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En Europe occidentale, un médecin parle grec comme le philosophe, un notaire latin comme le poète et le moraliste hébreu comme le prêtre!

De façon récurrente, Israël  occupe la question centrale dans la conscience européenne. Pourquoi? Avant 48, il y avait chaque siècle à partir de l’invention de la machine à vapeur une « question juive ». C’est-à-dire une question sur l’identité européenne.
Puis sont nés les USA et avec l’émancipation des protestants américains réfugiés des persécutions des monarchies centralisées naissantes et sédentarisées, cette question a muté : la « question protestante. » Il s’agissait toujours de savoir si l’Europe catholique dont les rois-maréchaux campaient de campagnes en campagnes, comme les patriarches hébreux bibliques, serait ruinée en n’était plus dans la médiévité catholique.

Puis, avec  la culture industrielle massive et le productivisme créateurs du sécularisme moderne,  elle a réapparu à travers celle du prolétariat et des « masses ». C’est le juif Marx, philosophe destructeur de l’Etat et qui voulut résoudre le dilemme collectif et universel des tribus esclavagisées d’Israël par l’annihilation de la classe percutante, bourgeois pourfendeur de la bourgeoisie « babylonienne » et par contrecoup du « Dieu-traître » et de ses prêtres qui livrèrent, selon lui,  le « peuple » à la corvée, qui posa le premier, au XIX siècle de façon crue, la question juive par celle d’un règlement de la « question des classes » et des rapport de force entre production, Etat et peuple.

Marx n’était pas « religieux ». Mais tout juif est intrinsèquement, même dans l’antijudaïsme et la rébellion, comme Aaron, frère de Moïse : voyant que Dieu est inopérant, il fait se dépouiller le peuple de ses ors et de ses bijoux (il n’y a pas encore les bijoux sacerdotaux et Aaron n’en est pas porteur, les bijoux fondus ne sont pas les siens mais ceux du peuple qui se trouve ainsi « déifié » et sacrifié) pour les fondre en un seul creuset afin d’ériger un pouvoir, et même deux, le politique et le judiciaire, les deux étant sacrés, qui émanerait, donc du « peuple ».

La fusion des bijoux d’Israël en exode, la fusion du sacerdoce d’Israël avec sa volonté historique propre (confusion des pouvoirs et unanimisme du plébiscite) c’est l’érection de l’Etat à partir de ses possessions et de sa production, sans la parole et la vision éclairée et illuminée de Moïse descendant de la Montagne..
Nous sommes dans la pure immanence, l’horizontalité radieuse qui permet de dire : « lendemains nouveaux ». A notre époque où il est convenu que la terre soit ronde et orbitant autour du Soleil, elle est toujours plate et au centre de l’Univers, garantissant à l’Humanité pensante une inaltérable royauté de sa monarchique Volonté.

Ceci est intéressant car Aaron, prêtre et frère du « voyant » n’est dans cette affaire qu’un exécutant aux ordres du peuple. C’est le peuple qui commande. Il ne peut qu’obtempérer. Le peuple n’ a rien qui se mange, qui le sustente. Il n’a que de l’immangeable : or, bijoux et objets précieux de peau. Il n’a que l’ornement de sa peau qu’il offre en fusion pour lui-même. Pour Marx, le peuple du prolétariat est le prêtre qui se célèbre lui-même « par le bas ». Il faut reconnaître aussi que cela aura une certaine force lorsqu’il s’agira de bâtir les premiers pans de la société « autogestionnaire » israélienne dès la première décennie de son existence : les kibboutzim sont inspirés des kolkhozes russes et Israël fera des  choix socio-économiques successifs qui reprendront la quasi totalité des modèles idéologiques en vigueur. Sauf celui de la « dictature » à cause du fait que « la Terre est donnée et non conquise ». Elle n’est pas un dû mais un don.
Marx, c’est Aaron sans Moïse.

« Tous se dépouillèrent des pendants d’or qui étaient à leurs oreilles et les apportèrent à Aaron.  » (Ex 32)

Depuis 1948 avec la naissance de l’Etat juif, la question juive est devenue celle d’Israël, mais au fond et contrairement à ce qui est dit, rien n’a fondamentalement changé; LE débat sempiternel de l’Europe sur son identité, sa culture et ses racines est le même. L’Europe cultive la culture du  doute à partir du moment où son terreau chrétien admet et fertilise  la culture de l’espérance comme remède médicinal à l fatalité.
L’Europe a tourné le dos au fatalisme quand elle a tourné le dos à l’Olympe grecque et sa Tragédie, choisissant de donner aux Parlement le pouvoir juridique de débattre et de mettre « les dieux » en contradiction, s’il le fallait avec eux-mêmes. Dieu et le peuple, à partir des premier baptêmes qui de Constantin à Clovis Ier parsemèrent les futurs empires européens et plantèrent les seigneuries et le royaumes inauguraient la question de l’hébraïté de la royauté essentiellement fondée sur le droit hébraïque et salomonien tel que mêlé de républicanisme hellénique et de jurisprudence latine.

