Au Kenya, le suicide est un crime

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Depuis le début de la pandémie de Covid, le Kenya connaît une vague de suicides sans précédent suite à la crise socio-économique qui en résulte. Selon la police, près de 500 personnes se sont donné la mort entre les mois de mars et juin derniers, soit deux fois plus que sur le total de l’année 2020. Mais les chiffres sont bien inférieurs à la réalité car, au Kenya, le suicide est un tabou… et même un crime passible de 2 ans de prison.

Onyango Otieno est un poète. Il publie régulièrement ses textes sur les réseaux sociaux et y raconte sa dépression qui le poursuit depuis plus de 10 ans. Onyango Otieno pourrait, selon le Code pénal, être poursuivi pour tentative de suicide et condamné à 2 ans de prison assortis d’une amende. Car le jeune homme d’une vingtaine d’années a déjà tenté de mettre fin à ses jours à 2 reprises. Il raconte : « Quand j’avais 16 ans, la vie était devenue insupportable à la maison. Mon père était violent et alcoolique. Alors je me suis enfui et je suis devenu un enfant des rues de Nairobi. Je me souviens que je me sentais tellement fatigué. Pour moi, la vie ne valait plus la pleine d’être vécue. »

Parler librement de ses idées noires, c’est briser un tabou car le suicide et la santé mentale au Kenya sont considérés comme une honte dont on ne parle pas.

Votre corps appartient à Dieu et le lui retirer est un crime

Charity Muturi est une activiste qui se bat pour la décriminalisation du suicide et la prise en compte des maladies mentales. Elle aussi était en proie à des idées suicidaires. Aujourd’hui, elle compte bien mettre fin au tabou.

« Dans la culture africaine, le suicide est associé à la religion et à la tradition. La majorité des Kenyans estiment que votre corps appartient à Dieu, que c’est l’œuvre de Dieu et que vous n’avez pas le droit de le lui retirer. Si vous le faites, c’est donc un crime. »

Dans cette société conservatrice, il faut avant tout convaincre les leaders religieux, majoritairement chrétiens et musulmans, pour espérer changer les mentalités. Charity Muturi l’explique : « En cas de suicide, nombre de leaders religieux refusent de mener à bien des funérailles car c’est un acte considéré comme démoniaque et maléfique. Pour certaines communautés, lorsque vous mourrez dans la honte, vous devez être enterrés dans la honte pendant la nuit. Votre maison et vos biens sont brûlés et il est demandé à la communauté de ne plus fréquenter la famille du défunt car elle est maléfique. »

Vers la décriminalisation du suicide au Kenya

Aujourd’hui, des voix s’élèvent pour décriminaliser le suicide au Kenya. En tête de file, l’avocat Victor Kamau, défenseur des droits de l’homme : « Nous avons hérité cette loi des colons britanniques en 1897. Et, ironie du sort, la Grande Bretagne a décriminalisé le suicide en 1961, avant même l’indépendance du Kenya. Dans les prochains mois, nous allons déposer une requête auprès de la Cour Suprême pour faire supprimer ce texte en invoquant la Constitution. Elle garantit le droit à chacun de bénéficier d’une couverture santé et cela inclut la santé mentale. La section 226 du Code Pénal est en ce sens inconstitutionnelle car elle renie ce droit à la santé. »

La Cour Suprême du Kenya devrait être saisie d’ici la fin de l’année. Au-delà de la bataille judiciaire qui se profile, les défenseurs des droits de l’homme militent pour faire de la santé mentale une priorité nationale dans un pays qui ne compte que 2 psychiatres par million d’habitants.

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SourceRTBF.BE

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