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Le manifeste des trois cents sur le nouvel antisémitisme a quelque peu agité le Landerneau. Il fallait s’y attendre.

Certes, on a un peu moins entendu les formules automatiques habituelles, « islamophobie », « racisme », « faire le jeu du Front national », « ne pas stigmatiser ». ça devient un peu usé, et il faut croire que passé un certain stade d’évidence, le déni systématique, c’est un peu gros, il faut trouver autre chose. Mais on a bien sûr employé tous les arguments possibles pour noyer le poisson : « et l’extrême droite, alors ? », « les musulmans aussi sont victimes », « il y a des juifs islamophobes », etc. Le classique « c’est pas moi, m’sieur, c’est lui » du cancre persécuteur de son camarade qu’on prend la main dans le sac.

Lorsque j’étais étudiant, à la fin des années 70, l’antisémitisme nous paraissait un truc de martiens. Qui pouvait être antisémite après 1945 ? Quelques vieux pétainistes rancis, et c’est tout. Par ailleurs, le racisme était réservé aux Dupont-Lajoie à moustaches que nous vomissions, et il ne fallait pas toucher à nos potes arabes ou maliens. Les problèmes de « race », de couleur, de religion n’existaient pas pour nous, c’étaient à la rigueur des survivances locales d’un monde périmé, ça ne nous concernait pas.

Et puis il est apparu progressivement que le racisme, l’antisémitisme, l’intolérance religieuse et la soumission des femmes étaient de retour. Non ! Pas croyable ! On revient au moyen-âge, ou quoi ? Et surtout, plus gênant, ils revenaient par où on ne les attendait pas : ces populations immigrées que nous considérions comme nos alliées évidentes dans la marche glorieuse vers l’égalité et le progrès. Ah zut ! ça alors : nos amis musulmans, des fanatiques religieux, antisémites, racistes, oppresseurs des femmes ? Non, non, pas possible, c’est encore une manœuvre de la droite, habile à diviser le camp du progrès. On monte des exceptions en épingle, on stigmatise une population innocente, on fait le jeu de Le Pen.

Pourtant, pourtant, les faits étaient têtus, répétitifs, obsédants. Que faire ? Que penser ?

En gros, deux attitudes ont commencé à se dessiner : Ceux qui ne pouvaient pas renoncer à la pureté de leurs idéaux, et qui ont préféré ne pas voir, ne pas entendre. Ceux qui ont tenté d’intégrer l’information, aussi difficile que cela ait pu être.

En France, lorsque se pose un massif problème de culture, de société, de politique, qui perturbe certaines conceptions, le déni est la règle. Circulez, y’a rien à voir. Cachez ce sein que je ne saurais voir. Nous sommes des Tartufes intellectuels.

Mais quelle dose d’aveuglement volontaire faut-il pour ne pas voir ?

 Si on ne voit pas, si on ne formule pas le problème, comment veut-on le résoudre ?

Il ne faut tout même pas être un grand théoricien de la politique pour pouvoir admettre que les victimes d’un système trouvent souvent le moyen de devenir elles-mêmes des bourreaux, les oppressés, des oppresseurs. Le film Yol le montrait éloquemment, c’était en 1982, pas en 2018, et par un Turc, Yilmaz Güney, pas par Alain Finkielkraut.

Lorsque des collégiens en France refusent l’enseignement de la Shoah, parce qu’ils sont arabes et musulmans, que faut-il penser ?

Lorsqu’une amie juive qui en marre d’être harcelée dans le bus par des jeunes « issus de l’immigration » décide de quitter la France, que dois-je penser ?

Lorsque des gamins juifs se font régulièrement traiter de « sales juifs » par des jeunes  «  issus de l’immigration », que devons-nous penser ?

Que devons-nous penser des agressions de juifs en kippa dans la rue, des enfants juifs tabassés, des meurtres d’Ilan Halimi, Mireille Knoll, Sarah Halimi ?

Que devons-nous penser de l’attentat de la rue des Rosiers, du massacre de gamins d’une école juive aux cris d’Allahou akbar, du carnage de l’hypercasher, de l’attaque du musée juif de Bruxelles par un musulman français ?

Et je ne parle que de la France. Dans les pays arabes, ou non arabes mais musulmans, comme l’Iran et le Pakistan, l’antisémitisme est une donnée massive, un trait culturel parfaitement intégré. Je ne remonterai pas aux accointances du grand mufti de Jérusalem avec Hitler, avant même l’existence d’Israël.

Mais lorsqu’une amie qui enseignait l’histoire en Algérie me disait que ses élèves regrettaient ouvertement que Hitler n’ait pas tué plus de juifs, que devais-je penser ? Et c’était il y a plus de trente ans.

Mais le négationnisme assumé des dirigeants iraniens ?  Mais la circulation du Protocole des sages de Sion, un faux antisémite destiné à accréditer l’existence d’un complot juif mondial, dans les pays arabo-musulmans, jusqu’à être exposé à la bibliothèque d’Alexandrie comme un exemple de la culture juive ?

Mais les ouvrages de Boualem Sansal qui montrent l’antisémitisme quotidien au Maghreb ? Mais L’Arabe du futur, où Riyad Sattouf raconte ses souvenirs d’enfance en Libye et en Syrie, où « sale juif » est une insulte courante, et le juif une figure honnie, repoussante ? Ce sont des œuvres de propagande lepéniste ?

Et donc, parce que les Allemands étaient vaincus et misérables en 1925, on n’avait pas le droit de dire qu’ils étaient antisémites ? Ou alors il fallait tout de suite ajouter que tous ne l’étaient pas, et qu’il y en avait aussi en France et en Pologne ?

Que faut-il penser de tout ça, MM les recteurs de mosquée, MM Pascal Boniface, Michel Wieviorka, Edwy Plenel, Alain Gresh, Alain Badiou ?

Rien ?  ça n’existe pas ? Pure imagination, faux problème ?

Bon, OK. Mettons que je n’ai rien dit.

Pierre Jourde

Source nouvelobs

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