Entretien avec Bertrand Heilbronn : «Signez la pétition StopColonies pour que cesse le commerce avec les colonies israéliennes !»

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Entre cri du coeur et mot d’ordre, Bertrand Heilbronn, le président de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), exhorte tous les citoyens de bonne volonté, vivant en France ou sur le Vieux Continent, que l’injustice criante subie par la Palestine tourmente et révolte, à agir concrètement, urgemment et efficacement, en un seul geste : Signer la pétition StopColonies, ce formidable moyen de pression sur l’Union Européenne, afin de mettre un terme à l’inacceptable commerce avec les colonies  israéliennes, qui consolide leur établissement non moins insupportable en Palestine occupée. 

Dans cet entretien accordé à Oumma, tout en rappelant avec force que l’installation de colonies dans un territoire occupé constitue un crime de guerre, Bertrand Heilbronn évoque, non sans inquiétude, l’escalade meurtrière d’Israël qui culmine dans l’horreur d’assassinats ciblés, voire extra-judiciaires, au vu et au su de tous. La fin tragique de Shireen Abu Akleh, de la jeune journaliste Ghoufran Warasneh, mais aussi de jeunes palestiniens, dont certains sont encore des enfants, hantent et hanteront longtemps les esprits.

Bertrand Heilbronn, président de l’Association France Palestine Solidarité

Le 11 juillet, cela fera deux mois que la célèbre journaliste palestinienne Shireen Abu Akleh a été assassinée à Jénine. Un hommage national lui a été rendu par une Palestine éplorée et en deuil, et une pluie d’hommages internationaux a salué sa mémoire. L’émotion est-elle aujourd’hui toujours aussi forte ?

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Oui. L’émotion, l’indignation, sont toujours aussi vives. En Palestine, bien sûr, mais aussi partout dans le monde. Pour les Palestiniens, c’était une des voix les plus importantes qui s’exprimait pour rendre compte de leur situation. C’est un manque terrible pour chacune et chacun d’entre eux. C’est aussi l’expression de la réalité de l’occupation militaire qu’ils vivent tous les jours depuis 55 ans.

Shireen Abu Akleh était une grande journaliste, le visage et la voix de la Palestine dans des millions de foyers, en Palestine, mais aussi dans le monde entier. Son assassinat par l’armée israélienne nous a laissés sans voix, indignés, révoltés, frustrés de ne pas pouvoir agir plus fort pour que cesse cette barbarie. Et aussi parce que cet assassinat illustre la violence de l’oppression que subissent les Palestiniens de la part de l’armée israélienne et des colons. 

Shireen Abu Akleh a suscité de multiples vocations chez de jeunes palestiniennes et palestiniens qui veulent, à présent, suivre son exemple : au-delà de la colère, il y a une vraie volonté d’assurer la relève.

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C’est partout dans le monde que l’on demande justice. En France, nous avons lancé une pétition pour demander au président de la République de sanctionner Israël. Partout dans le monde, des personnalités se sont exprimées. C’est aussi dans chaque foyer qui reçoit Al-Jazeera en langue arabe que l’on ressent la douleur, la frustration, la colère, provoqués par l’assassinat de Shireen Abu Akleh.

Depuis 55 ans, les Palestiniens de Cisjordanie, de Jérusalem et de Gaza vivent une occupation militaire sans fin. Et depuis 74 ans, ce sont les droits de tous les Palestiniens qui sont bafoués. La situation aujourd’hui est terrible pour les Palestiniens. Tous les jours, on apprend avec effroi la mort de jeunes palestiniens, tués par l’armée israélienne.

Tandis que Anton Abu Akleh, le frère de Shireen Abu Akleh, exhortait les Etats-Unis à diligenter une enquête indépendante, le Haut Commissariat de l’ONU, par la voix de sa porte-parole, Ravina Shamdasani, rendait ses conclusions : Shireen Abu Akleh a bien été abattue froidement par un sniper israélien. Est-ce une première étape cruciale à vos yeux ?

Dès le premier jour, les témoins de la scène avaient la quasi-certitude que le tir provenait d’un groupe de soldats israéliens. La chaîne Al-Jazeera et le Washington Post ont ensuite, chacun de leur côté, mené des enquêtes minutieuses qui ont démonté les opérations israéliennes de désinformation et confirmé l’origine des tirs. Les conclusions de l’enquête du Haut-Commissariat des Nations-Unies sur les droits de l’Homme vont dans le même sens.

Il est clair maintenant pour toute personne de bonne foi que Shireen Abu Akleh a été assassinée par l’armée israélienne. 

Palestinienne, Shireen Abu Akleh avait aussi la nationalité américaine. Les Etats-Unis doivent enquêter sur son assassinat, mais ils seront incapables de mener cette enquête en toute indépendance par rapport à l’Etat d’Israël.

