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Pdear Jacques Pezet , Pauline Moullot et Anaïs Condomines 6 novembre 2019 à 13:09

Epinglé pour ses propos très virulents contre Zemmour dimanche, Abdelaziz Chaambi est un ancien militant d’extrême gauche et une figure historique de la lutte anti-islamophobie.
Question posée par Yves P. le 04/11/2019.
Bonjour,
Un rassemblement «Stop Zemmour» et anti-islamophobie, dimanche, devant CNews, protestant notamment contre l’antenne donnée au polémiste d’extrême droite, a rassemblé quelques centaines de personnes.

La manifestation, passée relativement inaperçue sur le moment, a fait beaucoup parler d’elle après la diffusion sur Twitter d’un montage du discours du cofondateur de la Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI), Abedelaziz Chaambi, s’en prenant violemment à Eric Zemmour. Dans son tweet, Guillaume Bigot (qui se présente comme chroniqueur à BFM, Sud Radio et CNews), a fait un montage de deux minutes de la séquence et écrit : «Je vous présente « Abdelaziz Chammbi » fiché S qui traite de bâtard sioniste Zemmour.» « »Bâtard », « virus », « bête immonde »: Zemmour insulté en public par un fiché S», a ensuite titré Valeurs Actuelles dès le lendemain. «Zemmour traité de « bâtard sioniste » par un fiché S devant les locaux de CNews», reprend pour sa part I24 News.
A l’origine de ce rassemblement, le collectif StopZemmour, né d’une «initiative citoyenne de musulmans choqués par les propos d’Eric Zemmour à heure de grande écoute», ainsi que le présente Elias d’Imzalène, à l’origine du collectif et fondateur du site Islam&Info, contacté par CheckNews. «Ce comité regroupe des gens de la vie associative et militante, des avocats, journalistes ou éducateurs qui partagent une même indignation.» Parmi les orateurs dimanche, le militant Elliot Lepers, l’élu francilien Pierre Serne, l’instagrameuse Miimii Boumboum ou encore la présidente de l’association Baytouna.

«Islamophobie ambiante»
«Les personnes à la tribune avaient des profils très divers et variés. On n’a pas contrôlé leur discours mais on souhaitait que cela reste centré autour du sujet Zemmour et de l’islamophobie ambiante», note Elias d’Imzalène. Sur les propos controversés de Chaambi, il explique : «Ce qu’Abdelaziz Chaambi a dit, ça le regarde, ce n’est pas notre ligne. Nous n’avons pas de ligne politique, nous souhaitons simplement dénoncer le fait qu’une personne condamnée pour incitation à la haine raciale se produise encore à heure de grande écoute.»
Le cofondateur de la CRI a pris la parole au bout d’une demi-heure de rassemblement. Après avoir rendu «hommage aux mamans, aux sœurs, aux filles qui portent le foulard parce que c’est un courage extraordinaire» le militant s’en prend à Eric Zemmour : «Depuis 1989, on nous bassine avec le foulard, les mosquées, le hallal etc. qu’est-ce qu’on a fait pour changer cette réalité ? Est-ce qu’on s’est battu ? Non, maintenant il faut se battre. Il ne faut plus laisser passer. Zemmour, le virus islamophobe. Zemmour c’est un bâtard, excusez-moi le terme, engendré par un mariage incestueux entre les politiques et les médias. Ils ont fabriqué un monstre et ce monstre-là, c’est un ogre. Quand il mange des choses avariées, je caractérise ça par une bête immonde. Quand elle est nourrie de nourriture avariée, elle nous chie sur la gueule. Quand elle mange de la nourriture franco-française, elle nous chie des Caroline Fourest, des Bruckner, des Praud, des Zemmour, des Morano, des Rioufol, des Clavreul, des Bouvet, des Odoul, des Galzi, etc. Et quand ce monstre mange du couscous ou de la harissa il nous chie des Zhora Bitan, des Fadila Mehal, des Lydia Guirous, des Zineb El Rhazoui et des Sifaoui.»
«Au-delà de cette parenthèse un peu humoristique, poursuit Chaambi, il faut comprendre que Zemmour c’est un pion. Zemmour, il est enfanté par un monstre. Il faut qu’on s’attaque au monstre. Le monstre c’est-à-dire le mariage entre la politique, les médias, sous la supervision du monde de la finance. Ce sont eux qui nous détruisent la vie, qui nous pourrissent la vie, qui sont en train d’appauvrir les gens, qui sont en train de ruiner le peuple pour le capital. Honnêtement j’aurais bien aimé être là pour parler du chômage, de la crise, des guerres coloniales. Mais ils sont tellement vicieux qu’ils nous ont dicté notre agenda et les thématiques sur lesquelles on doit se battre. On doit sortir de ça. Il faut que les musulmans soient sur d’autres luttes.»

