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Dans la soirée du 18 décembre 2005, il y a quatorze ans, à trois ans des élections législatives où les sondages le donnent grand favori, Ariel Sharon est hospitalisé d’urgence à l’hôpital Hadassah de Jérusalem. Il vient d’être victime d’une attaque cérébrale.

Trois jours plus tard, après avoir subi toute une batterie d’examens, il peut rentrer chez lui mais en ayant la certitude qu’il serait bientôt opéré à cœur ouvert. Ce n’est pas réjouissant, mais nos médecins font des miracles, c’est bien connu.

Le 4 janvier 2006, il est de nouveau hospitalisé mais, cette fois, en urgence absolue car il vient de subir une nouvelle attaque cardiaque. Opéré la nuit même, il est ensuite placé dans un coma artificiel profond dont il ne sortira jamais.

Le 1er janvier 2014, huit ans après ses deux attaques cérébrales, la radio militaire israélienne indique que son état s’est brusquement dégradé. Il meurt le 11 janvier, à l’âge de 85 ans et il pourra, désormais, reposer auprès de son épouse Lily, dans sa ferme du Néguev.

Une décision politique lourde de conséquence

Dans l’année qui a précédé ce coma définitif, Arik Sharon a assumé la décision sans doute la plus lourde qu’il ait eu à prendre en tant qu’homme politique, une décision à contre-emploi, contre l’avis du likoud, son parti, qu’il a largement construit. Cette décision, c’est l’évacuation totale de la bande de Gaza.

(Photo by Ron Ilan/GPO via Getty Images)

Le 2 février, en effet, le journal « Haaretz » annonce « qu’Ariel Sharon vient de donner l’ordre de planifier l’évacuation des dix sept colonies de la bande de Gaza ». C’est une surprise totale pour tous les acteurs politiques de l’Etat Juif qui attendent d’Arik un démenti. Celui-ci ne viendra pas et c’est une confirmation que donne Sharon en précisant que ce plan pourrait entrer en application au milieu de l’année 2004.

C’est bien sûr sans compter sur l’opposition de son parti. Deux ministres démissionnent et Benjamin Netanyahou exige, peut-être imprudemment, qu’un referendum soit organisé. En effet, si le likoud est contre l’évacuation, le pays, dans son ensemble, ne partage pas ce point de vue. Quant aux habitants de Gaza, ils promettent de s’organiser et de tout faire pour écourter le mandat du premier ministre. D’autres insinuent que Sharon, confronté à des « scandales » financiers voudrait faire diversion… Un air connu, semble-t-il.

Vers une recomposition politique

La gauche, Shimon Peres en tête, demeure sceptique, accusant Sharon de faire de la communication pour gagner du temps. Peres déclare d’ailleurs, faisant référence aux termes mêmes de l’article de Haaretz, que « planifier n’est pas appliquer ». Dans la foulée, la gauche dépose sur le bureau de la Knesset une motion de défiance… Elle ne sera rejetée qu’à une voix près (42 contre 41). L’extrême-droite et les religieux, auxquels sont venus se joindre quelques députés du likoud ont failli faire tomber Ariel Sharon. Mais la main d’Arik ne tremble pas ! Le 25 octobre, à la Knesset, il déclare « J’ai appris, par expérience (lui qui a fait toutes les guerres d’Israël, en première ligne quand il traverse le canal de Suez, ou à la tête des forces spéciales) que l’épée seule ne peut pas tout résoudre ».

Mais, pour pouvoir continuer sur la route qu’il s’est tracé, il doit chercher une alliance avec les travaillistes de Shimon Peres. Celle-ci échouera quand les travaillistes se choisiront comme nouveau chef Amir Peretz qui dénoncera le travail de son prédécesseur.

Tirant toutes les conséquences de cet imbroglio politique, Ariel Sharon claque la porte du likoud, non sans amertume ni chagrin, et fonde, le 20 novembre 2005 le parti Kadima (En avant). Shimon Peres le rejoindra.

Moins d’un mois plus tard, le destin d’Ariel Sharon, né Scheinermann, se brise, fracassé par une double attaque cérébrale.

Alain Herbeth

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