous, c’est nous qui irons à lui ». Une majorité d’Allemands voulait la réunification. Il faut croire que Bismarck avait réussi à créer une nation.

Du reste, soyons sérieux. Connait-on dans l’histoire beaucoup d’annexions ayant abouti à ce que le pays conquérant soit dirigé par un citoyen du pays conquis, comme c’est le cas en Allemagne depuis treize ans?

Certes, tout le monde convient aujourd’hui, que le chemin de la réunification a été pavé d’erreurs, à commencer par le taux de change « un mark ouest pour un mark est » qui, selon Husson, « a tué ce qui pouvait rester viable de l’industrie est-allemande ».

La privatisation a été une liquidation. Husson cite également « l’absurde démantèlement du réseaux de crèches publiques, qui avait maintenu le taux de fécondité est-allemand au-dessus du taux ouest-allemand » et « la tendance qu’ont eu bien des universitaires ouest-allemands à se procurer à l’Est un poste qu’ils ne trouvaient pas dans les universités de l’Ouest. » Cette ruée vers l’Est (sans doute des moins brillants) s’est conjuguée avec le départ vers l’ouest des Ossies les plus diplômés.

Mélenchon et le Monde diplo un peu à l’ouest

Le nouveau capitalisme mondialisé a considérablement accru les insécurités et les inégalités. D’où la nostalgie affichée par une partie des populations. Outre le fait que cette Ostalgie traduit d’abord les frustrations de citoyens qui se sentent laissés pour compte, on voit mal à quoi elle peut correspondre dans les générations nées après 1980.

Surtout, Mélenchon et Le Diplo passent l’essentiel par pertes et profits.

Ce que les Allemands de l’Est et tous les peuples de l’autre Europe ont gagné, c’est la liberté: de penser, de parler, de râler, de voter pour l’AFD ou Die Linke – et même d’entreprendre. Pour inachevées et imparfaites qu’elles soient, ces libertés sont bien plus réelles que feues les libertés réelles dont s’enorgueillissaient les régimes communistes.

Oubli glaçant

Edouard Husson en tire une conclusion sans appel : « Soit Jean-Luc Mélenchon assume le fait qu’il aurait fait partie de la nomenklatura est-allemande, soit il avoue son ignorance de ce qu’était la RDA pour le citoyen lambda. » Sans même parler de la vie matérielle sinistre, comment faire l’impasse sur « l’atmosphère permanente de suspicion avec le plus fort taux d’informateurs de la police politique par habitant au sein d’un régime communiste européen » et les « prisons politiques » ? Comme l’a montré La vie des autres, et comme l’observe Husson, « la RDA était un régime communiste « exemplaire » ».

L’oubli glaçant par un journal et une personnalité de gauche des violences commises par leur camp révèle une terrifiante incapacité au retour critique. Il faut croire que, pour Mélenchon (et pour Le Monde diplomatique) la violence et la répression politique ne sont que des points de détail de l’histoire du communisme.

Source: www.causeur.fr

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