L’Europe est non le mélange mais l’intrication précise de ces trois traditions avec en plus une persistance du manichéisme babylonien toujours influent : ainsi, il est intéressant de voir qu’en Europe, le droit moral est biblique, le droit politique est hellénique et celui de la personne et du civil est latin. Un médecin parle grec, un notaire latin et un moraliste hébreu!

L’antisémitisme musulman (le terme « antisémitisme » est ici employé par confort mais n’a pas de sens adéquat ici présenté) n’est en Europe pas nouveau.. Il est présent dès les premiers pas des armées de Salah El Dîn (Saladin) à Jérusalem dès les premières croisades où furent massacrés les juifs de la ville, tant par les chrétiens que par les musulmans.
Mais il ne faudra pas oublier que de nombreuses caravanes juives étaient installées à Médine dès le Vè siècle (les juifs parlent aussi arabe depuis que l’arabe existe!), qu’elles y restèrent jusqu’au VIIIè avant d’en être chassées par le « Général » Muhammad institué prophète pour des raisons politiques et spirituelles en rivalité contre les tribus arabes qui y étaient résidentes, et qu’en Europe leur présence est attestée depuis avant les premiers pas des exilés hébreux à Rome.

La puissance commerciale des juifs en grande partie due à l’interdiction qui leur a été faite de posséder terre et patrimoine ce qui les obligeait à nomadiser à peu près tous les demi siècles, et négocier les maisons et les terres qu’eux-mêmes ne pouvaient pas contracter a été avérée comme l’occasion d’une richesse spirituelle incomparable et l’extension, non seulement du savoir talmudique ultérieur (fixation commentée et augmentée de la Guemara antique) mais aussi interpénétration de leur interprétation du monde avec la vision théologique et philosophique du temps.

La « question juive » devenue au XXè siècle après la Shoah celle d’Israël, est réelle. Elle pose à l’Europe la pierre de son unité et de sa réconciliation. René Cassin, co-fondateur de l’Europe des Etats Unis qui commença par la Communauté européenne du charbon et de l’acier (causes économiques premières de la déflagration hitlérienne allemande)  était juif. Tous les pionniers de l’Europe communautaire n’étaient ni religieux ni même pour certains croyants mais tous se réclamaient de l’héritage en « double Alliance » d’Israël et de l’Eglise.

Il fallait commencer, pour faire l’Europe, par défaire le charbon et l’acier allemands en les rendant communs à tous les Etats.
Cette vision selon laquelle il faut commencer par concrétiser une intention pour ensuite la théoriser et la constitutionnaliser est réellement et substantiellement juive : d’abord la pratique. Ensuite, la pensée et la loi.

La  « question d’Israël » qui est de nos jours si cruciale (au sens de la douloureuse et épineuse Croix chrétienne) se pose aujourd’hui, à l’orée du siècle nouveau dominé par l’immatérialité des paroles, des échanges, et la compression mondialisée des idées qui entrent par milliards dans de fines tuyauteries optiques à la vitesse de la lumière et s’oppose à des corps physiques et des esprits « en chair » soumis à la rude épreuve du Génocide, de l’eugénisme, de l’hygiénisme et de la sélection par la performance, la rentabilité financière et l’utilité sociale.
Nous en sommes là : existence physique et charnelle des juifs et d’un Etat juif, des hommes et d’un Monde d’hommes, contre l’immatérialité désincarnante des haines, des amours, des consécrations et des exécrations.
La religion n’est pas critiquée pour ce qu’elle est mais pour ce qu’elle manque d’être. Israël est critiqué pour les deux. C’est dire l’importance qu’on lui donne.

En somme, la gratuité totale de l’existence d’Israël, qui n’a aucune raison explicable ni rationnelle à pouvoir en donner, exprime aux anciens païens européens héritiers greffés d’Israël,  qu’ils sont nés par agrégation de la Loi d’Israël qui irrigue désormais celle de la République platonicienne et du Code d’Hammourabi babylonien revu par Rome.
Un code impérial romain républicanisé par l’assassinat du Cæsar/Tsar, et l’entrée au Panthéon des héros de la nouvelle république impériale romaine des exilés juifs venus de leur plein gré ou amenés de force avec la Menorah du Temple de Jérusalem et sa table des propitiations, devenus martyrs chrétiens sous la main païenne, puis portés à l’ordre suprême et évangélique du Pontificat  devenu pouvoir spirituel et de l’apostolat venu tout droit des  antiques « augures » grecques et latines : ceux qui annonçaient de proche en loin les nouvelles de l’Empereur.