Militant d’extrême gauche
Comme le sous-entend son discours, très marqué par la dénonciation du capitalisme, l’homme, qui a fondé la CRI en 2008, a d’abord fait ses armes dans les mouvements militants de gauche dans le bassin lyonnais.
Dans la revue Confluences Méditerranée, il expliquait à propos de son engagement à gauche : «La sensibilité de gauche ou d’extrême gauche (même si cette grille de lecture reste occidentalo-centrée) est un fait culturel et identitaire pour moi puisque je suis fils d’ouvrier, résistant anticolonial et musulman engagé pour la justice sociale.» Notre collègue Bernadette Sauvaget, journaliste à Libé et spécialiste des religions, le présente comme «une grande figure militante des années 80, 90, avec une pensée d’extrême gauche» et reconnaît avoir été «surprise de le voir ressurgir ce week-end».
Libé le décrivait ainsi en 2013 : «Un blouson quelle que soit la saison et une grosse voix qu’il fait souvent résonner à l’aide d’un mégaphone. Installé dans la banlieue lyonnaise, Abdelaziz Chaambi, militant depuis plus de trente ans dans les quartiers populaires, s’est imposé avec sa Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI), créée en 2008. Il est à la fois l’aîné, le prolétaire et la grande gueule de la galaxie anti-islamophobie.» Le chercheur Haoues Seniguer, dans un entretien publié dans la revue Confluences Méditerranée en 2018, le présente ainsi : «Très tôt sensible à la cause des plus démunis, de la condition coloniale et postcoloniale, il a milité dès son plus jeune âge dans différentes structures associatives ou au sein de mouvements politiques à l’instar de Lutte ouvrière.»
La Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983, dont il a de nouveau parlé dimanche, l’a visiblement marqué. De l’expérience, il garde surtout une rancœur contre les mouvements de gauche. «Il n’a jamais pardonné la période de récupération qui a suivi», analyse un connaisseur du mouvement, en désaccord avec Chaambi. «On connaît la musique, moi j’ai connu 1983 et la Marche pour l’égalité des droits et contre le racisme et on a vu comment le PS et la poignée de sionistes nous l’ont joué à l’envers et nous ont dévitalisé notre lutte», a-t-il dénoncé dimanche.
«J’en veux beaucoup à la gauche de cette époque, qui est de ma génération : les Dray, les Désir, ils sont aujourd’hui à la tête des institutions politiques. L’un dirige le PS, l’autre est député, l’autre sénateur, l’autre au Parlement européen, ils ont pris le champ politique et ils nous ont donné le champ de l’animation et de l’associatif», indiquait d’ailleurs Abdelaziz Chaambi à Slate en 2013.
Aujourd’hui, sur les réseaux sociaux, il critique abondamment Jean-Luc Mélenchon, accusé d’avoir fait opportunément marche arrière sur le voile et l’islam en se joignant à l’appel du 10 novembre, après avoir notamment «contesté le terme d’islamophobie». La manifestation du 10, la CRI de Chaambi n’en sera pas. Le mouvement étant en bisbilles avec le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF, un des initiateurs du rassemblement).


