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3 000 victimes à travers toute la France, des têtes de réseau qui pilotaient une vaste escroquerie aux répertoires professionnels depuis Israël, plus de 20 millions d’euros de préjudice rapporte La Voix du Nord.

Lorsqu’elle a déposé plainte en 2013, cette fleuriste du Valenciennois ne s’attendait pas à une arnaque d’une telle ampleur !

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Il y a quelques jours, Claude, une fleuriste établie dans le Valenciennois retrouvait enfin le sourire. Après de long mois où elle était restée cloîtrée dans le silence « car j’avais trop honte. Je n’ai parlé de cela à personne, pas même à mon entourage », nous confiait-elle en 2013. Lorsqu’elle a trouvé la force de se confier, à sa comptable, puis à ses proches, Claude a dû ensuite faire face à l’angoisse. Son livret A, son compte bancaire, celui de l’entreprise… Toutes ses économies, soit près de 14 000 €, y étaient passées, elle se retrouvait ruinée. Bernée qu’elle avait été par des sociétés peu scrupuleuses qui lui avaient fait miroiter des parutions dans des répertoires professionnels pour mieux faire connaître sa boutique.

A travers toute la France, 3 000 victimes sont tombées, comme elle, dans le panneau des annuaires professionnels. «  On leur promettait des retombées, c’était faux. Je peux dire qu’on a vendu du vent  », a reconnu, devant le tribunal correctionnel de Paris il y a quelques mois, le « commercial » de l’une des trente enseignes de référencement mises en cause. Les victimes payaient une première somme en pensant s’être acquitté de la prestation. Puis, une fois le délai de rétractation passé, on leur faisait comprendre qu’elles n’avaient payé que pour un mois et qu’elles devaient régler le reste. Quitte à intimider ou menacer les commerçants en se faisant passer, parfois, pour des huissiers, des avocats ou de faux gendarmes. «  Ils m’avaient dit que si je ne payais pas, j’irai en prison, se souvient Claude. Encore aujourd’hui, j’ai toujours peur de répondre au téléphone car deux ans après, ils me relançaient encore !  ».

Ashdod, Netanya, Tel-Aviv, Raanana… et même Jérusalem

Israël remonte les filiales des arnaqueurs et envoie en prison les responsables. Et les prisons israéliennes sont loin d’être agréables.

Si tous les responsables de callcenters ne sont pas des escrocs, 45% au moins, bossent « dans le sale » comme ils disent.

La dernière en date traite de l’accessibilité des entreprises : un hold-up de plusieurs dizaines de millions d’euros.

Menaces, courriers postaux, mails, sociétés fantômes, robots d’appels. Toutes les méthodes classiques sont utilisées pour voler de simples commerçants soucieux d’être en règle avec les normes franco-européens.

Les callcenters envoient les victimes sur des sites aux noms d’apparence officiels. Ils n’hésitent pas à se faire passer pour l’administration ou les huissiers. Le point commun de ces sites est l’absence de responsables: pas de nom, pas de compétence (ni diplôme, ni référence professionnelle), pas de photo. Ils copient-collent des articles de lois qui leur serviront de prompteur une fois en ligne avec la victime.

« J’avais l’impression d’être devant un juge » raconte Anaïs, victime d’une arnaque à l’accessibilité. Le ton était agressif et menaçant. « J’ai payé 790 €. Quelques mois plus tard, une autre société m’appelle pour le Registre Public d’Accessibilité. je n’ai pas cédé. Mais aujourd’hui je ne sais pas quoi faire… »

Selon la police française, l’arnaque à l’accessibilité pourrait avoir atteint la somme de plus de 20 millions d’euros.

Le Shin Bet sur la ligne

Le point commun de ces arnaqueurs téléphoniques est l’absence de référencement du site. C’est ce qu’explique Or Segel, responsable des cyber-arnaques affilé au Shin Bet – service du renseignement intérieur israélien.

« Leur méthode est d’apparaitre le moins possible sur les moteurs de recherche afin de disparaitre aussi rapidement (…) nous surveillons depuis quelques mois maintenant toutes les communications. »

« Ils utilisent des robots d’appels dont le service provient d’une grande enseigne française de services informatiques avec laquelle nous sommes en relation. »

Des sites non référencés qui servent de plateformes de paiement à l’usage d’activité telles que : le forex, les cryptomonnaies, les passeports canadiens, le document unique et maintenant la RGPD (obligation d’informer et sécuriser les données informatiques des clients).

