Enlèvement d'Olivier Dubois : au Mali, « la situation sécuritaire ne cesse de se dégrader »

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A Bamako, Boubacar Haidara, spécialiste malien de l’islam et de la politique, échangeait régulièrement avec Olivier Dubois sur la situation difficile du pays. Ce dernier, journaliste indépendant installé au Mali depuis six ans et collaborateur de Libération et du Point Afrique, continuait à se rendre sur le terrain pour informer malgré les risques. 

Au moment de son enlèvement le 8 avril, à Gao, dans le nord du Mali, le reporter expérimenté de 46 ans devait interviewer un chef du GSIM (Groupe de soutien de l’islam et des musulmans), une formation djihadiste affiliée à Al-Qaïda. « Malgré ses contacts, il est sans doute tomber dans un piège », déplore le sociologue, docteur en sciences politiques. Sa capture a été confirmée le 5 mai par une vidéo dans laquelle le journaliste appelle les autorités à faire « tout ce qui est en leur pouvoir pour [le] faire libérer ». 

« Son enlèvement ne m’étonne pas car la situation sécuritaire ne cesse de se dégrader », réagit le chercheur associé au laboratoire Les Afriques dans le monde (LAM) à l’université Bordeaux-Montaigne. « Il y a toujours un risque de se faire enlever à Gao à 1 200 km de Bamako, mais aujourd’hui, c’est aussi possible à Ségou, à moins de 250 km de la capitale ». 

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Les Occidentaux prêts à payer

Le journaliste tricolore est une proie de choix pour les djihadistes. « Ils savent très bien que les Occidentaux, notamment les Français, n’abandonnent pas leurs ressortissants et qu’ils sont prêts à payer pour les récupérer », rappelle Boubacar Haidara. Il n’y avait plus de Français otage dans le monde depuis la libération en octobre dernier de Sophie Pétronin, enlevée quatre ans plus tôt, à Gao également. En échange de sa libération – et de celles d’un homme politique malien et de deux Italiens – 200 prisonniers, la plupart djihadistes, avaient été libérés, et une rançon de deux millions d’euros aurait été versée, selon certaines sources. « Des négociations devraient s’ouvrir, cela peut cependant prendre du temps, beaucoup de temps », soupire l’universitaire. 

En août, la chute du président Ibrahim Boubacar Keïta à la suite d’un coup d’Etat et la mise en place d’une transition par des militaires, laissaient espérer à certains observateurs une reprise en main de la lutte contre les combattants islamistes. « Mais cet espoir a été rapidement déçu, comme sur tout le reste », regrette Boubacar Haidara.  

Sommes détournées

En cause, la faiblesse de l’Etat malien. D’abord sur le plan militaire. En 2015, une loi d’orientation et de programmation militaire avait été votée, prévoyant un investissement de plus de 1 230 milliards de francs CFA (1,9 milliard d’euros) sur 5 ans pour former et équiper l’armée nationale. « Mais les dirigeants ont massivement détourné cet argent à leur profit », dénonce l’expert. De plus en plus de voix au Mali réclament pourtant le départ de la force anti-djihadiste française Barkhane (5 000 soldats au Sahel). « Bien sûr que la France a ses propres intérêts dans la région, mais si ses militaires partaient aujourd’hui, le Mali serait incapable de combler le vide », prévient toutefois Boubacar Haidara. 

Pour le sociologue, c’est surtout sur le terrain politique et de la gouvernance que l’Etat malien est en train de perdre cette guerre. « Les djihadistes réussissent à s’ancrer dans les villages car ils offrent aux habitants ce que l’Etat ne leur a jamais donné, comme l’eau potable, l’école, la sécurité ou encore la justice », note avec inquiétude le chercheur, qui décrit une « communautarisation du djihadisme ». Il relate le cas de cet éleveur qui s’est fait voler deux boeufs. Il connait le coupable mais malgré sa plainte, rien ne se passe car les forces de l’ordre ont été soudoyées par l’auteur du méfait. « L’éleveur s’est donc tourné vers les djihadistes qui lui ont dit qu’ils allaient régler son problème » raconte Boubacar Haidara, « les islamistes sont allés menacer chez lui le voleur, et moins de 48H plus tard, l’éleveur était indemnisé… ». 

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Les habitants deviennent ainsi de plus en plus « des alliés des djihadistes, ce qui rend très difficile de les combattre ». Comme d’autres spécialistes, le chercheur plaide pour un retour en force des services et de l’autorité de l’Etat sur tout le territoire. Un défi immense alors que les djihadistes poursuivent leur progression. Au Mali, tout comme chez ses voisins, au Burkina Faso et au Niger. 

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CREDIT : LAURA ACQUAVIVAPar Christophe Donner

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SourceLEXPRESS.FR

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