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Le président Emmanuel Macron a déclenché mercredi 7 novembre une polémique en qualifiant Pétain de « grand soldat », même s’il a « conduit des choix funestes » pendant la Seconde Guerre mondiale.

REUTERS/Philippe Wojazer/Pool

Les déclarations du président s’inscrivent dans un contexte particulier. Samedi 10 novembre aux Invalides, un hommage sera rendu aux chefs militaires de la Première Guerre mondiale, dont les huit maréchaux, de Joseph Joffre à Philippe Pétain. Mais seront nommément honorés par un dépôt de gerbe les cinq maréchaux de la Grande Guerre qui ont leur tombeau aux Invalides. Il s’agit des maréchaux Foch, dont des descendants devraient être présents aux Invalides, Lyautey, Maunoury, Fayolle et Franchet d’Esperey.

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Pétain « a été un grand soldat, c’est une réalité »

Cette cérémonie est militaire : elle est organisée dans le cadre du Centenaire de l’Armistice à l’invitation du chef d’état-major des armées (Cema), le général François Lecointre. « Le Cema tenait à ce qu’on rende également hommage aux chefs, a expliqué mardi 6 novembre son conseiller communication, le colonel Patrik Steiger. Il ne faut pas laisser croire qu’il y avait juste le poilu, le combattant et personne au milieu d’eux. »

Cet hommage a aussi un sens politique. Il a été « validé par l’Élysée », a indiqué Patrik Steiger. Interrogé sur cette cérémonie à son arrivée à la préfecture des Ardennes pour un conseil des ministres délocalisé, mercredi 7 novembre, Emmanuel Macron a confirmé cette vision : « Il est légitime que nous rendions hommage aux maréchaux qui ont conduit l’armée à la victoire, comme chaque année ». « Je n’occulte aucune page de l’histoire », a-t-il affirmé.

Quant à Pétain, « il a été un grand soldat, c’est une réalité. La vie politique comme l’humaine nature sont parfois plus complexes que ce qu’on voudrait croire ». « Je me suis toujours opposé au défaitisme français ou à la complaisance envers toute idéologie. Mais je reconnais la part que nos maréchaux et notre armée ont jouée. Nous lui devons la victoire », « la victoire d’une nation combattante », a-t-il insisté, au 4e jour de son itinérance mémorielle.

De vives réactions

En dépit de cette justification, les propos présidentiels ont déclenché de vives réactions. Le Conseil représentatif des institutions juives de France s’est dit « choqué ».

À noter qu’Emmanuel Macron, chef des armées, n’assistera pas lui-même à la cérémonie. Il sera représenté par son chef d’état-major particulier, l’amiral Bernard Rogel. Une façon de montrer les réserves de l’Élysée, qui a conscience que la « mémoire particulière » de Philippe Pétain, héros de la Grande Guerre puis symbole de la collaboration avec l’occupant nazi en 1940-1944, pose « problème ».

Chirac et Mitterrand aussi

En 1995, le président Jacques Chirac avait rompu avec la tradition de ses prédécesseurs qui faisaient déposer une gerbe de fleurs sur la tombe de Pétain à l’île d’Yeu. En 1992, le président François Mitterrand avait dû s’expliquer à ce sujet, à la suite d’une violente polémique.

Sur Radio J, il avait déclaré : « Nous sommes là devant un cas typique des contradictions de l’Histoire qui nous place à notre tour dans des contradictions qui ne sont pas vraiment supportables. Mais on ne pourra jamais arracher les pages dans lesquelles est écrite l’Histoire de la plus grande bataille que la France ait connue et gagnée, la bataille de Verdun, ni arracher de l’Histoire de France ceux qui l’ont faite et ceux qui l’ont conduite, 25 ans (…) avant le Vél’ d’Hiv. C’est une honte qui ne pourra jamais être effacée de l’histoire de notre pays. La gloire de Verdun, la gloire payée par beaucoup de sang et de drames, ne peut pas être oubliée, ni les anciens combattants et d’autre part la honte de 1942 ne peut pas l’être davantage. »

Lors d’une déclaration à Verdun, le 25 juin 2006, Jacques Chirac avait tenu des propos proches de ceux d’Emmanuel Macron. « Un homme a su prendre les décisions qui conduiront à la victoire. Il restera comme le vainqueur de Verdun. Cet homme, c’est Philippe Pétain. Hélas ! En juin 1940, le même homme, parvenu à l’hiver de sa vie, couvrira de sa gloire le choix funeste de l’armistice, et le déshonneur de la collaboration. Cette tragédie française fait partie de notre histoire. Nous pouvons aujourd’hui la regarder en face.

Corinne Laurent,  La Croix

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