Les responsables passent d’une arnaque a l’autre espérant faire vivre leur famille dans l’opulence. Ce sont souvent des adultes entre 25 et 35 ans, aguerris à « la déballe musclée ». La plupart sont issus de milieux quasi-analphabètes, ayant évolués en France en banlieue ou dans les 18-19 ème arrondissement de Paris, ils se sont décidés à partir vivre en Israël après des années d’errances en France ce qui n’en font pas des idiots pour autant. Leurs sociétés sont souvent installées en Angleterre, Hong Kong, iles caimans. Ils font ensuite entrer l’argent en liquide en Israël via des proches, parfois même des mères de famille.

Les méthodes utilisées par les voleurs pour blanchir l’argent passent aussi par de fausses enseignes légalement implantées en Israël : boulangerie, magasin de vélos, magasin de vêtements. Pour « entrer dans la légalité » (blanchir l’argent volé), les arnaqueurs déclarent de vrais chiffres d’affaires issus de fausses ventes. L’argent sale entre en caisse et peut ainsi terminer en banque. En effet, depuis 2008, les banques israéliennes sont extrêmement méfiantes concernant toutes transactions venant de l’étranger notamment de français et demandent une liste de documents prouvant la source des sommes, que les arnaqueurs ne peuvent fournir.

Pour Or Segel, « ces individus posent problème à Israël , ils volent des étrangers, ne payent pas leurs impôts ici et entachent l’image du pays qui est un point important sur lequel travaille le gouvernement ». « Ils sont dans notre viseur ». « Certains de nos agents travaillent au sein de leurs entreprises pour récolter un maximum d’informations ». « Je révèle cela pour qu’ils pensent à nous à chaque fois qu’ils encaissent une victime, nous allons leurs rendre la vie impossible. »

Les rabbins alertent, les femmes des arnaqueurs quittent leurs époux

« Les femmes de ces arnaqueurs roulent en Berline, s’offrent des coachs de sport, passent leur journée à planifier leur vacances » témoigne Bryan, habitué des soirées huppées de Tel-Aviv. « Une vie de luxe adossée à l’arnaque, c’est honteux, c’est minable ».

Le Rav Dynovitz, figure communautaire juive populaire, a produit de nombreuses vidéos contre les arnaqueurs en refusant « leurs dons souillés par le péché ». Dans l’une des nombreuses vidéos sur ce sujet « Attention le Faux Rex est un chien méchant », le Rav condamne les voleurs et incite leurs épouses à faire pression au sein du couple pour que le mari change de métier. Certaines femmes ont quitté leurs époux pour ces mêmes questions morales.

La grande majorité des francophones israéliens s’intègrent et travaillent en Israel. Pourtant, Ariel, membre d’une des synagogues francophones de Netanya nous dit connaitre ces  arnaqueurs sans pouvoir agir contre eux: « il est compliqué d’accuser des voleurs d’être des voleurs, surtout que leur métier est basé sur des bras de fer. Ils savent parler et parlent bien. »

Des pères de famille en prison

« La prison israélienne est très dure. Je regrette vraiment. » confie Michel alias Asher, père de trois enfants, arnaqueur dans le Forex, Option Binaires et l’accessibilité. Condamné pour vol, Asher devra purger une peine de plus de 4 ans avec l’obligation de restituer les sommes volées. Son (ex-)femme complice, travaille sous surveillance de la police et rembourse quand à elle mensuellement une partie des montants sous-tirés aux victimes françaises, avec interdiction de quitter le territoire.  Certaines victimes françaises sont déjà en partie remboursées, un remboursement qui ne réparera pas les dégâts causées au sein des familles dont certaines ont éclaté suite à la perte des économies de toute une vie de travail.
En 2017, un père de famille canadien, Fred Turbide, a mis fin à ses jours après avoir « joué 300 000 dollars dans le Forex. L’affaire a eu un tel retentissement qu’Israël a fermé l’entreprise de Forex, emprisonné les voleurs et a interdit l’activité sur tout le territoire. Une réponse musclée qui ne déplait pas à la communauté francophone installée en Israel déjà alourdie de trop de préjugés.

Eli Sebban pour europe-israel.org

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