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En affirmant, dans les colonnes du très influent hebdomadaire britannique « The Economist », estimer que l’Otan était en « état de mort cérébrale » et que l’Europe devait se réveiller si elle voulait toujours compter, le président Macron a lancé un pavé dans la mare.

Il est vrai que, au niveau politique, l’Otan connaît actuellement des difficultés, illustrées par les remous suscités par l’offensive de la Turquie contre les milices kurdes syriennes [YPG], pourtant partenaires de la coalition anti-jihadiste dirigée par les États-Unis, lancée après la décision prise par le président Trump de retirer ses troupes du nord-est de la Syrie.

À aucun moment, les Alliés n’ont été prévenus de ce qui allait se passer, alors même que certains d’entre eux, comme la France et le Royaume-Uni, étaient engagés militairement aux côtés des Kurdes pour combattre l’État islamique [EI ou Daesh].

« Ce qui s’est passé est un énorme problème pour l’Otan » et « il faut « clarifier maintenant quelles sont les finalités stratégiques » de l’Alliance a estimé M. Macron, qui s’est aussi interrogé sur la validité de l’article 5 du Traité de l’Atlantique-Nord, c’est à dire sur la clause de défense collective entre alliés.

Et pour ce dernier, il importe désormais que l’Europe [ou plutôt l’Union européenne] prenne son destin en main dans un contexte marqué par la puissance de plus en plus affirmée de la Chine et la tentation des États-Unis de jouer leur propre partition.

Le risque est que le Vieux Continent se retrouve marginalisé. Et c’est sans oublier « le retour de puissances autoritaires, au voisinage de l’Europe, qui nous fragilisent également très profondément », a dit M. Macron.

Dans ces conditions, le président français a appelé les Européens à se doter d’une « autonomie stratégique et capacitaire sur le plan militaire » et à « rouvrir un dialogue stratégique, sans naïveté aucune et qui prendra du temps, avec la Russie », sur laquelle il a porté un jugement sans concession, en évoquant son modèle « anti-européen » et sa « sur-militarisation » ainsi que sa « population déclinante et un PIB équivalent à celui de l’Espagne. »

Ainsi, pour M. Macron, un tel modèle n’est « pas soutenable » et la Russie n’a pas d’autre choix que d’établir un « partenariat avec l’Europe » si elle ne veut pas devenir un « vassal de la Chine. »

À Moscou, cette partie de l’entretien que le président français a donné à The Economist n’a pas été commentée. En revanche, ses propos sur la « mort cérébrale » de l’Otan ont été salués par Maria Zakharova, la porte-parole de la diplomatie russe.

« Ce sont des paroles en or. Sincères et qui reflètent l’essentiel. Une définition précise de l’état actuel de l’Otan », a-t-elle réagi, via Facebook.

En revanche, à Berlin, où la chancelière, Angela Merkel, recevait Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’Otan, les mots du président Macron ont fait grincer les dents.

« Je ne pense pas qu’un tel jugement intempestif soit nécessaire, même si nous avons des problèmes, même si nous devons nous ressaisir », a ainsi réagi Mme Merkel.

Les « termes radicaux » de M. Macron ne correspondent pas à « mon point de vue au sujet de la coopération au sein de l’Otan », a-t-elle ajouté. Sans doute évoquera-t-elle le sujet avec le chef de l’Élysée à l’occasion du 30e anniversaire de la chute du Mur de Berlin. D’autres sujets devraient être abordés, comme la demande française relative à une politique d’investissements plus active en Europe sans s’arrêter aux fameux 3% de déficit budgétaire.

Quant à M. Stoltenberg, il a estimé que l’Otan restait « forte » et que Américains et Européens « travaillaient ensemble plus que nous ne l’avons fait depuis des décennies. » Il est vrai que le Pentagone multiplie les rotations de bombardiers en Europe depuis quelques temps et qu’il a planifié l’exercice « Defender 2020 », lequel mobilisera plus de 20.000 soldats sur le Vieux Continent l’an prochain.

En visite à Leipzig, le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a également réagi aux propos du président français.

Selon lui, l’Otan demeure « historiquement un des partenariats stratégiques les plus importants. » Et son homologue allemand, Heiko Mass, a pris le contre-pied de M. Macron. « Je ne pense pas que l’Otan soit une mort cérébrale », a-t-il dit.

Le voyage de M. Pompeo en Allemagne vise, selon le département d’État, à « renforcer les liens transatlantiques », alors que le président Trump avait estimé, en 2017, que l’Otan était « obsolète ».

D’ailleurs, ce dernier avait déjà mis un coup de canif dans l’article 5 du Traité de l’Atlantique-Nord, en laissant entendre qu’une intervention militaire américaine ne serait pas forcément automatique si l’allié attaqué n’avait pas consenti lui-même un effort important en matière de défense.

« Nous devons protéger ces pays mais beaucoup de ces pays ne paient pas ce qu’ils devraient », avait en effet lancé le chef de la Maison Blanche.

Et il est aussi une occasion pour exprimer auprès de Berlin les préoccupations de Washington au sujet du projet russe de gazoduc Nord Stream 2, lequel est perçu comme étant « avant tout un outil politique » de la Russie pour « faire avancer son agenda géopolitique » en rendant « les pays européens plus dépendants de sources d’énergie uniques ».

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