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Depuis quand est-ce le meurtrier qui enquête sur le crime qu’il a commis ? On doute que cette enquête puisse mener aux auteurs et commanditaires de ce crime.

Quel recours la Palestine a-t-elle pour faire reconnaître les crimes de guerre israéliens ? L’Autorité palestinienne, souvent décriée, œuvre-t-elle réellement dans ce sens ?

Les crimes commis par les forces d’occupation israéliennes et par les colons qu’elles protègent semblent ne plus avoir de limite. Presque chaque jour, on apprend un nouveau meurtre d’un Palestinien, souvent jeune ou très jeune, par l’armée israélienne.

C’est le 3 mars 2021, après une longue procédure préliminaire, que la Cour Pénale internationale a ouvert officiellement son enquête sur les crimes commis en Palestine occupée. L’ensemble de la population palestinienne est mobilisée. Sur ce sujet, les organisations palestiniennes de défense des droits de l’Homme et l’Autorité palestinienne agissent dans le même sens. 

Les Palestiniens n’en peuvent plus de l’impunité d’Israël. Mais les enquêtes de la CPI sont longues et difficiles. Et elles ont une limite : elles visent des personnes pour les actes qu’elles ont commis ou les ordres qu’elles ont donnés, mais elles n’ont pas le pouvoir de juger les Etats.

Aussi vive et large soit-elle, force est de constater que l’indignation soulevée par le meurtre de Shireen Abu Akleh ne suffit pas pour mettre fin au martyre des Palestiniens. Pour autant, envisager de se résigner est impossible, insupportable… 

Se résigner ? Certainement pas ! Ni se résigner, ni penser que ce sont les autres qui peuvent agir à notre place. Nous pouvons et devons agir pour que cesse cette barbarie. 

Nous allons, bien sûr, continuer à agir et à informer la population comme nous l’avons toujours fait. Avec l’initiative européenne #StopColonies, nous avons, Vous avez vraiment le pouvoir d’agir et d’être entendus.

Vous insistez sur le fait que l’initiative citoyenne européenne #StopColonies, que vous venez d’initier avec plus de 100 autres organisations, est un formidable moyen d’action et de pression. En quoi n’est-elle pas une pétition comme les autres ?

Cela ressemble à une pétition, mais c’est beaucoup plus qu’une pétition. Après une longue bataille, nous avons obtenu que la Commission européenne homologue cette initiative citoyenne. Et donc maintenant, dès lors que nous aurons rassemblé 1 million de signatures dans l’Union européenne, la Commission européennes sera obligée de prendre en compte très sérieusement cette demande des citoyens. 

Avec l’initiative européenne #StopColonies, nous avons, vous avez vraiment le pouvoir d’agir et d’être entendus. Plus de 100 organisations se sont mobilisées en Europe pour que cette initiative voie le jour, dont une trentaine en France.

Quelle est la demande portée par la pétition européenne StopColonies/#StopSettlements ?

Nous demandons que le commerce avec les colonies, qui sont toutes illégales selon le droit international, soit purement et simplement interdit, et que tous les produits des colonies, quelles qu’elles soient, soient bannis de l’Union européenne. 

C’est une demande très précise, que la Commission européenne a toute compétence de satisfaire. Et au-delà, c’est la voix des citoyens européens qui s’élève, et se fait entendre, pour que l’Union européenne cesse toute complicité avec la politique menée par l’Etat d’Israël contre le peuple palestinien.

Qui peut signer la pétition et quelle est la démarche à suivre ?

Tous les citoyens des pays de l’Union européenne, dont bien sûr la France, peuvent signer cette pétition, dès lors qu’ils ou elles sont majeur(e)s. Pour cela, il faut aller sur le site de la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine, qui coordonne la coalition française : suivez le lien https://plateforme-palestine.org/StopColonies, ou tapez StopColonies dans votre moteur de recherche et vous le trouverez tout de suite. 

Et si vous n’êtes pas citoyenne ou citoyen de l’Union européenne, n’hésitez pas à diffuser très largement cette pétition auprès de tous vos proches, collègues, connaissances ou amis disséminés dans toute l’Europe.

Comment cette initiative citoyenne peut-elle réussir ?

Le succès de cette initiative dépend de vous ! Réunir un million de signatures demande l’engagement et la mobilisation de chacune et de chacun. Alors, Signez sans attendre, et partagez largement et sans modération autour de vous ! 

Il faut que tout le monde en parle, et que tout le monde comprenne que Oui, nous avons le pouvoir d’agir ! C’est ensemble que nous pourrons réussir cette initiative citoyenne, et c’est ensemble que nous obligerons la Commission européenne à la prendre pleinement en compte.

Propos recueillis par la rédaction Oumma

 

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SourceOUMMA.COM

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