La source de cet article se trouve sur ce site

C’est ainsi : Elle est de ces personnages publiques clivants. Ils l’aiment ou la détestent. C’est au point qu’ils se croient dispenser de dire pourquoi un tel amour ou une haine aussi coriace. Parce que, lâchent-ils, si vous insistez. J’l’aime pas.

Voilà que depuis 4 jours, l’écrivain, qui fut un jour amenée à porter la contradiction à l’intègre François Fillon, jadis candidat LR, lors d’une émission politique, et qui a servi d’animatrice dans une de ces émissions qu’il est de bon ton d’appeler Talkshow, est devenue Une Affaire, un Dossier, et un hashtag a même été lancé à son encontre, et par notre Ministre de L’Outre-Mer : Tousuniscontrelahaine, sommant le CSA d’Instruire, Oui, d’Instruire ce … dossier.

Ça s’étrille de tous les côtés. CRAN. BrigadeAntiNégrophobie. LigueDeDéfenseNoireAfricaine.

La voilà qualifiée de négationniste. Menacée d’un procès.

Moi je dis qu’au lieu de chercher noise à un Soral, qu’on donne enfin l’exemple et qu’on pendouille sur la place publique la fautive.

Mais je m’égare. Comment diable ai-je fait, malgré La Tribune des 40, pour oublier que nous étions abolitionnistes et que donc, il faudrait se contenter de punir l’impudente d’une autre manière. Qu’on l’embastille alors. Qu’on la fasse se taire à jamais

Ne vous rendez-vous pas compte du forfait qu’elle commit, à une heure de grande écoute qui plus est.

Elle qui se mêla, débattant face à FOG et Ginette Kolinka, – à laquelle elle dit sa gratitude d’avoir raconté, un peu comme Les Quatre sœurs d’un Lanzmann- de proférer que, l’indifférenciation menant à l’indifférence, il fallait donc, pour chaque type de crimes, en expliquer les spécificités. Ce à quoi elle s’attacha aussitôt, expliquant que le but de l’esclavage était de réduire des humains à des fonctions de machines-outils, les esclavagistes ayant tout intérêt à veiller sur le maintien en … bonne santé de cette marchandise qu’il s’agirait ensuite de vendre au meilleur prix, de les maintenir donc en bonne santé, faisant en somme de ce mécanisme monstrueux une description au scalpel qui ne laissait aucun doute sur l’ignominie de la chose.

Mais ils ne l’entendirent point ainsi.

Mais ils ne l’entendirent point ainsi. Et que n’avait-elle point parlé, la perverse, de la castration systématique lors de la traite des noirs par les arabes, génocide s’il en était !

Et que n’avait-elle point chiffré, l’ignorante, ou pire encore, l’hypocrite, de ces 11 millions de morts !

Dans un raccourci stupéfiant et un fol élan, ils lui appliquèrent l’étiquette de négationniste, réservée d’ordinaire à ceux, trop nombreux, qui nient la réalité de la Shoah, mais désormais accordée aux autres, d’une perverse prudence, qui vouaient leur vie à en diluer la spécificité et donc l’unicité, afin qu’on cessât de leur rabattre les oreilles avec cet antisémitisme qu’on leur servait, forcément, à toutes les sauces…

Depuis que Goering et ses pairs, dans un souci de désindividualisation qui devait déboucher sur l’extermination de masse, imposa aux Juifs et Juives d’Allemagne l’adjonction d’un prénom supplémentaire, le même pour tous, Israël pour eux et Sarah pour elles.

Depuis encore cette diabolique entreprise de dé-nomination, ce meurtre des noms qu’un indélébile numéro tatoué sur le bras devait remplacer à jamais.

Depuis ce projet fou d’un génocide rationalisé, systématisé, industrialisé, ce qu’un Claude Lanzmann nommait en secret La chose, avant que Shoah, terme récurrent dans la Bible et signifiant l’anéantissement, fut choisi, nom intraduisible susceptible d’évoquer holocauste, génocide ou Solution finale.

Qu’a dit d’autre Christine Angot.                    Ses propos sont les nôtres.

Celle qui est depuis quelques temps la cible des antisémites dut répondre par un communiqué de presse. Dire qu’elle regrettait de ne pas avoir réussi à se faire comprendre et d’avoir blessé par ses propos. Répéter que son intention était à l’opposé : J’ai voulu rapprocher les deux crimes contre l’humanité que sont l’esclavage et la Shoah, tout en prenant soin de de spécifier la différence fondamentale de méthode dans la déshumanisation, d’un côté exterminer les personnes, de l’autre leur retirer leur humanité pour en faire des objets de commerce qu’on achète et qu’on vend. L’expression ‘en bonne santéétait cependant absurde. Je suis bien consciente que de nombreux esclaves ont été tués et que le propriétaire exerçait sur eux un droit de vie et de mort. Indifférencier les souffrances infligées par ces crimes me paraît dangereux. L’indifférenciation pouvant conduire à l’indifférence. Je n’ai pas su trouver les mots. Je le regrette. Mon travail est de me faire comprendre. Je m’excuse d’y avoir échoué. Il me tenait à cœur d’éloigner la concurrence victimaire dont certains jouent.

