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Face au nouvel antisémitisme qui sévit en France, la mobilisation passe aussi par l’allumage des lumières de l’Histoire.
Il y a 76 ans, le 29 mai 1942, la 8e ordonnance allemande interdisait aux Juifs, français et étrangers de zone occupée, de paraître en public sans porter l’étoile jaune, dès l’âge de six ans. N’oublions pas !

Ce signe distinctif, entré en vigueur le dimanche 7 juin 1942, sera une étape importante de la « Solution finale », avec la contribution active de l’Etat français de Vichy pour sa distribution dans les commissariats et les sous-préfectures.
L’étoile facilitera le repérage des « indésirables » et leurs arrestations. Suivra, le 16 juillet 1942 la rafle du Vél d’Hiv…
Imprimé à 400.000 exemplaires, à raison de trois étoiles par personne, ce signe distinctif était prévu pour 100.455 personnes (61.684 français et 38.591 étrangers).
Si Vichy s’opposa à l’extension de l’étoile en zone sud, après l’invasion allemande du 11 novembre 1942, la mention « Juif », tamponnée à l’encre rouge, sera imposée sur les papiers d’identité et cartes d’alimentation. Un dispositif déjà en vigueur à Paris depuis une ordonnance du préfet de police du 10 décembre 1941.
Après le recensement de septembre 1940 qui permettra aux autorités françaises la création du fichier des Juifs, les statuts des Juifs d’octobre 1940 et de juin 1941, la loi sur « l’aryanisation » des biens Juifs de juillet 1941, le premier convoi de déportation du 27 mars 1942, l’instauration de l’étoile jaune marque une nouvelle étape dans l’irréparable.

Dans ce contexte implacable d’élimination des Juifs du paysage français, des stratégies de survie seront élaborées : refus du recensement, passages clandestins de la ligne de démarcation, placements d’enfants, réseaux de sauvetage, actions individuelles des Justes.
L’étoile jaune, marqueur discriminatoire, deviendra aussi un enjeu de refus.
Certains décideront de ne pas la porter en dépit des risques de dénonciation. Des gestes de solidarité apparaîtront aussi lors de l’entrée en vigueur de l’ordonnance allemande : une quarantaine de personnes seront arrêtées pour défaut d’étoile, ou pour avoir porté d’autres insignes, des étoiles fantaisistes avec des inscriptions comme « zazou », « swing », « potache », « papou ». (Lire  » Amis des Juifs – Les résistants aux étoiles  » – Tirésias 2005 – de Cédric Gruat et Cécile Leblanc).
Des protestations seront lancées par les autorités religieuses catholiques et protestantes, tandis que les dirigeants de l’Union générale des israélites de France appelaient à « porter l’insigne dignement et ostensiblement », comme le rappelle Renée Poznanski dans « Les Juifs en France pendant la Seconde Guerre Mondiale » (Hachette, 2005, page 292) En vain, des demandes d’exemption seront formulées par la Fédération des amputés de guerre, l’Ordre des médecins et les Sapeurs-pompiers de Paris.

Les mesures d’exemption, prévues par la réglementation allemande (pour plus de 9.800 étrangers issus de pays belligérants, alliés ou neutres), permettront à quelques rares cas isolés d’en profiter : le 25 août 1942, une liste de seulement 26 exemptions sera publiée par la SS de Paris. (CDJC-XXVa-164)
Parmi ces mesures individuelles, quatre proches du Maréchal Pétain (en aucun cas il ne s’agissait de protéger les Juifs français de manière collective, en donnant en échange à l’ennemi les Juifs étrangers selon la fameuse théorie du bouclier défendue après guerre par Raymond Aron, et reprise en 2014 par le polémiste Eric Zemmour).
En seront bénéficiaires, l’épouse de l’ambassadeur de Vichy à Paris, Jeanne de Brinon, née Franck ; la marquise de Chasseloup-Laubat, née Stern ; la générale Billotte, née Nathan ; la comtesse d’Aramon, née Stern.
Pétain réclamera en vain, des exemptions pour la veuve de Bergson, et le pianiste Konstantinoff, chargé de la programmation musicale de Radio Paris. (CDJC-XLIXa-91b)

D’autres exemptions seront accordées pour « de pressants motifs économiques » pour des cadres d’entreprises au service des allemands, pour les services de contre-espionnage, et des Juifs « travaillant avec la police anti-juive », pour des intermédiaires chargés du pillage des oeuvres d’art, et quelques rares cas suite à des demandes individuelles.

Un seul sous-préfet, Louis Tuaillon, en poste à Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques) écrira en mai 1943 un courrier courageux au chef de la Sûreté allemande à propos des Juifs évacués de la côte Basque « mis dans l’obligation de porter l’étoile jaune et de se présenter chaque semaine à la mairie. » (Archives départementales Pyrenées-Atlantiques SDA 64)
En l’absence d’instruction il refusa de suivre d’effet ces demandes, rappelant qu’aucun texte français n’a imposé l’étoile en zone sud. Nommé préfet du Lot-et-Garonne, puis à Limoges et Marseille, il sera arrêté par la Gestapo en juin 1944 et déporté. N’oublions pas l’étoile jaune !

Thierry Noël-Guitelman

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