Coronavirus : L’Euro 2021 peut-il aider à retrouver un sentiment de fierté nationale ?

LES + VUS CHEZ LES PRO

Après un an et demi de coronavirus, l’Euro tombe à pic pour redonner un élan à chaque nation. — ZAKARIA ABDELKAFI / AFP
  • Ce vendredi, l’Euro 2021 de football débute.
  • Une compétition qui tombe à pic dans une Europe désireuse de sortir de la crise sanitaire, après un an et demi de deuils, de confinements et de vagues épimédiques.
  • Cette compétition sportive pourra permettre à la population de retrouver de la fierté nationale.

« Le vent se lève, il est temps de vivre », écrivait Paul Valéry. Ce vendredi, l’Euro 2021 de football démarre dans un vieux continent éprouvé par la crise du
coronavirus. L’occasion pour
les Européens de retrouver joie de vivre et célébration jusqu’au bout de la nuit, mais aussi tout un attirail aussi folklorique que patriotique : hymne national chanté à plein poumon, drapeau du pays et maillot de la sélection nationale.

Rien de tel après un an et demi à voir tous les pays d’Europe totalement dépassés par le Covid-19 et boire la tasse à chaque nouvelle vague épidémique. Loin du succès de la stratégie asiatique ou australienne, loin de la rapidité américaine ou israélienne à vacciner, les pays européens n’ont jamais semblé aussi faibles, et les tensions dans chaque nation explosent.

Pour que tu m’aimes en sport

« L’Euro tombe à pic après cette crise sanitaire pour retrouver un peu de fierté nationale. Ce n’est pas nouveau que le sport sert au prestige international, mais c’est un sentiment qui a été particulièrement éprouvé par la pandémie », note Stanislas Frenkiel, historien du sport à l’université d’Artois. Le sport pour incarner la nation, pour la sublimer et la transcender, le refrain est effectivement connue.

Cela n’empêche pas la formule d’être efficace. « L’Euro est la première manifestation sociale publique depuis plus d’un an, de surcroît sportive, donc capable de transcender les origines sociales, les classes sociales, les générations », liste Jean-Baptiste Guégan, géopoliticien du sport. Et se rassembler, au moment d’évoquer la fierté nationale, ça a son importance. Robert Zuli, psychologue et spécialiste des émotions du football, explique : « Le football est un excellent moyen d’union pour les peuples, un socle commun à partager », ce qui a pu manquer dans une année marquée par les divisions : vaccin contre antivaxx, pro-confinement contre anti, jeunesse contre personnes fragiles, etc.

Voyage au bout de la patrie

« Une crise, cela ne fait pas que créer des divisions, c’est aussi une source de solidarité et d’union », rappelle le psychologue. Selon un sondage Cevipof de février 2021, les Français avaient plus confiance qu’avant la crise sanitaire dans toutes les institutions françaises et dans toutes les organisations indispensables à la société. On pourra toujours débattre sur le fait de savoir si le sport est indispensable à la société, mais ce qui est sûr, c’est qu’il est une institution. « A ce titre, les équipes nationales vont bénéficier d’un effet Covid qui les rend encore plus populaire, indique Jean-Baptiste Guégan. Le football, c’est le retour à la vie. »

Preuve en est selon lui, Emmanuel Macron s’est montré bien plus présent pour les Bleus avant cet Euro qu’avant la Coupe du monde 2018 : « Les politiques ont bien compris que les équipes nationales, plus que jamais, incarnaient le pays. » Mais la grande différence entre l’union nationale face au coronavirus et celle à venir autour du football, c’est évidemment le contexte. Etre uni dans la douleur, le deuil et l’adversité n’a rien à voir avec être uni dans la joie, la fête et la célébration.

Que ma volonté soit fête

« L’Euro va permettre de donner une image plus festive, plus heureuse, plus populaire de chaque pays, loin des visions des confinements et des lits de réanimations », s’enthousiasme Jean-Baptiste Guégan. Et en termes de patriotisme, « on est plus fier d’un pays qui va bien. Faire la fête et être heureux sera aussi l’occasion de montrer la victoire contre le coronavirus, qu’on a su surpasser cette crise. Et ça, en termes de fierté nationale… », pointe Stanislas Frenkiel.

L’Euro se présente comme une merveilleuse catharsis de la crise sanitaire. Comme il y a cinq ans en France, lorsque le parcours de Griezmann et sa bande avaient un peu pansé les traumatismes du Bataclan, survenus quelques mois plus tôt. Car la compétition débute cette année dans une Europe en pleine décrue épidémique, qui lève peu à peu les gestes barrières et qui vaccinent enfin massivement. « Si l’Euro était arrivé en 2020, sans public, entre deux vagues de Covid-19 il n’aurait pas eu la même festivité qu’aujourd’hui. Là, il symbolise vraiment le retour à la vie d’avant », note Robert Zuli.

Mais cette fierté nationale retrouvée le temps d’un Euro ne doit pas être surestimée. Stanislas Frenkiel rappelle que l’adhésion populaire ne commence généralement réellement qu’à partir des quarts de finale, touchant seulement un petit nombre de pays, et ne concerne vraiment que le grand vainqueur. Et encore, même pour lui, « le patriotisme ne dure que quelques semaines puis s’essouffle. C’est une fierté illusoire ». La fête est éphémère.



0

partage

Source20MINUTES.FR

CES ARTICLES PEUVENT VOUS INTÉRESSER ARTICLES POPULAIRES

ARTICLES CONNEXES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

POPULAIRE CETTE SEMAINE

Rejoignez nous sur Facebook