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Le Giro s’exporte au Proche-Orient. Toujours à la recherche de nouveaux revenus, le Tour d’Italie, qui s’élancera le 4 mai, a saisi avec enthousiasme les millions d’euros proposés par Israël et l’occasion de prendre le départ en dehors de l’Union européenne, initiative inédite pour un grand tour cycliste. La puissance invitante n’est pas, pour une fois, une ville ou une région. Derrière le détour en Israël se cache un immigré récent venu du Canada, milliardaire et passionné de cyclisme : Sylvan Adams. C’est lui qui finance une grande partie de ce séjour de trois jours dans l’Etat hébreu, estimé par la presse locale à 120 millions de shekels (27,5 millions d’euros).

Sylvan Adams, 59 ans, est le fils de Marcel Adams, rescapé roumain de la Shoah et fondateur de l’un des plus grands groupes immobiliers au Québec à la fin des années 1950. Iberville Developments s’est fait un nom en construisant des centres commerciaux et en achetant avec flair de grands terrains. Le groupe s’est fait connaître plus récemment pour ses démêlés avec le fisc : la famille Adams bataille depuis neuf ans pour récupérer 101 millions de dollars canadiens (65 millions d’euros) que le fisc québécois lui a réclamés pour une manœuvre « d’évitement fiscal abusif ». Elle était aussi détentrice en toute légalité d’un compte colossal à la HSBC en Suisse. Ce compte était au nom d’une banque créée par la famille Adams à la Barbade, un paradis fiscal ayant un accord avec le fisc canadien.

Les coureurs, des « ambassadeurs »

Si ses attaches fiscales sont internationales et ses racines roumaines, l’entrepreneur, qui a confié la gestion du groupe à son fils, est lié par le cœur à Israël, où il a « fait [son] alya » il y a deux ans. « J’ai rencontré ma femme ici il y a trente-quatre ans dans un kibboutz[ferme collective]. Mes parents sont passés par Israël avant de déménager au Canada », explique-t-il au Monde. Son patriotisme le pousse à considérer ces trois étapes du Giro comme « le plus grand événement de l’histoire du pays, en termes d’ampleur du projet et de résonance ». Une bonne raison, pour la mairie de Jérusalem et le gouvernement, de favoriser cette initiative.

Sylvan Adams, élégantes boucles grises et teint hâlé en toute saison, n’est pas peu fier de sa carrière sportive tardive et se plaît à égrener un palmarès imposant dans les courses pour vétérans. « J’ai commencé à faire de la compétition à 41 ans, dit-il. J’ai gagné dix-sept titres de champion au Québec sur route, sur piste et en contre-la-montre, ainsi que six titres de champion canadien… » Il se dit incapable d’estimer la totalité de son investissement dans le sport en Israël. Mais la somme est considérable.

Outre le financement, avec un autre homme d’affaires israélien, de l’équipe Israel Cycling Academy qui sera au départ du Giro, Sylvan Adams a fait sortir de terre avec la mairie de Tel-Aviv un vélodrome de niveau international, pour un coût de 20 millions de dollars (16,6 millions d’euros), et monté un institut de la haute performance sportive, à l’université de Tel-Aviv. Il est censé promouvoir, avec l’aide de la recherche scientifique, une nouvelle élite sportive dans des épreuves d’endurance.

« On utilise le sport pour créer des liens et porter l’image du pays, assume Sylvan Adams. Je considère que l’équipe Israel Cycling et ses athlètes sont des ambassadeurs de notre pays. » Tout en faisant de ses coureurs des ambassadeurs involontaires de l’Etat hébreu, Sylvan Adams se défend de faire de la politique et ne cache pas une certaine irritation à l’évocation du sujet.

C’est pourtant le gouvernement israélien qui l’amena sur ce terrain délicat, fin 2017, lors de la présentation du parcours du Giro. L’utilisation de l’expression « Jérusalem-Ouest » provoqua la fureur officielle, la droite israélienne estimant que la cité est la « capitale indivisible » du pays. Les organisateurs italiens firent promptement marche arrière, en dépit du consensus international, tout juste brisé par Donald Trump en décembre, voulant que le statut de Jérusalem ne puisse être défini qu’au terme des négociations de paix.

« Je ne me suis pas préoccupé des symboles »

Sylvan Adams n’a pas de mots assez forts pour louer la politique économique et sécuritaire du gouvernement de Benyamin Nétanyahou et vante le visage « tolérant », « ouvert », « libre » de l’Israël qu’il rêve de faire découvrir aux centaines de millions de téléspectateurs du Giro. « Nous avons 21 % de citoyens arabes qui ont tous les droits de citoyenneté », souligne-t-il, avant de mentionner la présence de députés arabes à la Knesset et d’ambassadeurs issus de cette minorité.

Alors, n’aurait-il pas été symboliquement fort de faire passer la première étape du Giro par les quartiers arabes de Jérusalem-Est ? « Je ne me suis pas préoccupé des symboles, mais de la course. On ne pouvait passer à l’intérieur de la vieille ville. On était obligé de choisir des routes propices pour les coureurs. Celles qu’on a retenues sont larges et intéressantes, passant devant des bâtiments connus. » Le Giro est pourtant habitué aux ruelles tortueuses et pavées des villes médiévales italiennes.

On fait remarquer au milliardaire philanthrope, qui se proclame épris de sionisme, qu’à une centaine de kilomètres de la fête du Giro, à Gaza, des manifestants sont tués. Son ton affable disparaît. « Ce ne sont pas des innocents. Ils ont de très mauvais dirigeants, des terroristes, qui n’expriment aucun intérêt pour leur peuple. (…) Nous sommes entourés d’éléments hostiles. Le fait que je sois ici à Tel-Aviv, que le ciel soit bleu, que les gens puissent poursuivre leur vie paisible et normale, montre que nous sommes bien protégés par nos dirigeants. » Sur la vie en Israël, Sylvan Adams émet toutefois un regret : l’endroit manque de pistes cyclables.

Source : elnetwork.fr

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