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En 1492, Christophe Colomb découvre l’Amérique. La même année, Isabelle la catholique et son époux, Ferdinand, achèvent la « reconquête » de l’Espagne et signent le décret de l’Alhambra. Ce décret jette sur les routes des dizaines de milliers de juifs qui refusent de se convertir. Ils s’en vont vers la Turquie ou le Maroc, certains trouvent refuge au Portugal, à condition de payer leur liberté. Celle-ci ne sera pas très longue. Cinq ans plus tard, le roi du Portugal, Manuel, suit l’exemple des souverains espagnols et ordonne l’expulsion ou la conversion des Juifs réfugiés dans son royaume. Ceux qui ne partent pas vers les Pays-Bas ou l’Aquitaine, ou bien encore vers le Maroc, se réfugient dans les hauteurs du pays, là où le Portugal culmine, à 2000 mètres d’altitude. Loin des bûchers de l’inquisition, une poignée de fugitifs posent leurs sacs dans le village de Belmonte où ils vont, officiellement, se convertir et, pourtant, continuer à pratiquer leurs rituels. Pendant un demi millénaire, jusqu’au départ de Salazar, ils vont dissimuler leur pratique du judaïsme.

Belmonte

L’ingénieur Schwartz découvre le secret

Venu travailler dans la région de Belmonte, au début du XXème siècle, un ingénieur originaire de l’Empire austro-hongrois se retrouve bloqué là-bas par le début de la première guerre mondiale. Désoeuvré, curieux, il découvre par hasard le secret si bien gardé. Il révèle à ses interlocuteurs médusés qu’il est lui-même juif… Ce qu’ils ne peuvent pas croire car ils ne savaient pas que d’autre juifs existaient dans le monde. Une vieille femme demande alors à l’ingénieur de dire une prière juive. Schwartz s’exécute, en hébreu… La vieille femme ne comprend pas l’hébreu mais elle reconnaît le mot « Adonaï », le mot qui subsistait dans leurs prières en portugais pour désigner le seigneur.

Exemples de noms juifs portugais

Schwartz va publier sa découverte, en 1925 dans un livre intitulé « Os Christanos-Novos em Portugal no seculo XX ». Il note, en particulier, qu’avant d’entrer à l’église où ils suivaient la messe, ils avaient l’habitude de murmurer : « je n’adore ni le bois, ni la pierre, mais seulement Dieu tout puissant ».

L’art du secret

Chez eux, ils allumaient une bougie pour shabbat, nettoyaient la maison avant la Pâque et faisaient cuire du pain non levé. Une vénération toute particulière était destinée à Esther qui, elle aussi, avait du cacher qu’elle était juive.

Aujourd’hui, le musée juif de la ville (car il existe dorénavant un musée juif ! Les temps changent) conserve de précieux témoignages de cette pratique clandestine du judaïsme. Un art de la dissimulation qui fait que la mezuzah n’était plus accrochée au chambranle de la porte mais dissimulée dans la poche droite du pantalon des hommes. Cette dissimulation va durer bien au-delà de la fin officielle de l’inquisition, en 1821, elle durera même après la publication du livre de Schwartz, en dépit d’une première tentative de rapprochement effectuée par des autorités religieuses juives vers 1930… Mais cela ne débouchera sur rien car l’époque n’est pas très favorable. Partout, en Europe, se font entendre des bruits de bottes et les « Juifs secrets » préfèrent garder leur discrétion ancestrale.

Une page est tournée

synagogue de Belmonte

La révolution des œillets, en 1974, va mettre un point final à cette aventure si particulière. Une synagogue est édifiée en 1996 à Belmonte grâce à un riche mécène, monsieur Azoulay, et la vie semble avoir repris un cours normal, un cours interrompu il y a 500 ans. Fiers de leur histoire, ils ne se sont jamais reconvertis au judaïsme comme certains rabbins le demandaient. Ils ont obtenu d’Israël d’être reconnus en tant que Juifs. Les Juifs de Belmonte ne sont plus des marranes, ceux que les chrétiens voyaient comme des juifs mais qui ne l’étaient plus pour les Juifs.

Alain Herbeth

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