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A l’approche des élections législatives israéliennes (prévues le 9 avril 2019), les informations sur le plan de paix (que le Président américain nomme « deal du siècle ») ne cessent de fuiter. C’est bien normal. Il convient de préparer l’opinion internationale à la vision que le Président américain se fait de la physionomie à venir de la répartition des territoires (anciennement sous souveraineté jordanienne) entre Israël et les palestiniens. Donad Trump ne pourra, toutefois, décider de tout.

S’agissant de la partie orientale de Jérusalem, il envisage le transfert, à l’Autorité Palestinienne,des villages arabes (intégrés à Israël lors de l’annexion de Jérusalem Est en 1967) de sorte qu’ils se retrouvent dans le futur Etat palestinien. il s’agit des quartiers de Jérusalem exclusivement habités par des populations arabes tels Issawiya, Djebel Moukaber, Bet Hanina, Tsour Baher, et un ensemble de petites localités arabes situées à proximité. La conséquence immédiate de ce transfert est très avantageuse pour Israël : tout d’abord, les populations arabes concernées perdront leur titre de résidant de la ville de Jérusalem. En outre, l’exclusion de ces villages facilitera la sécurisation de la population juive de Jérusalem. Enfin, il permettra de faire de la capitale israélienne, une ville composée dans sa très grande majorité, d’une population juive.

Par ailleurs, le plan américain prévoit d’exclure des frontières de la ville de Jérusalem, le camp de réfugiés palestiniens de Chouafat qui comprend une population de plus de 20 000 personnes (Il n’y aura alors plus de cheik point à la sortie de ce camp). Or, s’il se situe à l’extérieur de la clôture de sécurité, c’est de ce camp qu’arrivent de nombreux terroristes palestiniens. Ainsi, son exclusion de la localité de Jérusalem mettra un terme aux déstabilisations : à chaque élimination de terroristes, de nombreuses manifestations y sont organisées à l’occasion desquelles les palestiniens sont incités à poursuivre les affrontements avec les israéliens.

Conséquence : l’exclusion, de la ville de Jérusalem, des villages arabes et du camp de réfugiés palestiniens, fera sortir… 300 000 personnes arabes palestiniennes de la population jérusalémite, renforçant ainsi le caractère juif de Jérusalem. Corrélativement, les résidents de ce camp devraient perdre leur statut de « réfugiés », puisqu’ils seront intégrés dans un territoire sous contrôle exclusif palestinien (leur faisant perdre les subsides que l’UNRWA distribue au réfugiés).

Sur ce point, le plan de paix américain constitue une véritable opportunité pour Israël puisque les quartiers arabes connaissent une croissance démographique exponentielle : lors de la conquête de ce territoire (sous souveraineté jordanienne en 1967), les personnes arabes palestiniennes constituaient 26 % de la population de Jérusalem. Désormais, ce chiffre s’élève à 40 %. En outre, la plupart des attentats à Jérusalem sont perpétrés par des personnes qui y sont originaires. Enfin, leur gestion civile et administrative reviendra à l’Autorité Palestinienne et non plus à Israël (ils perdront ainsi la faculté de voter en Israël). Restera juste à régler la coexistence des quartiers juifs et arabes qui sont, pour certains, imbriqués les uns dans les autres.

Bien évidemment, les préconisations américaines ne sauraient concerner la vieille ville de Jérusalem. Sur ce point, le plan de Trump envisage la mise en place d’une administration religieuse interarabe qui coordonnerait ses travaux avec Israël, pour « protéger les lieux saint de l’Islam » (sic). Il en est hors de question : le Mont du temple est sous souveraineté israélienne. Or, le Droit international ne permet nullement à un Etat de s’immiscer dans la gestion d’une partie d’un autre, et notamment de la vieille ville de Jérusalem, partie intégrante de l’Etat d’Israël.

