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Il y a trois raisons principales pour lesquelles le gouvernement Trump a annoncé dimanche soir que les forces armées américaines abandonnaient les Kurdes du nord-est de la Syrie. Ces raisons reflètent une logique brutale. Cela ne rend pas le résultat plus attrayant ou acceptable.

Premièrement, le président Trump est cohérent, même s’il entretient de fréquents zigzags, pour maintenir les forces américaines à l’écart des conflits au Moyen-Orient. Il veut que les troupes américaines quittent l’Irak et l’Afghanistan. Il s’est inélégamment retiré de la défense des intérêts américains et d’alliés, comme l’Arabie saoudite, contre un Iran hostile. Lundi matin, expliquant le retrait de la Syrie, il a qualifié ces zones de conflit du Moyen-Orient de «guerres sans fin, pour la plupart tribales», ajoutant, par-dessus le marché : «nous nous battrons pour profiter de notre avantage, et nous combattrons uniquement pour gagner».

Certes, le Moyen-Orient est une région hideuse, déchirée ces dernières années par une révolution généralisée et actuellement – en Irak , au Liban et en Égypte – par des émeutes et des manifestations de masse. Oui, les guerres sont infinies et oui, elles sont fréquemment tribales. Pourtant, l’approche de Trump dans la région coûtera finalement cher à Washington. Mais c’est une autre histoire à raconter une autre fois.

La deuxième raison du retrait est que Trump comprend le «bénéfice», en ce qui concerne la Turquie et les Kurdes : ne pas se mettre en travers de la route de la Turquie en Syrie. La Turquie, ce sont essentiellement 80 millions de personnes stratégiquement situées au carrefour de l’Europe, de l’Asie et du Moyen-Orient. De plus, elle se trouve dans un état de guerre plus ou moins permanent avec sa propre minorité kurde et ses frères syriens qui lui sont étroitement liés. La Turquie menace de rejeter des millions de Syriens et d’autres réfugiés vers l’Europe, et est gouvernée par le genre de gars avec lequel Trump aime traiter : le président Recip Tayip Erdogan. Dernièrement, une Turquie de plus en plus non démocratique et anti-américaine achète des armes à son voisin russe et se rapproche de son voisin iranien, signalant à Washington qu’elle ferait mieux d’améliorer son attitude à son égard.

Et les Kurdes ? Il y en a 30 millions, répartis en quatre pays et pratiquant deux langues, dont à peine deux millions en Syrie, ce qui nous amène à notre troisième point : du point de vue de Trump, les Kurdes syriens ne sont plus utiles et il n’a aucune sentimentalité à ménager pour un pays du Moyen-Orient courageux et assiégé qui se bat pour sa survie. Une fois que les Kurdes syriens, travaillant en étroite alliance avec les États-Unis, ont vaincu l’Etat islamique en Syrie, ils n’ont plus apporté «d’avantages» à Washington.

Trump a “donné” la Syrie à Erdogan lors d’un appel téléphonique précédent, il y a plusieurs mois. Aujourd’hui, les Kurdes syriens ont peut-être le droit de se sentir trahis, mais ils ne devraient pas en être surpris.

Le jeu de l’abandon des Kurdes se poursuit depuis longtemps. Cela a commencé lorsque la Société des Nations a octroyé aux Kurdes leur propre État dans le Traité de Sèvres de 1920. Ce noble geste n’a rien donné, notamment à cause de la désunion persistante des Kurdes et des machinations régionales des grandes puissances. Jusqu’à ce dimanche, le jeu de l’abandon avait culminé dans le refus de tous les pays, à l’exception d’Israël, de soutenir un référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien de septembre 2017, qui s’est soldé par un revers désastreux, face au gouvernement arabe irakien. A présent, Trump vient d’en écrire un nouveau chapitre.

Au bout du compte, il y a deux leçons de base à tirer pour Israël et ses partisans. Pour tous ceux qui ont des doutes sur la nécessité d’un Etat pour le peuple juif, les Kurdes représentent un rappel tragique. Ils sont constamment abandonnés à un horrible destin parce qu’ils n’ont pas de pays.

La deuxième leçon est qu’Israël ne peut et ne doit pas dépendre de Trump. Les cris d’alarme lancés ces derniers jours en Israël sur la menace imminente pour la sécurité ne reflètent pas seulement les leçons tirées de l’ attaque spectaculaire de l’Iran (ou de l’un de ses supplétifs) contre l’infrastructure énergétique de l’Arabie saoudite. Ces alarmes reflètent également l’inquiétude suscitée par le précédent créé par le refus de Trump de s’impliquer militairement après que l’allié saoudien de Washington a été victime d’une agression flagrante de la part de l’Iran.

De ce point de vue, les États-Unis qui abandonnent les Kurdes de Syrie ne sont que la cerise sur le gâteau de la non-stratégie de Trump au Moyen-Orient.

Yossi Alpher est un ancien responsable du Mossad et ancien directeur du Centre Jaffee pour les études stratégiques de l’Université de Tel Aviv. Son livre le plus récent s’intitule «Gagnants et perdants du« printemps arabe »: Profils dans le chaos».

Les points de vue et opinions exprimés dans cet article sont ceux de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement ceux de JForum.

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