Christine Angot, communiqué de presse, 4 juin 2019.

Les plus sages verront là une affaire classée. D’autres, qui se délectent de ces jouissances perverses, voudront en faire une affaire d’audiovisuel na-tio-na-le, et, pire encore, un crime qui devrait emmener la coupable au procès : au Tribunal pour avoir parlé de ces esclaves qui moururent en bonne santé. Qui furent fouettés et contents. Déportés et satisfaits. Violés et heureux. Esclaves et heureux.

C’est que ceux-là, trop contents de l’occasion offerte, ne virent point d’inconvénient à demander dans un communiqué qu’on détrôna la statue de… Colbert, lequel avait préparé à la demande de son roi … le Code noir.

Quant au CRAN, il demanda non seulement des excuses, mais aussi des réparations. Et je passe sur ceux qui fustigèrent … le sionisme de cette femme. Ah Christine Regarde un peu où tu les as amenés, avec ta pensée complexe…

Mauvais procès, mauvaise foi de ses détracteurs. Lesquels lui font dire l’inverse de ce qu’elle a voulu dire. Lui reprochent d’avoir minimisé l’horreur et les crimes de l’esclavage en redisant en somme, indéfiniment, que la Shoah, mise à mort programmée, resterait un génocide à part.

N’est-il pas enfin le service minimum que de venir rappeler haut et fort que la fautive fut récemment cible d’insultes racistes et antisémites. Qu’on avait appelé à la défigurer. Qu’il y eut peu de réactions lorsqu’elle fut qualifiée de sale pute juive à négro sur laquelle on déverserait de l’acide en pleine gueule. Tous ensemble pour lyncher Christine Angot, pouvait-on lire sur les murs de Vannes.

Rien.

Ou si peu.

Qui en parlèrent.

Et aujourd’hui on irait la lyncher ? Ceux qui se sont senti.e. s indigné.e. s par la diffusion de ce message aux sous-entendus racialement hiérarchisant iraient demander des comptes aux responsables de la chaîne publique ?

Et aujourd’hui on irait disserter sur ce Rien qu’elle n’a pas dit et qu’on eût tant aimé qu’elle eût dit ?

Et aujourd’hui un Daniel Schneidermann parlerait de sa sortie négationniste sur la traite des Noirs ? Irait gloser sur le qualificatif de l’écrivain, qui alla s’excuser d’une expression absurde alors que le Tribunal médiatique la jugeait odieuse et parlerait … d’ignominie Rien que ça…

Vous l’aurez compris. Je l’aime. J’aime l’écrivain. Son écriture. Ce dont elle parle. J’aime encore la Femme. La citoyenne. Sa vigilance. Son courage. Sa sincérité. Jusqu’à ses maladresses. Rares. Humaines. Et je reste coite devant l’indigne et méprisable procès qui ici lui est fait.

Sarah Cattan

2 Commentaires

  1. Non. Elle n’est pas un personnage clivant qu’on aime ou qu’on déteste. Personne ne peut aimer cette femme haïssable. Et je ne dis pas ça que pour ces récents propos déplacés. Elle est juste folle à lier, complètement à côté de la plaque, névrosée jusqu’à la moelle, dénuée de tout talent artistique, et j’en passe…

  2. Christine Angot a non seulement été plus que maladroite dans ses propos sur l’esclavage mais elle a prouvé qu’elle ne connaissait rien au sujet. Quand on sait quelles étaient les conditions de transport – pour ne parler que de ça – de cette marchandise qu’étaient les esclaves on ne peut pas affirmer que le but des esclavagistes était de garder ces femmes et ces hommes en bonne santé. Nombre d’entre eux mourraient dans les cales des navires dans lesquelles ils étaient entassés par centaines et les mourrants étaient jetés par dessus bord avec les cadavres de ceux qui n’avaient pas survécu. Les esclavagistes comptaient sur le nombre, sur les plus résistants, pour avoir suffisamment de marchandise à vendre une fois arrivés à bon port. Ainsi, la bonne santé des esclaves leur importait finalement peu. Mais, malgré cette méconnaissance manifeste du sujet, je ne crois pas qu’on puisse taxer madame Angot de négationnisme ni de vouloir faire une hiérarchisation des crimes contre l’humanité, la Shoah et l’esclavage étant tous deux innommables. Elle s’est juste exprimée maladroitement sur un sujet qu’elle ne maîtrise pas et là est sa faute.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here