Bien évidemment, on comprend le souhait américain de ménager les susceptibilités arabes. Pour autant, le Président Trump ne peut effacer les occasions ratées par les responsables arabes, depuis le siècle précédent. Le 29 novembre 1947, l’Onu a décidé du plan de partage de la Palestine mandataire entre un Etat arabe et un Etat juif. Les arabes de Palestine (comme l’ensemble du monde arabe) l’ont refusé. De même, ce plan prévoyait un corpus séparatum pour Jérusalem, qui aurait placé la vieille ville sous contrôle international. Les responsables arabes n’en ont pas voulu. Le Président américain ne peut corriger les erreurs arabes passées.

D’ailleurs, et comme les arabes de Palestine étaient (déjà) incapables de s’autodéterminer, la Transjordanie a occupé la Cisjordanie (en novembre 1949), puis l’a annexée en avril 1950. La vieille ville de Jérusalem est alors passée sous souveraineté jordanienne. Cette situation a perduré jusqu’à la guerre des 6 jours, en juin 1967 (lorsque Israël a anticipé l’attaque des pays arabes qui entendaient l’éradiquer). C’est alors que la vieille ville de Jérusalem est passée sous contrôle juif. Par la suite, les Jordaniens ont conservé la gestion du Mont du Temple (en accord avec les autorités israéliennes). Dès lors, le Président Trump ne saurait corriger les décisions des responsables arabes. Mieux, il lui appartient de les respecter, et notamment la décision jordanienne du 31 juillet 1988 : le Royaume Hachémite a renoncé, unilatéralement, à sa souveraineté sur la Cisjordanie (annexée en 1950) et donc sur Jérusalem. Plus aucune autorité arabe ne peut revendiquer Jérusalem.

Il n’appartient donc pas au Président Trump de s’immiscer dans les affaires israéliennes, d’organiser un mode de gestion du Mont du temple, ou d’imaginer un passage réservé entre les quartiers arabes et la vieille ville de Jérusalem.

En marge de cette séparation opportune de Jérusalem, le plan de Trump envisage d’affecter à l’Autorité Palestinienne 85 % de la Cisjordanie. Actuellement, le contrôle palestinien en Cisjordanie s’exerce (en vertu des accords de paix d’Oslo) sur 40 % du territoire. Les grands blocs de localités juives seraient donc incorporés dans l’Etat d’Israël, ce qui est tout à fait cohérent et pragmatique. (En revanche, la vallée du Jourdain devrait rester sous contrôle israélien).

Enfin, et compte tenu de l’impossibilité pour les palestiniens du Fatah et du Hamas de s’entendre et de s’unir idéologiquement et territorialement, le plan américain envisage la création d’un second Etat palestinien comprenant la bande de Gaza et une partie du Sinaï égyptien qui serait affecté à l’aménagement d’une zone économique accueillant, la construction d’une centrale électrique, d’une entreprise de désaliénation, mais aussi d’un aéroport et d’un port (qui seraient sous contrôle égyptien). L’Egypte y est favorable, eu égard à la pauvreté de cette région et aux velléités de l’Etat islamique d’en prendre le contrôle. Les monarchies du Golfe seraient alors mises à contribution pour financer les installations…

Le 13 mars 2019, le responsable de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a présenté son rapport annuel sur les droits humains dans le monde. Celui-ci ne présente plus le Golan, la Cisjordanie et la Bande de Gaza comme étant des « territoires occupés ». S’agissant du Golan, il mentionne simplement « territoire sous contrôle israélien ». Ainsi donc, les Etats-Unis abandonnent progressivement le mensonge historique de la « soi disant occupation, par Israël, de territoires », voire, pire, celui de « l’occupation, par Israël, de territoires palestiniens ».

Lorsque les palestiniens comprendront qu’ils ne sont pas « occupés » et que le terrorisme (qu’ils nomment « résistance armée ») ne se justifie pas, ils pourront entreprendre le développement…. de leurs deux Etats palestiniens.

Maître Bertrand Ramas-Muhlbach dans jforum.

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