Déconfinement : Soulagés ou inquiets, les croyants divisés face à l’autorisation des réunions dans les lieux de cultes

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Une messe en drive-in, organisée sur un parking de Chalons en Champagne, le 17 mai dernier, une semaine après le déconfinement. — AFP

  • Le Conseil d’Etat a ordonné lundi au gouvernement de lever l’interdiction « générale et absolue » de réunion dans les lieux de culte, mise en place dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire.
  • Cette interdiction était jugée « disproportionnée ».
  • Si cette annonce réjouit de nombreux croyants, elle suscite également de nombreuses inquiétudes.

Limitée jusqu’ici aux réseaux sociaux ou à des diffusions télévisées, la célébration des cultes pourrait bientôt reprendre. C’est le scénario qui se dessine depuis la publication, lundi 18 mai, d’une décision rendue par le Conseil d’Etat. Jugée « disproportionnée » alors que les rassemblements de moins de 10 personnes sont tolérés « dans d’autres lieux ouverts au public » depuis le début du déconfinement, l’interdiction des réunions dans les lieux de cultes doit être levée avant le 26 mai. Dans son futur décret, le gouvernement pourrait déterminer un nombre de personnes maximal autorisé dans les églises, temples, mosquées ou synagogues de France, ainsi que des mesures préventives pour limiter la propagation du coronavirus.

Si la majorité des croyants qui ont accepté de témoigner pour 20 Minutes se réjouissent de cette décision, de nombreuses inquiétudes demeurent. Comment les célébrations seront-elles adaptées ? Comment s’assurer du bon respect des mesures sanitaires et des gestes barrière pendant un office à l’aune de fêtes majeures pour les chrétiens et musulmans ? Des interrogations partagées par certains représentants des cultes, qui appellent à la prudence.

Des croyants qui se réjouissent

À 46 ans, Zoulika attendait avec impatience cette décision : « Cette interdiction était à mon sens totalement inacceptable alors que les écoles, les crèches ou les centres commerciaux ont pu rouvrir. Si nous étions encore confinés, attendre que passent les fêtes de la Pentecôte ou de l’Aïd pour reprendre les offices, cela aurait été compréhensible. Mais, dans ce contexte de déconfinement, ça n’a plus de sens », estime-t-elle.

À 19 ans, Amine, lui, se projette déjà pour les célébrations de la fin du Ramadan, prévue ce week-end. « Je serai heureux de pouvoir fêter l’Aïd-el-Fitr à la mosquée, c’est toujours un moment de fierté et de joie », nous écrit-il. D’autres, comme Margot, se disent tout à fait confiants quant aux conditions sanitaires de ces futures réunions : « J’ai hâte de pouvoir retourner à la messe, nous avons besoin de nous rassembler et je pense que les toutes les précautions nécessaires – chaises inoccupées, sens de circulation, nettoyage des lieux – seront prises par les paroisses ».

Et d’autres qui s’inquiètent

Mais pour beaucoup, les risques de contamination pendant les offices et réunions sont source d’angoisse. À 61 ans, Martine, retraitée se dit « inquiète » : « J’ai même envoyé un e-mail à notre curé. Pendant la liturgie de la parole (la première partie de la messe) il touche à tout : micros, pupitres, son masque qu’il manipule sans cesse ». Les chants comme la communion – moment pendant lequel le prêtre distribue l’hostie aux croyants – sont autant d’étapes et de rituels qui suscitent des craintes chez les catholiques.

Et comment s’assurer du bon respect des mesures sanitaires dans les lieux de cultes ajoute Martha, 48 ans : « Y aura-t-il des contrôles sur le protocole d’accueil ? Nous, protestants, n’avons pas de messe où l’on est spectateur mais plutôt une succession d’activités autour du partage de la parole qu’il faudra indéniablement modifier. » Elle redoute aussi les conséquences d’une trop grande « ferveur » des fidèles : « J’ai peur que certains s’estiment protégés par leur foi et oublient ou laissent de côté les mesures sanitaires élémentaires. »

La limitation de ces réunions à un nombre maximal de personnes est, pour Miriam, 45 ans, une nécessité pour rassurer les croyants : « Ma paroisse est habituellement pleine à craquer. Comment va-t-on arriver à maintenir les mesures de distanciation ? Je suis catholique pratiquante mais je ne pense pas retourner tout de suite aux offices. Je préfère attendre de voir l’évolution de la situation dans deux semaines », conclut-elle.

Un principe de précaution qui prime

Comme Miriam, plusieurs personnes ont fait le choix de renoncer, pour le moment, aux réunions dans les lieux de culte. Et les alternatives développées grâce au numérique pendant le confinement ont visiblement fait leurs preuves. « Les référents spirituels nous ont bien montré que les liens avec nos lieux de culte pouvaient être maintenus via Internet, la télévision ou la radio. Il est encore possible de proposer des choses en petit comité ou de filmer la célébration », note Emily.

Un principe de précaution partagé par certains référents religieux. Dans un communiqué diffusé ce mardi, la Grande mosquée de Paris a prévenu : « Au vu de la situation sanitaire encore très fragile, il est pour l’instant irréaliste d’évoquer l’idée de rassemblements pour la prière de l’Aïd El-Fitr, le 23 ou le 24 mai, notamment dans les régions classées rouges ». Pour le grand rabbin de France, Haïm Korsia, cette décision du Conseil d’Etat n’augure pas forcément la reprise des offices : « Ca ne change pas. On ne va pas se ruer pour rouvrir (…) ce serait dangereux », a-t-il précisé à l’AFP.

Contacté par 20 Minutes, le porte-parole et secrétaire général de la Conférence des évêques de France, Thierry Magnin, se veut plus rassurant : « Nous avons diffusé des recommandations à tous les évêques et nous les avons transmises aussi au gouvernement. Nous sommes prêts à reprendre avec des adaptations, évidemment. Il n’y aura pas de rassemblement devant les églises au début et à la fin de la messe, pas d’embrassade ni de poignées de main pendant la « paix du Christ », une désinfection et un nettoyage systématique de tous les objets eucharistiques et la communion sera réalisée par un célébrant avec un masque et sans contact direct de main à main. »

Mais ces arguments peinent parfois à convaincre. À 70 ans, Nicole a fait son choix : « Personnellement, je n’irai pas si je constate qu’il y a trop de personnes et si les consignes de distanciation ne sont pas respectées. Le virus est toujours là, ne l’oublions pas. »

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Source20MINUTES.FR

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