La question d’Israël agite l’Europe constamment parce que la renaissance d’un Etat hébraïque juif est en quelque sorte, en Asie, Asie immense partagée entre Siddhârta  (fondateur du bouddhisme au VI è siècle av. J.-C) et Abraham, figure métahistorique d’origine babylonienne qui remonte à près de 2000 ans avant l’ère commune, le risque  de se fier, non à la véracité historique et rationnelle des faits, mais à la véracité métaphysique de la vérité universelle humaine : si l’Europe pense être elle-même une « révélation », un dévoilement pour le monde à qui elle a donné son calendrier, son économie et sa vision, de quelle révélation , alors, provient-elle?
Il me semble qu’un élément de réponse à la question de l’antisémitisme et donc du « sémitisme » est dans la première grande marée massive humaine d’exilés et de réfugiés des temps modernes : plus de 3 millions de syriens arrivant en Europe, c’est tout de même significatif, ce n’est pas anecdotique et cela ne se règle pas par des coups de menton politiques ni de belles déclarations humanistes.

L’existence prodigieuse d’Israël et sa longévité défiant toutes les projections (les projections ne sont valables que dans l’obscurité), on peut aussi la mettre en parallèle avec l’inattendue marée humaine issue de la planification musulmane arabe, puis perse, pour ouvrir une Europe à l’accusation d’indifférence puis au reproche d’immoralité. C’est la même accusation qui prévalait envers les juifs au Moyen-Âge, mais aussi envers les « sémites » orientaux avant les temps coloniaux comme aussi envers les noirs du Soudan ou de l’Atlantique aux premiers temps de l’esclavagisme babylonien, romain, grec ou égyptien de l’antiquité,  arabe du Moyen-Âge puis occidental par la suite.
L’accusation d’être un « problème », une « question » n’est pas vaine en soi. Elle porte sur soi-même une part de vérité ardue et douloureuse à affronter et l’Europe existentialiste, multi culturaliste et légaliste s’est privée des moyens d’y répondre : comment le dieu d’Israël « qui ouvre la bouche et dit » peut-il s’obstiner à gratifier d’un temps immémorial (ad 120 ans) un peuple que nous avons nourri et nous laisser, nous, qui avons tant fait, dans la précarité de son silence?

On le voit, cette question d’Israël qui sur une carte du monde est minuscule et ne bouleverse pas  les plaques tectoniques ni les bas-fonds des océans, est une épine dans la marche européenne vers ce qu’elle a pensé être sa Rédemption par le progrès.
« Se sauver soi-même » (Matthieu 27:40) est l’interdit fondamental du Christ hébreu crucifié venu pour sauver « les autres » (que lui). Non seulement il ne le peut pas, étant cloué sur le bois, mais il ne le veut pas : cela démentirait toute la sortie d’Egypte d’Israël qui a refusé de faire demi-tour.
La rébellion de Moïse contre l’agresseur de son frère juif par un égyptien n’annonce pas une évolution juive dans les palais impériaux, mais la sortie d’Israël de la logique productiviste et élitaire de l’Egypte qui annihilait les hébreux en les maintenant dans l’humiliation de l’ignorance rituelle (l’Egypte étant dans la Bible un archétype et non la pure et simple réalité socio-culturelle de l’époque)

Cette impossibilité qui a été imposée à Jésus hébreu et judéen par sa condamnation à mort sous la main romaine un soir de Grand Shabbat de Pessah est devenue l’insoutenable paradoxe européen des chrétiens (au sens générique et génétique) muets et impassibles devant la tombe  de Jérusalem, ouverte de l’intérieur, d’où le corps du Supplicié a disparu. La question du corps agite toujours les esprits modernes, comme celle d’Israël. Ils sont liés : qui est mort? Dieu est censé  l’avoir été maintes fois. Israël aussi. Jésus aussi. Et on peut le dire, l’Humanité aussi. Qui tue qui? Et « d’où nous viendra le salut? »

La « question juive d’Israël » est essentiellement devenue celle de l’Europe morte et ressuscitée et qui voit en Israël, lui-même ayant suivi ce même chemin bien avant et depuis son premier Exil,  la concrétion de la liberté qu’elle redoute et du prix existentiel qu’il faut en payer.

Que faire de la vie qu’on a reçue? Vivre du reproche d’avoir perdu la première? Ou du risque de vivre la nouvelle? La place d’Israël est bien plus importante en Europe qu’elle n’est en réalité. C’est à la fois un très mauvais et un excellent signe des temps.
Mauvais signe parce que cela signifie que l’Europe occidentale soulève la « question juive » à ses grands moments de transformation et de mutation. Excellent signe parce  que cela signifie que nos descendants auront changé, muté et qu’ils auront transformé l’Europe, non en un « monde meilleur » (ceci est le privilège des dictateurs et faux prophètes) mais en un projet européen nouveau, sans doute davantage axé vers l’Est oriental, européen et même sémite et au-delà.

De plus en plus d’européens, lentement mais sûrement, apprennent l’arabe, l’hébreu et le chinois. C’est un signe dont il faudra tenir compte dans les décennies qui viennent.

La question juive se posera toujours tant que la Torah ne sera pas rapiécée. Mais justement, chacun en est un morceau qui pense.

A Jérusalem, il est toujours et pour longtemps encore possible de se retrouver.

 Jean Taranto                

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