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Alfred Dreyfus est le benjamin des neuf enfants de Raphaël Dreyfus et de Jeannette Libmann-Weill. Une vieille famille de juifs alsaciens installée à Mulhouse. Après l’annexion, comme beaucoup de juifs lorrains ou alsaciens, la famille Dreyfus choisit la France et s’installe à Paris. Le petit Alfred jure alors qu’il « récupérera l’Alsace et la Lorraine » et, pour ce faire, s’engagera dans l’armée.

Il tient parole. Il entre à Polytechnique en 1878 et devient officier d’artillerie. En 1890, il est admis à l’Ecole de guerre et sera affecté auprès de l’Etat-Major au Ministère de la guerre. L’année où il épouse Lucie Hadamard, une jeune fille venue de Metz, issue d’une famille de diamantaires. Ils auront deux enfants.

En 1894, un bordereau suspect fait découvrir qu’il y a, au sein de l’Etat-Major, un traitre. Puisqu’il faut un traitre au sein du ministère, certains vont découvrir bien vite le coupable idéal, le « juif Dreyfus ». Promptement arrêté, il sera enfermé à la prison du Cherche-Midi puis condamné, pour haute-trahison, à la dégradation et à la déportation à vie au bagne de Cayenne.

Théodore Herzl, le témoin et le prophète

Les juifs de Paris sont inquiets, comme le sont ceux de Vienne, car ils craignent que cette « affaire Dreyfus », relatée par le journaliste Théodore Herzl, ne réveille la bête qui dort. Ils savent, ces braves gens de Vienne, de Paris, que le risque existe, mais ils ne se l’avouent pas.

En réalité, le capitaine Dreyfus n’a pas réveillé un antisémitisme, au sommeil bien léger, il a juste révélé quelque chose que beaucoup ne voulaient pas voir. Avant « l’affaire », Dreyfus ou Théodore Herzl goutaient avec plaisir une émancipation qui datait de moins d’un siècle. Ils se réjouissaient de voir les murailles des ghettos s’écrouler, au point même d’envisager comme solution à la question juive une assimilation totale. Avant d’en arriver là, ils vivaient paisiblement leur judéité, il la vivait comme une dimension très privée de leur existence. L’antisémitisme, ce ne pouvait pas être pour eux, eux qui symbolisaient l’intégration la plus totale.

Dans les rues de Paris, certains vont aller hurler leur haine des juifs

Mais c’est sans compter avec la réalité, souvent têtue et sourde à la raison. Soupçonné d’avoir trahi au bénéfice de l’Allemagne, le capitaine Dreyfus, le juif Dreyfus, est aussitôt désigné comme le coupable « naturel » par une poignée d’intellectuels antisémites, parmi lesquels on compte bien évidemment le polémiste Edouard Drumont[1], patron du journal La libre parole et auteur du livre La France juive, mais aussi Léon Daudet et Charles Maurras, de l’Action française. On y trouve également Maurice Barrès, écrivain et député de Nancy. Pour certains c’est un antisémitisme viscéral qui les anime, pour d’autres, comme Barrès, il s’agit plutôt d’un nationalisme exacerbé, un temps dévoyé. Quelques années plus tard, en 1917, au plus fort du carnage, Barrès publiera Les diverses familles spirituelles de la France où, désormais, il range les juifs.

Chauffés à blanc par les titres s’étalant en caractères gras dans certains journaux, des bandes se forment dans les rues de Paris pour aller crier leur haine des juifs. Théodore Herzl est là, il regarde ces visages animés par la passion. Il ne reconnaît plus le Paris où il vit et travaille pour le compte d’un grand journal viennois, la Neue Freie Presse et dont il est le correspondant permanent depuis plusieurs années. A ce titre, il a couvert les aventures du général Boulanger ou le scandale de Panama. Aujourd’hui, c’est au tour de « l’affaire ».

Il a vu revenir l’Alsace et la Lorraine dans le giron national

Mais le pire n’est jamais obligatoire, certains se dressent contre l’injustice, ce sont Emile Zola, Charles Péguy et bien d’autres. Certains viendront les rejoindre, Jean Jaurès par exemple, mais pas l’ensemble des socialistes. Ce qui fera dire au social-démocrate allemand Bebel que l’antisémitisme est bien le socialisme des imbéciles.

Le cas du capitaine Dreyfus, à la suite d’une mobilisation qui ne cesse de croître, est évoqué à la Chambre des députés où les « preuves » produites par le ministère de la guerre se révèlent être des faux. Scandale assuré, sanctionné par un arrêt de la chambre de cassation qui casse le jugement, le 3 juin 1899. Rapatrié pour être jugé une nouvelle fois, Dreyfus est à nouveau condamné pour trahison mais, cette fois, le président de la République, Emile Loubet, gracie le capitaine. Ce n’est qu’en juillet 1906 que le jugement sera définitivement cassé. Deux ans plus tard, il sera victime d’un attentat lors du transfert des cendres d’Emile Zola au Panthéon. Il finira la première guerre mondiale avec le grade de Lieutenant-colonel. Sa promesse d’enfant est tenue… il a vu revenir l’Alsace et la Lorraine dans le giron national et il y a participé.

Alain Herbeth

[1] Drumont se fera élire, en 1898, député d’Alger à la tête d’une liste anti-juive. Trois autres députés anti-juifs venus de Constantine, Oran et d’une autre circonscription algéroise, le rejoindront à l’Assemblée nationale. Ils seront quatre sur six députés élus en Algérie.

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