Covid-19 : comment l'Australie a loupé le coche de la vaccination

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La stratégie « zéro Covid » appliquée par l’Australie se heurte à sa propre efficacité. Le pays a été applaudi l’an dernier pour sa gestion de l’épidémie avec des taux de contaminations et de décès relativement bas par rapport au spectacle dramatique affiché par l’Europe ou les Etats-Unis. Mais aujourd’hui, et depuis fin juin, les cas repartent à la hausse, poussant les différents gouvernements d’Etats à appliquer des mesures de confinement qui s’étendent dans plusieurs villes, à commencer par Melbourne, puis à Sydney, Brisbane, Perth, Darwin, Townsville et Gold Coast.  

En cause : un retard de quatre mois pris dans la commande de doses de vaccin à Pfizer, du fait des chiffres encourageants, quand d’autres pays étaient au pic de leur crise. 

Retard dans la commande des vaccins

Le taux de vaccination de l’Australie est le plus bas des 38 pays de l’OCDE : moins de 5% des Australiens ont été complètement vaccinés, c’est douze fois moins qu’en Israël, 9 fois moins qu’aux États-Unis et au Royaume-Uni. 

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Les autorités australiennes ont en effet tardé à commander des doses de vaccin. Alors que le Royaume-Uni a commencé à immuniser sa population dès le début du mois de décembre, le Premier ministre Scott Morrison estimait qu’il ne fallait pas prendre de « risques inutiles » en approuvant les vaccins tout de suite. États-Unis, Royaume-Uni, Japon et Canada ont tous conclu des accords avec Pfizer en juillet et août 2020. 

Selon Le Point, ce n’est qu’en janvier de cette année que la Therapeutic Goods Administration (TGA) a approuvé le vaccin de Pfizer, celui d’AstraZeneca ayant été approuvé en février et celui de Moderna n’ayant reçu le feu vert qu’à la fin juin. 

Plusieurs raisons pour ce retard : le gouvernement était confiant dans le vaccin d’AstraZeneca qu’il devait produire localement, mais l’accord n’a été conclu qu’en septembre 2020, la fabrication devant commencer en mars 2021. Il avait également misé sur le vaccin de l’Université du Queensland qui permettait une production nationale, rapporte The Guardian. Ce qui s’avérera avoir été un pari raté, sachant que le premier a connu des déboires, et n’a jamais été autorisé pour les jeunes, et que le second n’a jamais été sorti, en raison de sa tendance à générer de faux positifs au VIH, explique le quotidien britannique. 

De plus, les bons chiffres de l’épidémie n’ont pas poussé le gouvernement à se précipiter dans des commandes coûteuses. D’aucuns pourraient juger cette attitude comme un excès de confiance de la part des autorités australiennes dans leur stratégie. 

Un nombre insuffisant de doses

Si ce retard est « compréhensible » au vu de la situation épidémique du pays à l’époque « qui lui a laissé plus de temps », selon John LaMattina, ancien président de la R&D mondiale de Pfizer, interrogé par The Guardian, les critiques se concentrent davantage sur le nombre de doses commandées lorsque le gouvernement est enfin passé à l’action. Selon lui, le montant que l’Australie a finalement obtenu était « clairement insuffisant » et « déraisonnable ». 

« Une fois que l’efficacité étonnante et sans précédent des vaccins à ARN messager a été établie, commander seulement 10 millions de doses [pour plus de 25 millions d’habitants, sachant qu’il faut compter au moins deux doses par personne] était déraisonnable, explique-t-il. Lorsque Pfizer et Moderna ont démontré la puissante efficacité de leurs vaccins, chaque pays aurait dû immédiatement contacter ces entreprises pour passer leurs commandes. » 

Pour l’ancien secrétaire du département de la Santé, Stephen Duckett, interrogé lui aussi par The Guardian, les premières décisions d’achat ont été l’un des échecs majeurs et aggravants de la campagne de vaccination et son déploiement. « Si vous y réfléchissez en termes de ce que les gens d’affaires appellent la ‘théorie du portefeuille’, vous devez avoir un mélange d’investissements afin de pouvoir atténuer vos risques si une stratégie ne fonctionne pas. L’un des échecs a été l’échec de la diversification en juillet. Donc, quand AstraZeneca est tombé, quand celui de l’Université du Queensland est tombé, ils ont été pris de court. » 

Imbroglio entre le gouvernement et Pfizer

Pourtant, dès le 30 juin 2020, le laboratoire a invité les responsables du gouvernement australien à des discussions sur son vaccin, à l’époque toujours en développement. Plusieurs réunions se sont tenues et l’une d’elles a particulièrement soulevé une polémique. Les autorités australiennes affirment qu' »aucun chiffre ou détail n’a été mis sur la table lors de cette discussion du 10 juillet », selon Lisa Schofield, la première secrétaire adjointe du groupe de travail Covid du gouvernement, lors de son audition dans le cadre d’une enquête au Sénat. 

Mais le Premier ministre par intérim de l’époque victorienne, James Merlino, évoque, lui, une offre énorme faite par Pfizer au gouvernement australien lors de cette réunion. « Notre nation a connu un moment de » portes coulissantes en juillet dernier, a-t-il déclaré . Il y avait une offre de Pfizer au gouvernement du Commonwealth qui serait suffisante pour notre pays, et ils ne l’ont pas acceptée. » Une affirmation catégoriquement démentie par le ministère de la Santé. 


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L’Australie a finalement doublé sa commande Pfizer en février dernier, mais à ce stade, alors que les variants commençaient à faire leur apparition et à menacer les efforts réalisés pour combattre le virus, la demande mondiale avait déjà explosé. Le pays accuse alors des retards de livraison de vaccins efficaces et doit désormais faire face à une problématique : la défiance de sa population envers les vaccins. Selon une enquête publiée dans le Sydney Morning Herald, à peine 35 % des Australiens se disaient prêts à se faire vacciner. 

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SourceLEXPRESS.FR

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