Ancien soutien de Tariq Ramadan
En 1987, il fonde l’Union des jeunes musulmans (UJM), qu’il a quittée il y a une dizaine d’années, et qui a fait émerger et a fédéré la militance musulmane à l’époque. Si l’UJM a notamment servi de rampe de lancement à Tariq Ramadan, Abdelaziz Chaambi est désormais en froid avec lui. A Confluences, il expliquait ainsi : «Je fais partie d’une très infime minorité qui a gardé un regard critique sur le fait qu’on ait donné « les clés de la maison » à Tariq Ramadan ; nous avions commencé ce travail à la fin des années 70 pour certains d’entre nous, et avions pour ambition de fabriquer une génération de militants et militantes pour porter notre discours, notre vision et les fruits des expériences que nous menions au sein de la société à l’intérieur et en dehors des sphères communautaires. Nous avons réalisé avec le recul que nous avions promu et fabriqué un symbole, certes positif et gratifiant sur les plans identitaire et psychologique, mais inefficace, voire contre-productif politiquement.» Libé notait en 2013 que Chaambi avait aussi reproché à Ramadan d’être «trop libéral et un peu trop soluble dans le capitalisme à la sauce qatarienne». Dans les enquêtes sur Tariq Ramadan, Abdelaziz Chaambi était abondamment cité comme un ancien soutien du prêcheur.
Antisionisme militant
Comme l’écrivait Slate en 2017, l’homme se caractérise par ailleurs un «antisionisme militant». Dimanche, il a d’ailleurs évoqué le sujet lors du rassemblement anti-Zemmour : «Une pensée sincère pour nos frères à Gaza qui subissent un massacre depuis douze ans. Hier encore il y a eu des massacres, l’armée sioniste a bombardé Gaza, elle est en train d’étouffer un peuple, au su et au vu de tout le monde. Gaza c’est l’islam qui résiste, c’est pas l’islam qui se soumet, c’est l’islam qui se bat.» Dans le discours de Chaambi, la dénonciation des sionistes peut intervenir au-delà du cadre israélo-palestinien. Dimanche, il a ainsi déploré «comment le PS et la poignée de sionistes» ont tué les espoirs nées de la marche de 1983. En, revanche, contrairement à ce qui a été rapporté par Guillaume Bigot dans son tweet, avant d’être repris dans certains articles, Chaambi n’a traité à aucun moment Zemmour de «bâtard sioniste» dimanche. Contacté, Abdelaziz Chaambi, assume le terme «bâtard» ainsi que le reste de son allocution : «Mes propos sont crus, abrupts, mais je les assume.»
En 2018, Abdelaziz Chaambi a été condamné à 2 000 euros d’amende pour outrage à un agent du service public par la cour d’appel de Grenoble. En cause, des propos tenus en 2015, lors d’un rassemblement de soutien à une famille de Bourgoin-Jallieu à qui les cinq enfants avaient été retirés, après des suspicions «d’islam radical». Les enfants, depuis, ont été restitués à leurs parents.
Alors qu’il est accusé aujourd’hui dans plusieurs articles d’avoir une fiche S, la CRI indiquait en 2018 que celle-ci lui avait été retirée. Deux informations (l’existence de la fiche et sa suppression), que le ministère de l’Intérieur ne peut pas confirmer puisque l’existence de ces fiches est confidentielle.
En 2013, Abdelaziz Chaambi était aussi l’un des initiateurs et signataires d’une tribune contre le mariage pour tous, appelant à rejoindre la manif pour tous. «Cette loi, si elle est votée, va entraîner des bouleversements anthropologiques majeurs ainsi qu’une surenchère revendicative. Si au nom du seul principe d’aimer, il devient légitime de s’arroger de nouveaux « droits », qu’aurons-nous à répondre envers ceux qui souhaiteront la reconnaissance de l’inceste ou de la pédophilie ?», dénonçaient alors les signataires.
Source :
https://www.liberation.fr/checknews/2019/11/06/qui-est-abdelaziz-chaambi-qui-a-violemment-insulte-zemmour-devant-les-locaux-de-cnews_1761606

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